Occupation anarchique des trottoirs, prolifération des constructions illicites, congestion chronique : Antananarivo fait face à une dégradation croissante de son organisation urbaine, sur fond de précarité sociale et de faiblesse des régulations publiques.
Le désordre gagne progressivement la capitale malgache. Dans plusieurs quartiers d'Antananarivo, les trottoirs sont occupés par des vendeurs informels, obligeant les piétons à marcher sur la chaussée. Les constructions illicites se multiplient, tandis que les espaces publics accueillent de plus en plus de sans-abri. Dans le même temps, une partie des transporteurs ne respecte plus les règles élémentaires de circulation, accentuant les risques pour les usagers.
Pour Lanto Ratsida, cette situation reflète des dysfonctionnements plus profonds.
« La capitale est devenue le miroir des pratiques politiques, économiques et administratives du pays. À la base, notamment au niveau des fokontany, beaucoup d'acteurs hésitent à faire appliquer les règles par crainte de pressions, de conflits d'intérêts ou de conséquences politiques », analyse le sociologue.
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Selon lui, cette fragilité institutionnelle favorise la progression de la bidonvilisation, l'occupation désordonnée des espaces publics et l'expansion d'un urbanisme informel.
Plusieurs opérations d'assainissement ont pourtant été engagées ces derniers mois. Avant-hier encore, les marchands de la Petite Vitesse ont manifesté contre une intervention des autorités. Pour nombre de vendeurs ambulants, l'occupation de la voie publique reste avant tout une question de survie économique.
« Il n'y a pas de travail, et c'est le seul moyen que nous avons trouvé pour gagner notre vie », explique Saholy, vendeuse de rue à Analakely. Une source au sein de la Commune urbaine d'Antananarivo (CUA) affirme néanmoins que « les opérations d'assainissement vont se poursuivre dans le cadre de la réorganisation des marchés ».
Malgré ces initiatives, plusieurs infrastructures marchandes, notamment à Anosy, Behoririka ou à la Petite Vitesse, demeurent encore peu fréquentées.
Embouteillages et saturation
Les habitants dénoncent une dégradation continue des conditions de vie dans la capitale. Embouteillages permanents, insécurité, insalubrité, pollution et perte de temps rythment désormais le quotidien d'une grande partie de la population.
« Les infrastructures publiques restent insuffisantes face à l'augmentation de la population. Cette situation accentue aussi les inégalités sociales », poursuit Lanto Ratsida.
Dans le même temps, le nombre de taxis-motos et de taxis-bicyclettes continue d'augmenter dans les rues de la capitale. « Nous répondons à une demande de transport rapide face aux embouteillages », explique Njara Marius, conducteur de taxi-moto à Anosy.
Selon le directeur des Transports et de la Mobilité urbaine (DTMU), le contrôleur général de police Albert Estel Ainanirina, près de seize mille taxis-motos circuleraient actuellement dans la capitale. Un chiffre qu'il présente toutefois comme approximatif, faute de recensement officiel.
La Commune urbaine d'Antananarivo prévoit également une réunion avec l'ensemble des coopératives de bus suburbains opérant dans la ville afin de tenter de mieux organiser le secteur.
Pour le sociologue, une amélioration durable suppose avant tout une volonté politique affirmée. « Une véritable remise en ordre d'Antananarivo nécessite un leadership fort et une vision de long terme fondée sur l'intérêt collectif », estime-t-il.
Entre tentatives de réorganisation et réalités sociales persistantes, la capitale reste confrontée à une équation complexe : restaurer l'ordre urbain sans ignorer les mécanismes de précarité qui alimentent l'économie informelle.