Nouvelle agression visant le personnel soignant. Cette fois, ce sont des urgentistes du SAMU qui ont été pris à partie par une foule hostile à Petite-Rivière, alors qu'ils intervenaient après un accident fatal impliquant un jeune homme de 21 ans. Un incident de trop pour la communauté médicale, qui dénonce une détérioration inquiétante des conditions de travail et réclame enfin des actions concrètes des autorités.
Ironie du calendrier : cette nouvelle affaire éclate quelques jours avant la Journée mondiale des infirmiers, célébrée ce 12 mai. Au lieu d'être à l'honneur, le personnel médical et paramédical se dit aujourd'hui épuisé, démoralisé et surtout inquiet pour sa sécurité. Pour le Dr Vinesh Sewsurn, président de la Medical and Health Officers Association (MHOA) et de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), la situation devient intenable. «On nous pousse vers des actions syndicales. Et cela pourrait aller au détriment du bon fonctionnement du système de santé», prévient-il avec gravité.
Le syndicaliste affirme que des discussions ont déjà eu lieu avec le ministre de la Santé,Anil Bachoo, depuis mars. Mais malgré les promesses et les condamnations officielles des violences en milieu hospitalier, les mesures concrètes tardent toujours à se matérialiser. Au sein des hôpitaux publics, le personnel soignant fait déjà face à un manque chronique d'effectifs. Une réalité qui, selon le Dr Sewsurn, fragilise davantage les équipes médicales confrontées à des conditions de travail de plus en plus difficiles. «Les rémunérations ne sont pas régulières et les heures supplémentaires sont payées après huit à dix mois», déplore-t-il.
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Malgré ces difficultés, les soignants continuent d'assurer leurs fonctions avec professionnalisme, dit-il, conscients des réalités économiques du pays et des attentes de la population. «Nous comprenons la population et cela ne nous empêche pas de faire notre travail. Mais la nature de notre métier ne signifie pas que nous devons travailler au détriment de notre sécurité et notre santé», insiste-t-il. Au-delà des risques physiques, le climat d'insécurité pèse aussi lourdement sur les familles des soignants. «Tout le personnel a quelqu'un qui l'attend à la maison. Quand nous ne nous sentons pas en sécurité, c'est toute la famille qui est affectée», souligne-t-il.
«Manque d'empathie des autorités»
Le président de la MHOA et de la FCSOU estime que les autorités ne prennent pas suffisamment la mesure de la gravité de la situation. Selon lui, la sécurité des établissements hospitaliers ne peut se limiter à la présence d'agents postés aux entrées.
Il estime qu'une meilleure coordination avec les forces de l'ordre est indispensable pour protéger efficacement le personnel médical. «On ressent un manque d'empathie, non seulement du ministère de la Santé, mais du gouvernement dans son ensemble», affirme-t-il. Le syndicaliste rappelle également que l'État, en tant qu'employeur, a l'obligation légale de garantir un environnement de travail sécurisé conformément aux dispositions de la loi sur la santé et la sécurité au travail.
À cette tension s'ajoutent d'autres préoccupations sanitaires. Le Dr Sewsurn se dit notamment inquiet de la hausse des cas de leptospirose et appelle à une vigilance accrue face à la menace du hantavirus signalée dans plusieurs régions du monde. «Nous faisons notre part du travail, mais les autorités doivent aussi faire la leur», martèle-t-il.
Les médecins urgentistes, particulièrement exposés lors des interventions sur le terrain, décrivent eux aussi un climat de travail devenu extrêmement stressant. «On est stressé quand nous devons faire des sorties, surtout face à la réaction du public», confie Vinesh Teeluck, trésorier de l'Emergency Medicine Doctors Union. Selon lui, chaque déplacement du SAMU comporte désormais une part d'incertitude. «Nous ne savons jamais comment les gens vont réagir sur les lieux.»
Vinesh Teeluck rappelle que le SAMU reste un service d'urgence confronté à des ressources limitées, tant au niveau du personnel que du nombre d'ambulances disponibles. «Nous essayons toujours d'arriver le plus vite possible, mais la population n'est pas forcément consciente des difficultés que nous traversons.»
Les urgentistes réclament également une meilleure gestion des scènes d'accidents par les forces de l'ordre. La police devrait systématiquement sécuriser les lieux avant l'intervention des équipes médicales afin de leur permettre de travailler dans des conditions optimales. «Il faut empêcher les gens de s'approcher et nous laisser l'espace nécessaire pour intervenir dans l'urgence», insiste Vinesh Teeluck. Il reconnaît toutefois que la police fait elle aussi face à des problèmes de sous-effectif et de moyens. «Mais même lorsqu'elle est présente, elle ne nous aide pas toujours comme il le faudrait», regrette-t-il.
Sensibiliser le public au rôle du SAMU
Le personnel du SAMU estime aussi qu'un important travail de sensibilisation doit être mené auprès du public afin d'en expliquer le véritable rôle. «Nous ne sommes pas simplement un système de transport vers l'hôpital», rappelle Vinesh Teeluck. Dès leur arrivée sur les lieux, les équipes prodiguent les premiers soins d'urgence avant de stabiliser et accompagner le patient jusqu'à son admission à l'hôpital.
De nombreuses personnes, dit-il, ont une perception erronée du fonctionnement des services d'urgence, influencées par les séries et films étrangers. «Les gens pensent que cela fonctionne comme dans les films américains. Mais ici, nous ne sommes pas des paramedics qui transportent uniquement les patients. Nous leur administrons déjà les premiers soins», explique-t-il.
En mars,Anil Bachoo avait pourtant fermement condamné les agressions en milieu hospitalier. Le ministre avait rappelé que ces actes peuvent entraîner des peines allant jusqu'à cinq ans de prison et une amende de Rs 200 000. «Les agressions, même verbales, ne sont en aucun cas acceptables», avaitil déclaré. Deux mois plus tard, le personnel hospitalier dit attendre toujours des mesures concrètes pour assurer sa sécurité.