L'économie, c'est une affaire de concessions. Les ressources étant par essence limitées, il est virtuellement impossible de satisfaire tous les agents économiques, c'est-à-dire les entreprises comme les ménages. Alors qu'il élabore le Budget 2026-2027, le gouvernement devra composer avec la réalité des chiffres et, en fonction de sa politique économique et son projet de société, faire des arbitrages qui pourraient s'avérer douloureux.
Présidant les consultations pré-budgétaires, le ministre délégué chargé des Finances, Dhaneshwar Damry, a donné un aperçu de l'orientation du prochain Budget. Celui-ci reposera sur trois piliers : l'assainissement des finances publiques, la relance de l'économie et une politique de protection sociale plus ciblée.
Un discours qui laisse à penser que la loi de finances 2026-2027 s'inscrira dans la continuité, avec la poursuite du processus d'assainissement budgétaire. Cette stratégie est nécessaire car le pays est depuis janvier 2025 sous le radar de Moody's qui, si elle n'est pas satisfaite de l'orientation budgétaire, pourrait bien décider de rétrograder la note souveraine du pays à Ba1.
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Cela impliquera que Maurice perdra son statut de pays investissable (Investment grade). Pour assainir les finances publiques, il faut, d'une part, augmenter les revenus et, d'autre part, contenir les dépenses courantes. Autrement dit, il s'agit de ramener le déficit budgétaire calculé à 4,9 % du PIB pour l'année fiscale 2026-2027 à un niveau plus soutenable, c'est-à-dire autour du seuil de 3 %.
Une politique d'austérité fiscale est toutefois une épée à double tranchant. Car, pour augmenter les revenus fiscaux, l'État doit, théoriquement, taxer plus les ménages et les entreprises. Ce faisant, le risque demeure qu'on grippe les leviers de la demande et de l'offre. Déjà, au mois d'avril, l'inflation était à 4,2 %. Imposer une nouvelle période de rigueur fiscale ne sera pas sans conséquence sur le pouvoir d'achat de la population, qui courbe déjà l'échine sous l'effet de la hausse des prix de l'alimentaire et de la majoration des prix des carburants. Sans compter les effets de l'augmentation des tarifs d'électricité qui se feront sentir dès fin mai.
Du côté des entreprises, la Fair Share Contribution et l'Alternative Minimum Tax, qui ont été introduites dans le dernier Budget, pèsent déjà lourd sur les opérations. Leur reconduction pourrait entraver la capacité du secteur privé à investir. D'ailleurs, dans son dernier bilan trimestriel, la direction de Lux Island Resorts indique que sa charge fiscale est passée de Rs 110 millions à Rs 133 millions (+21 %) en raison notamment de la Fair Share Contribution de 5 %.
Quand on parle d'assainissement budgétaire, il y a un autre paramètre scruté par Moody's et le Fonds monétaire international : c'est la dette publique. Pour cet indicateur, on est depuis plus d'un an dans la zone rouge. Les derniers chiffres du Trésor public indiquent une légère hausse de la dette publique de 89 % à 89,5 % du PIB.
Ce chiffre fait toutefois abstraction de la ligne de crédit de Rs 21 milliards que l'Inde va accorder à Maurice sous le Special Economic Package. Ainsi, il faudrait ajouter peu ou prou 3 % à la dette publique quand cette ligne de crédit sera débloquée. Quelle sera la stratégie pour redresser la barre et rassurer les institutions internationales ? On attend plus de certitude sur cette question.
Au chapitre de la relance de l'économie, l'on s'attend à ce que le gouvernement donne le la en créant les conditions pour inciter le secteur privé à investir. Le principal enseignement qu'on peut tirer du conflit au Moyen-Orient et de la guerre commerciale de Trump, c'est qu'il est urgent de s'attaquer aux problématiques structurelles inhérentes à l'économie mauricienne. Il est primordial qu'on investisse dès aujourd'hui dans les filières énergétique, alimentaire et industriel.
C'est à la faveur d'un partenariat renforcé entre l'État et le secteur privé qu'on pourra avancer sur tous ces fronts simultanément. Hormis une allocation judicieuse des ressources financières, le gouvernement devra introduire des mesures conjoncturelles fortes dans le Budget afin de créer un cadre propice pour l'investissement. Dans le même temps, il est essentiel de simplifier les procédures fiscales et réglementaires qui, trop souvent, retardent le développement.
Par rapport au ciblage de l'État providence, le gouvernement sait pertinemment que c'est un terrain miné. Le développement humain est central à tout projet de construction de la nation.