«Nationalité : India. Religion : Hindu.» C'est une mention qui soulève de nombreuses interrogations trois semaines après le décès du chanteur Ras Natty Baby. Un document d'admission hospitalière provenant du Park Hospital et rempli dans le cadre de son transfert médical en Inde par l'OMCA Foundation est désormais au coeur d'une nouvelle controverse.
Ce document, en notre possession, comporte une incohérence majeure : la nationalité du patient y est inscrite comme «India», alors que Ras Natty Baby était Mauricien. De plus, sa religion est mentionnée comme «Hindu», alors que l'artiste était connu pour son identité rastafarienne.
Ras Natty Baby, de son vrai nom Joseph Nicolas Emilien, avait été évacué vers l'Inde au début d'avril alors qu'il se trouvait dans un état critique à l'hôpital Dr Jeetoo. Il avait été transféré vers le Park Hospital avec l'aide de l'OMCA Foundation. Mais il décède le 26 avril. Très vite, une guerre de versions éclate entre le ministère et l'OMCA Foundation. Questions autour des frais hospitaliers, des collectes de fonds, des paiements effectués en Inde et des responsabilités médicales : l'affaire prend une tournure nationale.
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Aujourd'hui, c'est la fiche d'admission hospitalière qui vient ajouter une nouvelle zone d'ombre. Contacté, Tasleem Dilloo, CEO de l'OMCA, a confirmé l'authenticité du document. «C'est bien un document que l'hôpital a rempli pour l'admission de Ras Natty Baby. Sûrement cela a permis d'avoir un meilleur prix vu que la nationalité indique India», explique dans un premier temps le CEO de l'OMCA Foundation. Une déclaration qui choque car si cette modification a permis de réduire certains coûts hospitaliers, la question de sa légalité se pose.
Interrogé sur cet aspect, Tasleem Dilloo affirme avoir ensuite contacté l'hôpital indien afin d'obtenir des explications. «Must be a mistake», lui aurait répondu un médecin de l'établissement hospitalier. Le CEO fait ressortir qu'un nouveau document corrigé lui a ensuite été transmis avec la nationalité rectifiée. Auditions, saisies d'appareils électroniques et récupération de documents ont déjà eu lieu par la Financial Crimes Commission.
Face aux nombreuses accusations visant l'organisation, Tasleem Dilloo défend fermement le travail effectué par son équipe. «Nous avons tout fait pour sauver Ras Natty Baby et l'aider à avoir les soins qu'il fallait pour sauver son pied», soutient-il. Le CEO insiste sur le fait que l'OMCA accompagne régulièrement des patients nécessitant des traitements à l'étranger. «Bann pasian unfit to travel nou fer zot vinn fit to travel avek eskort medical. Se la ki nou rant an ze. Nou ranpli bann form avek dokter aviasion», explique-t-il. Selon lui, le patient était bien accompagné médicalement pendant son voyage vers l'Inde et toutes les procédures nécessaires ont été respectées.
Pourtant, du côté des autorités sanitaires mauriciennes, la version est différente. Au Parlement, le ministre de la Santé Anil Bachoo a affirmé que plusieurs spécialistes n'avaient pas recommandé le transfert du chanteur vers l'Inde. Le ministre évoque également un discharge against medical advice signé alors que le patient se trouvait toujours en soins intensifs. Selon les informations communiquées à l'Assemblée nationale, Ras Natty Baby aurait quitté l'hôpital malgré les réserves de plusieurs médecins spécialistes du secteur public.
État général préoccupant
Autre élément troublant soulevé par le ministre : le patient aurait voyagé sans accompagnement familial malgré la gravité de son état. Le dossier a depuis été référé au Medical Council pour enquête.
De son côté, le Dr Nilamber qui travaille à la Fondation OMCA maintient que le transfert médical était justifié. Selon lui, l'équipe médicale de l'OMCA avait évalué l'état du chanteur avant son départ. «Quand nous avons vu qu'il était stable, nous avons fait ce qu'il faut pour qu'il bouge», affirme-t-il.
Le médecin reconnaît toutefois que l'état général du patient était préoccupant. «Son état était mauvais surtout son pied. En même temps, le médecin nous a dit qu'il avait fait une crise cardiaque. C'est là que nous avons fait plus attention», souligne-t-il. Mais selon lui, l'évacuation n'est pas responsable du décès. «Je ne comprends pas pourquoi l'État induit la population en erreur. Ce n'est pas la faute de l'évacuation ni à cause du traitement en Inde qu'il est décédé.»
Une autre controverse concerne le médecin ayant signé le certificat autorisant Ras Natty Baby à prendre l'avion. Selon le Dr Vasantrao Gujadhur, Senior Advisor au ministère de la Santé, (voir plus loin), la licence du praticien aurait expiré. Le Dr Nilamber conteste cette version. Il déclare que le médecin concerné possédait bien les qualifications nécessaires pour pratiquer et qu'il était également cardiologue. Selon lui, seule une accréditation spécifique liée au fitness for crew members aurait éventuellement expiré, mais cela ne remettait pas en cause sa capacité à certifier un patient apte à un voyage médical.
Au-delà du drame humain, cette affaire soulève des questions beaucoup plus larges sur les évacuations médicales à l'étranger, les collectes de fonds et l'encadrement légal des organisations privées intervenant dans le domaine de la santé. À l'Assemblée nationale, plusieurs députés ont déjà demandé un renforcement du cadre légal afin de protéger les familles vulnérables.
