Ile Maurice: Entre désengagement de l'État et inquiétudes sociales, l'avenir du personnel en suspens

C'est une véritable douche froide pour les employés des quatre casinos opérant sous l'égide de la SIC Management Services Co Ltd (SICMS). Mardi, au Parlement, le Premier ministre, Navin Ramgoolam a laissé entendre que, face à une situation financière jugée non viable - soit Rs 1,9 milliard de dettes, ces établissements pourraient ne plus avoir d'avenir sous la gestion de l'État. Une déclaration qui ouvre clairement la voie à un processus de désengagement, qui plonge les employés dans une incertitude grandissante.

Au coeur des préoccupations : un modèle économique fragilisé. Le chef du gouvernement a pointé du doigt un système de financement reposant sur des transferts de fonds depuis des entités rentables de la State Investment Corporation (SIC) vers des structures déficitaires. Une stratégie qu'il juge insoutenable à long terme, car susceptible d'alourdir davantage la dette publique. Navin Ramgoolam a ainsi réaffirmé que la gestion de casinos ne relèverait pas du rôle de l'État, surtout lorsque ces activités génèrent des pertes structurelles.

Pour concrétiser ce virage, un Transaction Advisor, le cabinet PricewaterhouseCoopers, a été mandaté en février 2026. Celui-ci a déjà complété une première phase de travail incluant la valorisation des actifs, la préparation d'un Information Memorandum et l'élaboration d'un appel à manifestation d'intérêt, dont le lancement est prévu ce mois-ci. En parallèle, la SIC est appelée à proposer des solutions pour atténuer les conséquences sociales de cette restructuration, notamment un éventuel Early Retirement Scheme.

Mais sur le terrain, ces annonces suscitent de vives inquiétudes. Du côté du personnel, le sentiment d'abandon domine. Jayen Moorghen, président de la Casino Employees Union, rappelle que les casinos ont connu des périodes plus prospères. Selon lui, certaines décisions de gestion ainsi que des nominations contestées ont contribué à la dégradation de la situation financière.

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S'il estime que le recours à une retraite anticipée peut constituer une option pour une partie du personnel vieillissant, il regrette toutefois l'absence de renouvellement des ressources humaines et le manque de considération pour les propositions formulées par les syndicats.

La question de la privatisation cristallise également les tensions. Le syndicat déplore ne pas avoir été consulté en amont, contrairement à ce qui aurait été évoqué par la direction. «Nous aurions voulu participer aux discussions pour défendre les intérêts des employés», fait comprendre Jayen Moorghen, qui parle d'un sentiment d'exclusion et d'une décision imposée sans concertation.

Au-delà du processus lui-même, plusieurs zones d'ombre persistent. Le syndicat évoque des éléments en suspens, notamment primes, ajustements salariaux ou encore contribu- tions au plan de pension, qui n'auraient pas été honorées à hauteur de montants significatifs. D'autres préoccupations concernent la gestion interne, avec des postes clés restés vacants, comme ceux de Finance Manager ou de HR Manager, qui auraient pu, selon eux, contribuer à redresser la situation.

Face à ces incertitudes, le syndicat réclame une réunion urgente avec la direction de la SIC. Il affirme avoir multiplié les correspondances ces derniers mois sans obtenir de réponse, dénonçant un manque de dialogue régulier pourtant essentiel dans ce contexte sensible. Une situation qui alimente le malaise au sein du personnel, déjà fragilisé par les perspectives de restructuration.

Par ailleurs, certaines informations circulant en interne suscitent incompréhension et frustration parmi les employés, notamment l'éventuelle nomination d'un coordinateur dans la section des machines à sous, alors même que les établissements sont en difficulté. Des éléments qui, sans être confirmés officiellement, participent à un climat de tension.

Entre impératifs économiques et enjeux sociaux, le dossier des casinos publics s'annonce délicat. Si le gouvernement semble déterminé à aller de l'avant avec son projet de désengagement, la question de l'accompagnement des employés et du dialogue social reste plus que jamais centrale.

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