L'International Finance Corporation (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, a présenté son rapport sur le tourisme à Maurice, lundi, à l'hôtel Labourdonnais Waterfront, à Port-Louis.
Dans l'assistance, des représentants du gouvernement, des opérateurs touristiques, des investisseurs, des institutions financières ainsi que des partenaires au développement autour des enjeux liés à l'avenir du tourisme. Intitulé «Toward Sustainable, Resilient, and HighValue Tourism: A Pathway to Private Sector-Led Job Creation and Shared Prosperity», ce document - qui fait suite au Mauritius Country Climate and Development Report (CCDR) présenté en février - dresse un état des lieux du secteur touristique face aux défis climatiques et économiques, tout en proposant plusieurs pistes de transformation.
Engagements
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Dans son intervention, le junior minister du Tourisme, Sydney Pierre, a indiqué que le tourisme durable n'est pas un frein au développement, mais plutôt une manière de développer le secteur de façon plus réfléchie et responsable. Il a estimé que Maurice disposait des atouts nécessaires pour devenir une référence en matière de tourisme insulaire durable. Il a également souligné que la réalisation des ambitions de la Vision 2050 nécessiterait une collaboration étroite entre les autorités, le secteur privé et les partenaires internationaux, notamment l'IFC et le Groupe de la Banque mondiale.
Cláudia Conceição, directrice régionale de l'IFC pour l'Afrique australe, qui dirigeait la séance, a rappelé l'engagement de l'institution à accompagner Maurice dans le développement de solutions climatiques portées par le secteur privé. Selon elle, l'IFC entend soutenir cette transition à travers des conseils techniques, des investissements directs et des instruments financiers innovants, comme les obligations vertes et bleues, les financements liés à la durabilité et les mécanismes de financement mixte. L'économiste de l'IFC, Mounir Bari, a complété ces intentions en estimant que Maurice pouvait réussir une transformation du tourisme conciliant croissance économique, protection de l'environnement et création d'emplois.
Nuages probables
Le rapport rappelle que le tourisme demeure un pilier impor tant de l'économie mauricienne. Le secteur représente environ 20 % du produit intérieur brut et 14 % de l'emploi. En 2024, les recettes touristiques brutes ont atteint près de Rs 93,6 milliards (environ USD 2,1 milliards). Au-delà des revenus directs, le tourisme soutient également d'autres secteurs comme l'agriculture, la pêche, les transports, la construction et les industries culturelles.
Toutefois, le document met aussi en garde contre les effets du changement climatique sur l'activité touristique. Selon les projections présentées, les revenus liés au tourisme de loisirs pourraient diminuer de 17 % d'ici 2050, principalement en raison d'une baisse attendue du tourisme international. Le rapport indique également que près de 50 % des plages mauriciennes pourraient disparaître d'ici 2075, sous l'effet de l'érosion côtière et de la montée du niveau de la mer.
Recommandations
Dans ce contexte, l'IFC plaide pour une transition vers un modèle de tourisme à forte valeur ajoutée et à faible volume, avec un accent particulier sur l'écotourisme, le tourisme culturel, le bien-être et les expériences liées à la nature. Cette orientation nécessiterait aussi le développement de nouvelles compétences liées à la durabilité et à la résilience climatique afin de répondre aux attentes d'une clientèle internationale plus consciente des enjeux environnementaux.
Le rapport note par ailleurs que plusieurs acteurs du secteur ont déjà commencé à mettre en place certaines mesures d'adaptation. Environ 64 % des opérateurs touristiques ont investi dans les énergies renouvelables, principalement les systèmes solaires, tandis que 36 % ont adopté des dispositifs de gestion de l'eau. D'autres initiatives concernent la réhabilitation des coraux, la protection des côtes et les infrastructures de lutte contre l'érosion.
Cependant, plusieurs obstacles continuent de ralentir cette transition, notamment les coûts élevés des investissements, le manque d'incitations financières, l'accès limité au financement ainsi que certaines contraintes réglementaires et le manque de compétences spécialisées.
L'IFC a recommandé de formaliser un moratoire sur les nouveaux hôtels en bord de mer afin de réduire la pression sur les zones côtières ; de promouvoir la modernisation des établissements existants ; et d'encourager la diversification vers l'écotourisme, le bien-être, le tourisme culturel et l'aventure, avec l'objectif de créer 100 nouveaux opérateurs intérieurs ou de niche d'ici 2030.
L'institution recommande aussi la mise en place d'une Climate Resilient Tourism Task Force chargée de coordonner les actions liées à la résilience climatique dans le secteur touristique. Enfin, le rapport insiste sur l'importance d'investir dans des infrastructures résilientes, des projets de réhabilitation côtière, des solutions de mobilité verte ainsi que des systèmes de suivi des émissions de gaz à effet de serre du secteur touristique.