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Questions au...Dr Vasantrao Gujadhur, Senior Advisor au ministère de la Santé : «Il y a eu beaucoup d'irrégularités dans le départ de Ras Natty Baby pour l'Inde»
Le départ pour l'Inde du défunt chanteur de seggae Ras Natty Baby alors que les médecins du service public l'avaient déclaré médicalement inapte à voyager, l'autorisation de voyage signée par un médecin figurant sur le panel d'Air Mauritius, sont autant d'éléments qui font dire au Dr Vasantrao Gujadhur, Senior Advisor au ministère de la Santé, que cette affaire est truffée d'irrégularités. Il se demande quel a été le rôle de l'OMCA dans tout cela.
🔵 Comment réagissez-vous au fait que Ras Natty Baby ait pris l'avion pour l'Inde alors que vous avez révélé que les médecins du secteur public l'avaient déclaré médicalement inapte à voyager ?
Le patient avait beaucoup de complications de santé, mais je ne révélerai pas ses comor- bidités. Il était hospitalisé pour des soucis de santé et surtout, il était âgé. Lorsqu'il était en traitement à l'hôpital, son état a empiré et il avait été placé à l'unité des soins intensifs. Des spécialistes le suivaient de près. Le 8 avril au matin, Ras Natty Baby a décidé de quitter l'hôpital, malgré les nombreuses visites qu'il avait reçues de politiciens. Il ne faut pas oublier que c'était une légende qui mérite le respect. Les médecins lui ont dit que c'était risqué de quit- ter l'hôpital, qu'il était unfit to be discharged et surtout médicalement inapte à voyager. Vers 18 h 30, il a insisté pour quitter l'hôpital malgré que le médecin lui ait dit de ne pas le faire. Un responsible party a signé la sortie contre avis médical (Discharge against Medical Advice). C'est à ce moment-là que l'OMCA est venue le récupérer. Il a pris le vol pour Delhi à 21 h 15. C'est à se demander quand son billet d'avion a été préparé et surtout, qui lui a donné un papier médical pour partir ? Nous avons appris que le 6 avril au matin, une délégation de l'OMCA est venue le voir. Cela semble être un coup planifié.
🔵 Vous avez dit que Ras Natty Baby est parti pour l'Inde sans aucun membre de sa famille. Qui est donc ce mystérieux «responsible party» qui a signé sa sortie contre avis médical ?
Il y a des documents à remplir pour ce genre de transfert et, sur l'un des documents, il est indiqué qu'un ami l'accompagnait et que c'est lui qui a rempli ce document. Mais qui est-ce, je l'ignore ? De même, pour voyager, il faut un papier signé par un médecin qualifié après qu'il a examiné le patient. Ce document, après signature, doit être fourni au minimum 24 heures avant l'arrivée du patient à l'aéroport. Ce papier a été signé par un médecin figurant sur le panel d'Air Mauritius, chargé de signer les certificats de fit for travel. Comment a-til signé cela en sachant que sa licence avait expiré ? Combien de fois cela s'est-il produit et surtout, est-ce que l'OMCA n'était pas au courant ? Où ce médecin a-t-il examiné le patient, sachant qu'il a quitté l'hôpital à 18 h 15 pour prendre un vol à 21 h 15 ? Ils disent qu'il est passé par une clinique privée, mais la clinique doit avoir un document qui le certifie. Le médecin qui a rempli le formulaire médical pour qu'il puisse voyager n'a même pas signé le document et, pour l'accompa- gnement du patient, il n'y avait personne. Il y a beaucoup d'irrégularités dans cette affaire.
🔵 Si les directives des médecins mauriciens avaient été respectées et si Ras Natty Baby n'avait pas pris l'avion pour l'Inde, serait-il encore en vie aujourd'hui ?
Nous n'avons aucun contrôle sur les événements et nul ne sait ce qui aurait pu se passer mais ce patient avait beaucoup de comorbidités et avait été admis à l'unité des soins intensifs. On l'a retiré de l'hôpital, mis dans un avion alors qu'il était déjà stressé. Est-ce que cela ne l'a pas stressé davantage, surtout qu'il a fait ce déplacement sans être accompagné d'un membre de sa famille ? C'est une question à laquelle il est difficile de répondre.
🔵 Un document en notre possession, rempli au Park Hospital en Inde par l'OMCA pour l'admission de Ras Natty Baby, indique comme nationalité «Indian» et comme religion «Hindu». Quelle lecture avez-vous de cela ?
Ah, cela donne une autre lecture et confirme d'autres irrégularités. Par exemple, c'est un certain Shah Rukh Khan, qui accompagnait Ras Natty Baby comme ami. Qui est-ce ? Quand l'OMCA insiste pour dire que nous payons trop cher en Inde à cause des overseas rates, c'est normal car nous ne sommes pas Indiens. Les Mauriciens qui possèdent un certificat Global Organisation of People of Indian Origin (GOPIO) peuvent effectivement payer l'Indian Rate. Or, l'OMCA affirme que nous pouvons payer le tarif indien. Je dois donc comprendre que la stratégie était de le faire passer pour un Indien afin qu'il bénéficie du tarif local. Il faut savoir que la GOPIO est une organisation internationale qui rassemble les personnes de la diaspora indienne afin de promouvoir leurs intérêts, leur culture et leurs échanges. Ce n'est pas un «papier» physique.