Le cinéma Cinéma Pathé Dakar a accueilli, le 7 mai 2026, l'avant-première du film documentaire L'Essence de la danse, réalisé par Marie Gréta Becker.
Une soirée riche en émotions et en témoignages consacrée à l'icône de la danse africaine contemporaine, Germaine Acogny, devant une salle comble, réunissant autorités culturelles, artistes, universitaires, cinéphiles et amoureux des arts.
La journaliste, Oumy Ndour, maîtresse de cérémonie de cette avant-première, a introduit l'équipe du film composée de la réalisatrice Marie Gréta Becker, de Germaine Acogny et de l'attaché de presse du film, le journaliste culturel Sitapha Badji. Parmi les invités figuraient également des représentants du ministère de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme, dont le directeur des Arts Hugues Diaz, ainsi que de nombreuses figures du monde culturel.
Dans son mot introductif, Oumy Ndour a salué « une traversée d'une vie entièrement consacrée au mouvement et à la transmission », avant de rappeler le parcours exceptionnel de Germaine Acogny, pionnière de la danse africaine contemporaine et fondatrice de l'École des Sables.
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Prenant la parole avant la projection, Marie Gréta Becker a insisté sur la dimension profondément humaine et universelle de son oeuvre. « Germaine transmet un message qui va bien au-delà de la danse », a expliqué la réalisatrice, soulignant la nécessité de rester enraciné dans sa culture tout en allant à la rencontre de l'autre. Pendant quatre années, la cinéaste a suivi l'artiste sénégalaise dans un travail documentaire mêlant mémoire, création et transmission.
La rencontre entre Marie Gréta Becker et Germaine Acogny a eu lieu durant la pandémie de Covid-19. Admirative du solo Somewhere at the Beginning de la chorégraphe, la réalisatrice lui adresse une lettre après l'annulation d'une représentation en Allemagne. De cet échange naîtra une relation de confiance décisive pour la réalisation du film. Germaine Acogny confiera d'ailleurs avoir été touchée par l'engagement de la réalisatrice qui, en six mois, apprit le français afin de dialoguer directement avec elle sans intermédiaire.
Très émue, Germaine Acogny a salué la projection de ce documentaire dans son pays. « Ce film aurait pu être une création dansée », a-t-elle déclaré, avant d'ajouter que la réalisatrice avait réussi à « filmer son âme ». Le documentaire retrace le parcours semé d'embûches de celle que beaucoup surnomment « la mère de la danse africaine contemporaine ».
Le film revient notamment sur les difficultés rencontrées par Germaine Acogny en Europe, particulièrement en France, où elle a dû affronter préjugés et incompréhensions sur les danses africaines. Malgré ces obstacles, l'artiste a poursuivi son combat pour faire reconnaître la richesse des expressions chorégraphiques africaines sur les grandes scènes internationales.
Le documentaire donne également la parole à plusieurs personnalités, dont Marie Angélique Savané, dont le témoignage éclaire le rôle culturel et social majeur joué par Germaine Acogny dans le rayonnement du Sénégal et de l'Afrique. Le film met aussi en lumière la rencontre déterminante entre la danseuse et son époux allemand Helmut Vogt. Ensemble, ils ont porté le rêve de créer un espace unique dédié à la formation et à la transmission artistique.
Cette ambition aboutira à la création de l'École des Sables à Toubab Dialaw, devenue aujourd'hui une référence mondiale de la danse contemporaine africaine. Véritable consécration d'un parcours jalonné de sacrifices et de combats, cette école accueille des danseurs venus de toute l'Afrique et du monde. Pour Germaine Acogny, cet espace constitue « la forêt sacrée des temps modernes », un lieu où les jeunes artistes apprennent à penser leur avenir à travers l'art.
Après la projection, un échange nourri s'est instauré entre le public, la réalisatrice et Germaine Acogny. Les discussions ont porté sur le rôle de l'art dans la mémoire collective, les enjeux de transmission culturelle ainsi que les menaces environnementales pesant sur l'École des Sables avec le projet portuaire voisin.
Au-delà du portrait d'une artiste, L'Essence de la danse apparaît comme un vibrant plaidoyer pour la mémoire, la transmission et le dialogue entre les cultures. Le documentaire sort officiellement en salle ce vendredi 8 mai 2026.