L’exil doré d’Andry Rajoelina à Dubaï pourrait bientôt prendre une tournure judiciaire. Renversé en octobre 2025, l'ancien homme fort d'Antananarivo est désormais la cible prioritaire des nouvelles autorités malgaches, qui s'activent pour obtenir sa mise en accusation officielle devant les instances parlementaires.
L'ouverture de la session ordinaire de l'Assemblée nationale, ce mardi 5 mai 2026, a servi de tribune à la Garde des sceaux. Fanirisoa Ernaivo, ministre de la Justice, a confirmé avoir interpellé le président de la Chambre basse pour s'assurer que le dossier Rajoelina figure en priorité à l'ordre du jour.
Cette procédure fait suite à une plainte déposée dès décembre par le mouvement Gen Z. Les griefs sont lourds : détournements de fonds présumés, opacité dans la gestion des dépenses publiques et décisions controversées durant la crise sanitaire de la Covid-19.
Pour les autorités actuelles, l'enjeu est d'obtenir un vote de mise en accusation, étape indispensable pour saisir la Haute Cour de justice (HCJ), unique juridiction compétente pour juger un chef d'État en exercice ou déchu.
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Mais la stratégie du gouvernement ne s'arrête pas là. RFI rapporte que Fanirisoa Ernaivo anticipe déjà un possible blocage parlementaire.
En cas d'échec du vote, la ministre de la Justice brandit une arme juridique plus radicale : la contestation de la nationalité de l'ancien président. En affirmant qu'Andry Rajoelina n'est pas Malgache, le pouvoir de transition entend l'accuser d'avoir « usurpé » la fonction suprême.
Cette double approche ne manque pas de faire réagir les observateurs de la vie publique malgache. Une question de cohérence se pose : si le gouvernement refuse de lui reconnaître le statut d'ancien président en raison de sa nationalité française (révélée en 2023), pourquoi s'acharner à passer par la HCJ plutôt que par une procédure pénale de droit commun ?
Une saisine directe du procureur, accompagnée d'un mandat d'arrêt international, permettrait pourtant de contourner le Parlement. Pour l'heure, cette ambiguïté juridique alimente les débats à Antananarivo, tandis que les premières semaines de la session parlementaire s'annoncent décisives pour l'avenir de celui qui dirigea la Grande Île.