Afrique: L'ABCA accélère le chantier de l'intégration monétaire africaine

Première réunion de l'Association des Banques Centrales Africaines au titre de l'année 2026 tenue ce 07 mai 2026 au siège de la BCEAO à Dakar.
8 Mai 2026

Réuni ce 7 mai au siège de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), à Dakar, le Bureau de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA) a réaffirmé sa volonté d’accélérer le processus d’intégration monétaire et financière du continent, dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes économiques et géopolitiques.

La rencontre, accueillie par le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, intervient à un moment où les économies africaines font face à de multiples pressions, notamment les tensions géopolitiques persistantes, les perturbations des chaînes logistiques mondiales, la volatilité des marchés énergétiques ainsi que la multiplication des chocs climatiques. Malgré ces contraintes, les responsables des banques centrales africaines affichent leur ambition de renforcer la résilience économique du continent et de progresser vers une architecture monétaire africaine plus intégrée.

Dans son allocution d’ouverture, Jean-Claude Kassi Brou a insisté sur le rôle central des banques centrales dans la consolidation de la souveraineté économique africaine. Selon lui, les crises actuelles constituent certes un défi pour les économies du continent, mais également une opportunité pour renforcer la coopération monétaire africaine.

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« Les banques centrales ne sont plus de simples observatrices de l’inflation ; elles deviennent des architectes actifs de notre souveraineté économique », a-t-il déclaré, soulignant que l’intégration financière constitue désormais un levier stratégique pour réduire les dépendances extérieures et absorber les chocs exogènes.

Le gouverneur de la BCEAO a également rappelé que plusieurs économies africaines demeurent parmi les plus dynamiques au monde malgré un environnement international complexe. Il a notamment mis en avant les perspectives de croissance favorables annoncées pour plusieurs pays africains à l’horizon 2026.

L’Institut Monétaire Africain au cœur des discussions

Au centre des échanges figurait principalement la mise en œuvre de l’Institut Monétaire Africain (IMA), considéré comme une étape majeure dans le processus de création d’une future union monétaire continentale.

Les participants ont rappelé que les statuts de l’institution ont été adoptés lors de la 39e session ordinaire de l’Union africaine en février 2026 à Addis-Abeba, ouvrant ainsi la voie à son opérationnalisation prévue en septembre prochain.

Le président de l’ABCA et gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a largement centré son intervention sur cet enjeu stratégique.

Il a reconnu que « le chemin vers la monnaie unique africaine reste long et semé de nombreux défis », tout en estimant que les avancées enregistrées démontrent la capacité des institutions africaines à progresser grâce à la coopération et à la solidarité.

Pour le président de l’ABCA, l’IMA représente désormais « un déterminant central de la marche vers l’intégration monétaire et financière ». Il a souligné que l’opérationnalisation de cette institution n’est plus « un projet lointain », mais une étape concrète et décisive dans la construction d’une future union monétaire africaine.

Un contexte mondial sous tension

Dans son discours, Yvon Sana Bangui a également insisté sur les défis auxquels les banques centrales africaines doivent faire face dans un environnement mondial marqué par « la persistance des tensions géopolitiques, commerciales et sécuritaires », ainsi que par une forte vulnérabilité des économies africaines aux chocs externes.

Face à cette conjoncture, il a plaidé pour un renforcement du rôle de l’ABCA comme espace de dialogue, d’apprentissage et de solidarité entre les banques centrales du continent.

Le président de l’ABCA a par ailleurs salué le rôle du Nigeria, pays hôte de l’Institut Monétaire Africain, notamment pour la mise à disposition des infrastructures et des facilités logistiques destinées à accompagner la phase de démarrage de l’institution.

Il a enfin appelé les banques centrales africaines à maintenir leur engagement afin de garantir le lancement effectif des activités fondamentales de l’IMA dans les délais annoncés.

Dans le même sillage, Francesca Tatchouop Belobe, commissaire chargée du Développement économique, du Commerce, du Tourisme, de l’Industrie et des Mines de la Commission de l’Union africaine, a souligné que l’Afrique traverse « un moment charnière » marqué par des crises géopolitiques et climatiques qui mettent à rude épreuve les économies du continent.

Selon elle, ces turbulences constituent toutefois une opportunité pour renforcer l’intégration monétaire africaine et bâtir une plus grande résilience financière. Elle a mis en avant les perspectives économiques encourageantes du continent, rappelant que plusieurs économies africaines figurent parmi les plus dynamiques au monde, avec 22 pays attendus à plus de 5 % de croissance en 2026.

Pour Francesca Tatchouop Belobe, l’Afrique s’impose progressivement comme « l’un des nouveaux moteurs de la prospérité mondiale », malgré les répercussions des tensions au Moyen-Orient et des perturbations logistiques en mer Rouge sur les coûts de l’énergie et des importations.

La commissaire de l’Union africaine a également insisté sur le rôle stratégique des banques centrales dans la consolidation de la souveraineté économique du continent.

« Elles ne sont plus de simples observatrices de l’inflation ; elles deviennent des architectes actifs de notre souveraineté économique », a-t-elle déclaré, estimant que l’Afrique doit désormais se doter d’outils communs capables de réduire sa dépendance aux chocs extérieurs.

Dans cette perspective, Francesca Tatchouop Belobe a présenté l’IMA comme un instrument essentiel pour harmoniser les politiques monétaires africaines et renforcer la capacité du continent à absorber les crises.

Revenant sur l’adoption des statuts de l’institution par la 39e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine en février 2026, elle a affirmé que « l’heure est désormais à la mise en œuvre », précisant que les évaluations conduites au Nigeria ont confirmé la disponibilité d’infrastructures « de classe mondiale » en vue d’un lancement opérationnel de l’IMA prévu en septembre 2026.

Vers une souveraineté financière africaine renforcée

Au-delà des discussions techniques, cette réunion du Bureau de l’ABCA traduit la volonté croissante des institutions financières africaines de bâtir des mécanismes communs capables de soutenir la stabilité monétaire, de favoriser les échanges intra-africains et de renforcer l’autonomie économique du continent.

Alors que l’Afrique poursuit ses efforts d’intégration économique à travers plusieurs initiatives continentales, les responsables des banques centrales considèrent désormais la coopération monétaire comme un pilier essentiel de cette transformation.

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