L'ancien président nigérien Issoufou Mahamadou (2011- 2021) est arrivé, jeudi 7 mai 2026, à Alger pour prendre part à la 12e édition du Forum africain de l'investissement et du commerce. La participation de Issoufou Mahamadou a l'AFIC 12 qui se tient les 9 et 10 mai 2026 au Sheraton Club des Pins Resort, n'est pas à comprendre seulement dans un cadre économique affiché par l'événement. Une lecture géopolitique et diplomatique fait entrevoir d'autres raisons stratégiques.
Placée sous le thème « Ensemble, ouvrons les marchés », l'AFIC 12 rassemble plus de 2000 participants issus de 43 pays d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Europe autour de la mise en oeuvre de la ZLECAf. Mais la présence d'Issoufou, figure centrale de l'intégration économique africaine et architecte politique de la ZLECAf, intervient dans un moment où le Sahel recompose ses alliances, et où Alger cherche à repositionner son influence après la visite très commentée du chef de l'État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, il y a quelques semaines.
Un déplacement économique au parfum de diplomatie parallèle
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Officiellement, Issoufou Mahamadou vient défendre son agenda habituel : infrastructures, industrialisation, chaînes de valeur africaines, souveraineté économique. Officieusement, sa présence à Alger s'inscrit dans une séquence diplomatique où l'Algérie multiplie les signaux d'ouverture envers Niamey, après des années de crispations liées au G5 Sahel, à la coopération sécuritaire et à la transition politique nigérienne.
La visite du général Tiani à Alger a marqué un tournant. Si Alger cherche à redevenir un acteur incontournable dans la gestion de la crise sahélienne, Niamey, en tant que pilier de l'AES, veut diversifier ses partenariats au-delà de Bamako et Ouagadougou. Les deux capitales ont affiché une volonté de «normalisation stratégique ». Dans ce contexte, la venue d'Issoufou- l'ex- homme fort de Niamey- qui reste une voix écoutée dans les cercles diplomatiques africains et européens, apparaît comme un geste de continuité, voire un canal discret pour maintenir un dialogue entre Alger et les élites nigériennes d'avant et d'après le 26 juillet 2023.
L'AFIC 12 devient ainsi un espace où se croisent économie et géopolitique. Derrière les panels sur la ZLECAf, plusieurs enjeux se dessinent à commencer par la bataille des corridors commerciaux. Sur ce plan, Alger pousse son projet de corridor transsaharien et Niamey cherche des alternatives à ses dépendances logistiques.
Il y a aussi et surtout la compétition d'influence entre l'Algérie et le Maroc dans laquelle, la présence d'Issoufou, proche de Rabat mais reçu à Alger, illustre la finesse du jeu diplomatique nigérien. On ne doit pas non plus ignorer la recomposition sécuritaire car l'Algérie veut redevenir un acteur central dans la stabilisation du Sahel, alors que l'AES restructure ses alliances militaires.
Tout cela fait qu'en participant à l'AFIC, Issoufou Mahamadou se contente pas de réaffirmer son engagement pour l'intégration africaine. Il contribue, volontairement ou non, à rééquilibrer la relation Niger-Algérie, accompagner la dynamique ouverte par la visite du président Abdourahamane Tiani, offrir à Alger une caution africaine de haut niveau et rassurer les partenaires internationaux sur la continuité de la vision économique nigérienne, malgré la transition.
Le forum, présenté comme un rendez-vous économique, devient ainsi un espace de diplomatie feutrée, où se joue une partie de la recomposition sahélienne.