Le gouvernement tchadien a décrété le 7 mai l'état d'urgence pour une durée de vingt jours dans la province du Lac (ouest), à la suite d'attaques attribuées à Boko Haram, qui ont fait au moins 26 morts dans les rangs de l'armée et plusieurs blessés. Pour le chercheur Vincent Foucher, les jihadistes ont anticipé la réponse militaire de Ndjamena.
Au Tchad, les autorités ont décrété le jeudi 7 mai, un « état d'urgence » dans la province du Lac. La mesure va durer une vingtaine de jours, elle intervient après deux attaques meurtrières attribuées à Boko Haram dans la zone et qui ont coûté la vie à au moins 26 soldats tchadiens.
La réponse de Ndjamena est-elle à la hauteur de l'affront ? Est-elle suffisante pour réfréner la secte jihadiste ? Pas vraiment, estime Vincent Foucher, chercheur et spécialiste de la région du Lac Tchad, qui n'attend pas que la secte jihadiste retente de sitôt une attaque de cette ampleur. « Si on en juge par le passé, ces grandes attaques sont souvent des "one shots", des occasions uniques. Il y avait déjà eu l'affaire de Bohoma en 2020, l'affaire de Barkaram en 2024 », souligne-t-il au micro de Polycarpe Essomba, au sujet d'attaques ayant respectivement fait plus de 90 morts et 40 morts dans les rangs militaires, selon des bilans officiels.
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Ils vont « laisser passer la contre-offensive »
« Au fond, après ces grosses attaques, la faction jihadiste impliquée, qui est la faction Jama'atu Ahlis Sunna [une faction de Boko Haram rivale de l'État islamique en Afrique de l'Ouest, NDLR] suspend généralement ses actions. Elle est là, elle attend et ne rengage pas tout de suite des grosses opérations. Donc, il n'est pas du tout certain, en vérité, qu'il y ait une menace imminente d'une attaque supplémentaire », ajoute-t-il.
Et de conclure : « Au fond, ce sont des raids pour mettre sous pression l'armée tchadienne. Et puis, ils savent très bien qu'il va y avoir une contre-attaque. Et donc, ils préfèrent se cacher dans le lac et profiter de l'abri qu'offrent toutes les îles et marécages. Et puis attendre laisser passer la contre-offensive avant d'entreprendre d'autres opérations. »
Plusieurs dizaines de pêcheurs nigérians auraient par ailleurs été tués ces derniers jours sur les rives du lac Tchad dans les opérations anti-terroristes de l'armée tchadienne. Ce sont plusieurs témoins locaux, dont un groupe d'auto-défense anti-jihadiste, qui font part de ces alertes : ils mettent en cause des bombardements aériens opérés par Ndjamena depuis trois jours, représailles aux opérations de Boko Haram contre l'armée tchadienne, qui n'a pas communiqué sur ce sujet. La présidence tchadienne, elle a diffusé samedi des images présentées comme des frappes aériennes menées pour « traquer, fixer et traiter les terroristes » dans la région du Lac et leur « porter l'estocade ».
En 2015, pour combattre les groupes jihadistes autour du lac, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient réactivé une « force multinationale mixte » créée en 1994. Le Niger a quitté cette force régionale en 2025, tant les relations tendues entre États en son sein ont fragilisé la lutte anti-jihadiste. En novembre 2024, le chef de l'État tchadien avait également dénoncé le manque d'efficacité de cette FMM.