Tchad: L'opposition s'inquiète d'un rétrécissement drastique de l'espace civique dans le pays

La condamnation de huit leaders de la plateforme d'opposition tchadienne GCAP à des peines de huit ans de prison, vendredi 8 mai, continue de susciter l'indignation. Si une partie de l'opposition ne se dit pas surprise par l'issue du procès, d'autres s'inquiètent du rétrécissement de l'espace démocratique dans le pays.

« Ce qu'il s'est passé avec les leaders du GCAP n'est ni une justice et encore moins un procès équitable », gronde Alifa Younous Mahamat, coordinateur en Europe du Parti socialiste sans frontière (PSF). Après la condamnation de Succès Masra ou la déchéance de nationalité contre des activistes en exil, ce cadre d'une formation politique d'opposition - dont le chef Yaya Dillo a été tué au cours d'un raid de l'armée contre le siège du parti, en 2024, et dont le secrétaire général Robert Gam, est aujourd'hui en exil après huit mois de détention au secret -, voit en cette condamnation un nouveau tour de vis autoritaire contre toute voix critique.

« Cette crise démontre malheureusement que le Tchad s'enfonce davantage dans une dictature pure et dure, où la pensée unique est imposée par la peur et la répression », déplore le coordonnateur du PSF, « il faut noter que toute voix dissidente [...] est embastillée par le régime autoritaire tchadien », insiste-t-il, constatant une instrumentalisation de la justice au micro de François Mazet.

Ce qu'il s'est passé avec le leader du G4 n'est ni une justice, moins encore un procès équitable. Cette crise démontre malheureusement que le Tchad s'enfonce davantage dans une dictature pure et dure, où la pensée unique est imposée par la peur et la répression. La justice qui devrait être indépendante bien évidemment, et protégée, n'est-ce pas les libertés fondamentales ? Mais nous constatons qu'au Tchad, elle est devenue un instrument de règlement politique contre les opposants et les acteurs engagés pour l'alternance démocratique. Il y a une résistance. Ce qu'il faut noter à toute voix dissidente et systématiquement, totalement et complètement censurée, voire incarcérée, elle est embastillée par le régime autoritaire tchadien.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Le chef de l'opposition parlementaire tchadienne, Albert Pahimi Padackéle, président du Rassemblement national des démocrates tchadiens (RNDT), dit ne pas être surpris de l'issue de ce procès. « Le système du Mouvement patriotique du salut (MPS), parti au pouvoir, a lancé une chasse à l'opposant depuis l'avènement de la cinquième République », témoigne l'ex Premier ministre au micro de notre correspondante à Ndjamena, Nadia Ben Mahfoudh.

Si, selon lui, la mise en place d'une « marche effrénée vers la pensée unique » traduit une « fébrilité » et une « étroitesse de l'assise politique du pouvoir », elle instille également un climat de peur dans l'opposition. « Si je vous dis aujourd'hui que je n'ai pas peur, je vous mentirais », admet le député, qui craint d'être sur la liste des personnes à interpeller.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.