Nigeria: «Mothers of Chibok», ces mères qui luttent pour l'éducation de leurs enfants

Dans le dossier de dimanche 10 mai, le film documentaire nigérian « Mothers of Chibok », réalisé par Joel Kachi Benson et qui a été récemment primé à Berlin (Willy Brandt Documentary Film Award au festival du film humanitaire de Berlin, le 18 avril, sélection au Fipadoc au début de l'année en France). Ce film suit, sur plusieurs saisons, quatre femmes de la communauté de Chibok où 276 jeunes filles ont été kidnappées dans leur école par Boko Haram, en 2014, créant un émoi planétaire.

Elles sont leurs mères, leurs soeurs ou ont elles-mêmes subi la captivité dans les camps jihadistes, mais continuent malgré tout à travailler la terre, pour financer l'éducation de leurs enfants. « Mothers of Chibok » a été diffusé, cette semaine, dans le cadre de la Nollywood Week, à Paris et, au mois d'avril, à la télévision nigériane, un fait rare pour un documentaire.

Huit ans après un premier film en réalité virtuelle sur les « Filles de Chibok », le réalisateur nigérian Joel Kachi Benson tourne, cette fois, sa caméra vers les mères de cette communauté isolée du nord-est du Nigeria.

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Jour après jour, ces femmes luttent pour cultiver leurs champs, vendre leurs récoltes et économiser chaque centime pour payer les frais de scolarité de leurs enfants, dans une région toujours déchirée par l'insurrection jihadiste.

Au-dessus de leur tête plane la menace d'une attaque ou d'une sécheresse qui viendrait briser leurs espoirs de réussite. Les images tournées par Joel Kachi Benson montrent les gestes du quotidien et la force de caractère incomparable de ces femmes qui vivent avec les fantômes de leurs proches disparues.

Le film « Mothers of Chibok » évoque aussi le difficile retour des anciennes otages de Boko Haram dans leurs communautés, lorsqu'une fille ou une soeur s'échappe, généralement accompagnée d'un ou plusieurs enfants nés en captivité, plus ou moins acceptés par les familles.

Les échanges nocturnes entre femmes sur l'expérience douloureuse des anciennes otages sont autant de témoignages rares sur la réalité d'une vie marquée par l'insécurité et les traumas dans le Borno.

Choisir entre nourriture et éducation

Au fond, le film « Mothers of Chibok » (Les Mères de Chibok) illustre parfaitement la réalité économique difficile de ces zones rurales nigérianes, rongées par l'insécurité.

De nombreux dialogues évoquent frontalement le coût de la vie, les frais de scolarité à 7500 nairas le trimestre - soit le prix d'environ deux poulets à 4 000 nairas l'unité - et les négociations constantes pour acheter de l'engrais ou vendre son maïs au meilleur prix.

Dans le nord-est du Nigeria, la pauvreté extrême touche plus de 70 % des ménages, alors que la population nigériane est confrontée à une inflation de plus de 20 % par an.

Dans son film, Joel Kachi Benson montre comment ces mères de famille doivent souvent choisir entre nourriture et éducation.

« Boko Haram signifie : "l'éducation occidentale est interdite". Cependant, ces femmes n'ont jamais cessé d'envoyer leurs enfants à l'école. Elles croient vraiment au pouvoir de l'éducation et c'est l'agriculture qui permet de financer l'éducation dans la communauté de Chibok.

« Donc, je voulais vraiment faire un film sur ces femmes, à partir du moment où elles mettent les graines dans le sol jusqu'au moment de la récolte. C'est grâce à ce travail de la terre qu'elles peuvent éduquer leurs enfants et leur donner une vie meilleure, et je voulais aussi vraiment montrer combien il faut travailler dur pour envoyer un enfant à l'école.

« Dans un sens, le coût de la scolarité à Chibok est vraiment dérisoire, mais cela représente un véritable combat quotidien pour elles et elles le font avec beaucoup de fierté, de dignité et une conscience de leur propre valeur. Je voulais vraiment que les spectateurs comprennent la difficulté du travail de la terre, combien celui-ci rapporte et comment cet argent est finalement utilisé », explique Joel Bachi Benson au micro de RFI.

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