À Antananarivo, 196 candidats déclarés admissibles au concours des élèves magistrats n'ont pas pu passer les épreuves orales, prévues mi-mars, en raison de fraudes lors des écrits qui se sont déroulés en décembre dernier. Six suspects ont depuis été présentés à la Justice pour corruption active et passive, mais aucune date n'a été reprogrammée pour les oraux d'admission. Les candidats interpellent les autorités ces derniers jours et ils redoutent une annulation pure et simple du concours, qui anéantirait des années de travail.
Ils étaient 4 170 candidats pour 150 places : la sélection à l'entrée de l'École nationale de la magistrature et des greffes (ENMG) est particulièrement rude, et chaotique cette année. À peine arrivées à la tête du pays en octobre 2025, les autorités de transition avaient décidé de reporter les épreuves écrites. Le temps « d'assainir » ce prestigieux concours. Autrement dit : d'écarter tout risque de corruption, alors que le processus a plusieurs fois été entaché de fraudes par le passé.
Sans succès. Le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) a révélé un réseau de fuite et de vente de sujets d'examen lors des écrits, qui avaient finalement été organisés en décembre dernier. Un agent chargé de l'impression des sujets les avait divulgués, avec l'aide de complices, à des candidats avant les épreuves, contre un million d'ariary, soit environ 200 euros.
Face au tollé, les examens oraux, programmés en mars, ont été suspendus, au grand dam des 196 candidats admissibles. « Pourquoi ne pas laisser ceux qui ont réussi honnêtement poursuivre leur chemin ? », s'interroge l'un d'entre eux, en pointant la situation très précaire des étudiants originaires des provinces qui ont choisi de rester dans la capitale en attendant un dénouement.
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Les candidats doutent que l'État dispose des moyens financiers nécessaires pour organiser un nouveau concours. Ils insistent sur le besoin urgent de renforcer des effectifs en souffrance.
Le dernier recrutement de magistrats remonte à 2022. Selon les doléances recueillies par le Bianco, la justice figurait parmi les administrations les plus corrompues à Madagascar en 2025, après les collectivités décentralisées - communes et régions -, et les services fonciers.