Ile Maurice: Des primes de plus en plus élevées pour retrouver les fugitifs

Les avis circulent désormais presque quotidiennement sur les réseaux sociaux. Une photo, un nom, parfois un numéro de téléphone... et surtout une récompense à la clé. À Maurice, les primes promises pour retrouver des travailleurs étrangers en fuite ne cessent d'augmenter, atteignant parfois des sommes considérables. Le dernier cas en date concerne une Bangladaise, M. B., dont la «tête» aurait été mise à prix à hauteur de Rs 100 000 après sa disparition du domicile où elle travaillait comme employée de maison.

Avant elle, plusieurs autres travailleurs étrangers avaient déjà fait l'objet d'avis de recherche diffusés en ligne : un Népalais accusé d'avoir quitté son employeur pour un autre travail, deux ressortissants indiens, Vishal et Nitish, repérés dans la région de Bambous après avoir déserté leur lieu de travail, ou encore un Bangladais soupçonné de vol à Laventure. Même les 21 travailleurs malgaches ayant quitté leur résidence ont fait l'objet de recherches, impliquant jusqu'à leur ambassade.

Une situation qui choque le syndicaliste Fayzal Ally Beegun. Pour lui, cette pratique transforme progressivement ces travailleurs en cibles publiques. «Il faut se demander pourquoi ces personnes prennent la fuite. Est-ce qu'elles font face à de l'exploitation ?», interroge-t-il.

Le syndicaliste évoque notamment le cas des travailleurs étrangers employés par Star Knitwear. Selon lui, 145 travailleurs avaient déserté leur dortoir après s'être retrouvés sans travail ni nourriture suffisante. «Beaucoup ont essayé de trouver du travail ailleurs avant de revenir lorsque la situation s'est stabilisée, surtout quand cela concerne les repas», explique-t-il.

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Derrière ces disparitions se cacheraient souvent des réalités bien plus complexes que de simples abandons de poste. Endettés après avoir payé des agents recruteurs dans leur pays d'origine, certains travailleurs venus du Bangladesh, du Népal, de l'Inde, de Madagascar ou encore du Sri Lanka découvriraient une réalité très éloignée des promesses faites avant leur départ. «On leur fait croire que le logement est gratuit, que les repas sont offerts ou que les chambres sont climatisées. Une fois ici, ils réalisent que Rs3 000 ou plus sont déduites de leurs salaires chaque mois», affirme Fayzal Ally Beegun. Certains dénoncent également des dortoirs surpeuplés, des chambres comptant plus de 20 lits, des passeports parfois confisqués par des employeurs et des conditions de vie précaires.

À travers leurs réseaux communautaires, plusieurs travailleurs apprennent également que certains secteurs, notamment la construction, offrent des salaires plus élevés. Beaucoup choisissent alors de quitter leur employeur malgré le risque de devenir des travailleurs illégaux.

Selon les chiffres communiqués au Parlement par Navin Ramgoolam, Maurice comptait, au 27 mars 2026, 64 165 travailleurs étrangers. Parmi eux, 6 926 se trouvent actuellement en situation irrégulière. Le chef du gouvernement a précisé que 2 819 avaient été signalés comme disparus par leurs employeurs, tandis que d'autres disposent de permis expirés, avec ou sans demande de renouvellement.

Les principaux secteurs employant cette main-d'œuvre étrangère restent la manufacture, la construction, l'agriculture, le tourisme et les petites et moyennes entreprises. De son côté, le ministre du Travail, Reza Uteem, a récemment déploré qu'aucun employeur impliqué dans certaines pratiques controversées n'ait encore été arrêté. Il affirme toutefois que son ministère travaille à mieux encadrer le recrutement légal des travailleurs étrangers.

Pour Fayzal Ally Beegun, des solutions existent afin d'éviter que ces travailleurs ne sombrent dans l'illégalité. Il propose notamment l'introduction d'une clause permettant à un travailleur étranger de demander un transfert vers un autre employeur après un ou deux mois, si ses conditions de travail ou de vie ne correspondent pas à ce qui lui avait été promis. «Derrière chaque travailleur en fuite, il y a une histoire humaine», insiste-t-il. «Tous ne sont pas des criminels. Certains cherchent simplement à survivre ou à rembourser des dettes contractées.»

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