L'impétrant Junior Aristide Keze-Kovoungbo a brillamment soutenu, le 9 mai à Brazzaville, sa thèse de doctorat en sciences économiques à l'Université Marien-Ngouabi. À travers cette recherche consacrée à l'impact de la qualité des institutions sur la croissance économique en République centrafricaine (RCA), le désormais docteur met en évidence les fragilités structurelles d'une croissance essentiellement soutenue par les ressources naturelles et les appuis extérieurs, au détriment d'institutions véritablement solides et performantes.
Junior Keze-Kovoungbo a défendu un travail de recherche portant sur le thème « L'impact de la qualité des institutions sur la croissance économique : cas de la République centrafricaine ». Réalisée au Laboratoire de recherche d'économie et de management (LEM), cette thèse a été dirigée par Antoine Ngakosso, professeur titulaire agrégé de l'Université Marien-Ngouabi. Le jury était présidé par Pierre-Alexandre Kopp, professeur émérite à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il comprenait également François Facchini, professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Examinateur); Idrys Fransmel Okombi, maître de conférences agrégé à l'Université Marien-Ngouabi; et Giscard Assoumou Ella, maître de conférences agrégé à l'Université Omar-Bongo de Libreville. À l'issue de la soutenance, le jury lui a décerné le grade de docteur en sciences économiques avec la mention « Très honorable ».
Le désormais docteur a présenté les principaux résultats de ses recherches, menées sur la période allant de 2002 à 2019. Selon lui, la RCA demeure confrontée à une croissance économique « non durable » et « sous-optimale », en raison notamment de la faiblesse de ses institutions. « La croissance observée en RCA n'est pas expliquée par la qualité des institutions, mais par d'autres facteurs comme les ressources naturelles, l'aide publique au développement ou encore les investissements étrangers. Structurellement, ce n'est pas une croissance durable », a-t-il expliqué devant le jury.
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L'étude s'appuie sur les théories institutionnalistes développées précisément par Douglass North et Acemoglu & Robinson, selon lesquelles la qualité des institutions constitue un facteur fondamental du développement économique. Pourtant, la RCA présente une situation paradoxale : malgré des institutions jugées faibles, le pays a enregistré un taux de croissance annuel moyen positif de 0,35 % entre 2002 et 2019. Pour analyser cette contradiction, le chercheur a adopté une méthodologie combinant deux approches économétriques : un modèle SVAR pour mesurer les dynamiques de court terme et les effets des chocs économiques, ainsi qu'un modèle ARDL destiné à identifier les relations de long terme entre qualité institutionnelle et croissance économique.
Des solutions à long terme
Les résultats de la recherche révèlent un impact globalement négatif et significatif des institutions sur la croissance économique en RCA. Toutefois, la stabilité politique apparaît comme un facteur favorable à long terme, contrairement à l'efficacité gouvernementale qui produit, selon les analyses, des effets contre-productifs dans un contexte d'institutions dites « extractives ». L'impétrant estime également que les investissements physiques ne constituent pas le principal canal par lequel les institutions influencent la croissance économique. À long terme, seules certaines variables, telles que la stabilité politique, l'aide publique au développement et les investissements directs étrangers contribuent positivement à la croissance.
Pour expliquer cette situation, le nouveau docteur évoque l'existence d'une « trappe institutionnelle » dans laquelle la RCA reste enfermée. Les mécanismes de gouvernance actuels favorisent davantage les logiques de rente et de prédation que le développement économique durable. « Dans un contexte marqué par des institutions extractives, une administration plus efficace peut devenir plus performante dans l'extraction des rentes plutôt que dans le service à la population », a-t-il soutenu.
Junior Aristide Keze-Kovoungbo préconise enfin une rupture profonde dans la gouvernance centrafricaine. Il appelle à renforcer la paix, lutter contre la corruption et recentrer l'action publique sur l'intérêt général afin de permettre au pays de sortir du cercle vicieux de la fragilité institutionnelle.