Tunisie: Entre stress hydrique et dette publique - Le pari d'un pays résilient

Trois milliards d'euros investis, 61 projets actifs, un portefeuille total d'1,318 milliard d'euros : la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) vient de valider sa nouvelle stratégie pour la Tunisie couvrant la période 2026-2031. L'ambition est claire et chiffrée. Il s'agit de transformer en profondeur une économie fragilisée par un chômage des jeunes à 38,5 %, une dette publique frôlant 85 % du PIB et un mix énergétique encore dépendant à 88 % des hydrocarbures. Trois axes structurent ce plan : booster la compétitivité du secteur privé, accélérer la transition verte et réduire les fractures régionales.

L'économie tunisienne souffre d'un mal profond. Les entreprises publiques dominent le marché, génèrent plus de la moitié du chiffre d'affaires des cent plus grandes structures du pays et emploient un cinquième de la main-d'oeuvre nationale. Résultat : 47 % des PME déclarent ne pas pouvoir accéder au financement, soit presque le double de la moyenne régionale. La corruption aggrave encore le tableau.

En 2020, 56 % des entreprises privées la citaient comme contrainte majeure, contre 36 % en 2013. Face à ce constat, la BERD entend multiplier les lignes de crédit dédiées aux PME, développer l'écosystème des start-up via ses programmes Star Venture et Blue Ribbon, et pousser la réforme de gouvernance des entreprises publiques. Durant la précédente stratégie, la Banque a déjà accompagné plus de 600 PME et fourni 1 milliard d'euros de facilitation commerciale.

3 % d'énergies renouvelables : le chantier le plus urgent

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C'est le chiffre qui résume tout. Malgré un ensoleillement exceptionnel et un potentiel éolien considérable, la Tunisie ne tire que 3 % de son électricité des énergies renouvelables. La BERD veut accélérer brutalement ce rythme. Elle poursuivra le financement de projets solaires et éoliens privés, soutiendra le développement de l'interconnecteur électrique Tunisie-Italie ELMED, déjà financé à hauteur de 45 millions d'euros, et accompagnera la réforme du cadre réglementaire du secteur énergétique.

En parallèle, la Banque s'attaque au stress hydrique. D'ici 2050, 75 % des ressources en eau côtières pourraient être perdues du fait de la salinisation des nappes phréatiques. Un prêt de 75 millions d'euros a d'ores et déjà été engagé pour réhabiliter les réseaux d'assainissement de 33 villes tunisiennes.

Le Sud tunisien, grand oublié que la stratégie veut rattraper

Le fossé entre le littoral et l'intérieur du pays reste béant. Dans les gouvernorats du Sud, le chômage atteint presque trois fois le niveau des régions côtières. L'accès à l'eau potable tombe à 42 % dans certaines zones rurales. La connectivité numérique y est quasi inexistante, la Tunisie se classant au 161e rang mondial pour le débit internet fixe. Pour corriger ces déséquilibres, la BERD mise sur le développement des infrastructures de transport et logistique, l'extension du haut débit aux régions enclavées et le renforcement de l'inclusion financière des femmes et des jeunes.

La Banque entend notamment poursuivre son programme Femmes en affaires, qui a déjà accompagné plus de 90 PME dirigées par des femmes, dans un pays où le taux de participation féminine au marché du travail ne dépasse pas 26,8 %.

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