Lomé renoue avec la contestation. Samedi 9 mai 2026, la capitale togolaise a été le théâtre d'un rassemblement politique d'envergure, marquant le réveil d'une opposition muselée depuis plus d'un an. Au cœur de cette mobilisation : la dénonciation de la réforme constitutionnelle de 2024, perçue comme un verrouillage définitif du pouvoir par Faure Gnassingbé.
L’événement a officialisé la naissance du « Cadre national de consultation pour le changement au Togo » (CNCC). Cette coalition inédite, qui regroupe quatre formations politiques majeures et plusieurs organisations de la société civile, entend coordonner la résistance contre ce qu'elle qualifie d'abus constitutionnels.
David Dosseh, porte-parole du Front des citoyens du Togo debout (FCTD), a martelé lors de ce rassemblement que le peuple togolais « tient bon » et refuse de valider le passage à un système parlementaire qu'il juge taillé sur mesure pour l'exécutif actuel. Selon les informations d’Africanews, cette réunion publique brise une longue période de silence, les manifestations s'étant raréfiées sous l'effet de restrictions sécuritaires persistantes.
Le ton est monté d'un cran lors de l'intervention de Jean-Pierre Fabre, président de l'Alliance nationale pour le changement (ANC).
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Le leader historique de l'opposition a fustigé le sort réservé à Honoré Sitsope Sokpor, plus connu sous son nom de plume Affectio. Le poète et militant a été de nouveau incarcéré le lundi 4 mai, quelques mois seulement après une remise en liberté provisoire. Jean-Pierre Fabre a dénoncé un « harcèlement incessant » et une « détention arbitraire », érigeant le cas du poète en symbole de la répression qui frappe les voix dissidentes au Togo.
Le point de rupture entre le pouvoir et ses détracteurs reste la Constitution de 2024, un texte qui a radicalement transformé l'architecture institutionnelle du pays en supprimant le suffrage universel direct pour l'élection du chef de l'État tout en créant le poste de Président du Conseil des ministres, véritable clé de voûte du pouvoir actuellement occupée par Faure Gnassingbé.
Pour le camp présidentiel, ce virage garantit une représentativité accrue. Pour le CNCC, il s'agit d'un stratagème permettant au chef de l'État, au pouvoir depuis 2005, de s'affranchir de la limitation des mandats présidentiels. L'opposition rappelle avec amertume que les manifestations de l'année dernière contre cette réforme s'étaient soldées par la mort de sept personnes, selon les chiffres des organisations de défense des droits de l'homme. Avec le lancement de cette « nouvelle phase de mobilisation », le Togo entre dans une zone de turbulences dont l'issue reste incertaine.