44 %. C'est la proportion d'adolescents mauriciens (12-19 ans) qui sont en état de pré-diabète. Un des taux les plus élevés au monde, selon les données 2022 de l'Organisation mondiale de la santé. Ce chiffre, certes daté, a été communiqué hier par Yashma Ghoorah, administratrice par intérim à la Directorate of Health & Wellness du ministère de l'Éducation, aux recteurs et managers d'établissements scolaires. Un chiffre qui résume à lui seul l'ampleur d'une crise sanitaire silencieuse qui affecte les jeunes.
Fragilités, sédentarité
Ce n'est pas le seul indicateur qui inquiète. Un dépistage mené en 2025 auprès de plus de 26 000 élèves du secondaire est venu confirmer l'étendue du problème dans sa réalité la plus concrète : 32 élèves étaient déjà diabétiques, 501 pré-diabétiques, plus de 3 500 obèses, et 217 souffraient d'hypertension. Déjà, en 2017, 34 % des élèves étaient en surpoids ou obèses, contre 6,6 % de plus qu'en 2011. «Si nous n'agissons pas maintenant, le fardeau sur les familles, les communautés et notre système de santé ne fera que s'alourdir», a averti Yashma Ghoorah.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
La progression de l'obésité ne s'explique pas seulement par de mauvaises habitudes alimentaires. Chez les adolescents mauriciens, sousnutrition et obésité coexistent, deux réalités en apparence opposées qui témoignent d'une même fragilité.
À cela s'ajoute une sédentarité préoccupante : seulement 19,9 % des élèves pratiquent les 60 minutes d'activité physique quotidienne recommandées, tandis que 30,1 % sont classés comme inactifs. Autrement dit, huit élèves sur dix ne bougent pas assez.
Tout aussi alarmant : les données disponibles sur la santé mentale. En 2007, 15 % des adolescents déclaraient avoir eu des pensées suicidaires, et 13 % avaient tenté de mettre fin à leurs jours. Selon les données du Global School-based Student Health Survey de 2017, 16,6 % des élèves avaient sérieusement envisagé le suicide au cours de l'année écoulée. Un élève sur six.
Un chiffre qui n'a pas évolué dans le bon sens depuis 2007. «Nous avons récemment perdu tragiquement de précieuses jeunes vies dans nos écoles», a rappelé Yashma Ghoorah. «Ces chiffres nous rappellent que les plus grands risques qu'encourent nos enfants sont souvent invisibles. Profondément enfouis. Et lorsqu'ils remontent à la surface, il est souvent trop tard.»
Ces indicateurs - prédiabète record, surpoids en hausse, sédentarité généralisée, idéations suicidaires persistantes - forment ensemble un tableau que les autorités qualifient désormais ouvertement de crise de santé publique.
«School Health Clubs»
Une crise qui dépasse, selon Yashma Ghoorah, la seule sphère du bien-être individuel. «Ces problèmes ont un impact direct sur la résilience, la performance et l'efficacité de notre future main-d'oeuvre», a-telle souligné. «Les mauvaises habitudes formées à l'adolescence persistent souvent à l'âge adulte, augmentant les risques de diabète, de maladies cardiaques, d'obésité et de dépression.»
Ainsi, le ministère de l'Éducation cherche à renforcer les School Health Clubs. Déjà présents dans les écoles, ils seront désormais structurés autour d'un cadre formel : le recteur ou son adjoint en assume le patronage, un ou deux enseignants, pas nécessairement issus des départements scientifiques, a précisé Yashma Ghoorah, en assurent la coordination, tandis que les élèves forment un comité exécutif représentatif de chaque niveau.
Chaque établissement éligible recevra un budget de Rs 5 000, utilisable pour du matériel pédagogique, du petit équipement sportif, des rafraîchissements lors des activités, ou encore des intervenants externes. Les activités devront couvrir l'un ou plusieurs des huit domaines retenus : activité physique, nutrition, santé mentale, prévention des drogues et de l'alcool, santé sexuelle et reproductive, environnement et hygiène, secourisme, et littératie santé.
Le processus se déroule en trois étapes : constitution du club et sélection des activités prioritaires, soumission d'une proposition avec budget détaillé à la Directorate of Health & Wellness d'ici fin mai, puis mise en oeuvre et rapport final entre juin et août. Les modèles de proposition, de budget et de rapport seront fournis aux établissements.