Maroc: Et si le gouvernement Akhannouch imitait l'Espagne dans la lutte contre le chômage ?

Alors que l'Espagne célèbre une dynamique historique avec plus de 22,1 millions d'affiliés à la sécurité sociale et un chômage au plus bas depuis 2008 (sous la barre des 2,4 millions), c'est du moins ce que l'on déduit de l'analyse publiée par le journal espagnol EL PLURAL, une question s'impose au Maroc : pourquoi le voisin du Nord réussit-il à transformer l'Etat social en moteur de croissance, tandis que le gouvernement Akhannouch s'enferme dans une communication statistique déconnectée de la réalité vécue?

Pourquoi l'Espagne a choisi de faire de l'augmentation des salaires, de la stabilité des contrats de travail et du dialogue social de véritables instruments de création d'emplois et de consolidation économique ; et, qu'en face, le gouvernement marocain se contente de vendre aux citoyens des chiffres qui ne convainquent pas, et ce justement parce que la réalité de l'emploi n'a pas changé, et que les difficultés à trouver un emploi digne de ce nom ne font que s'amplifier ?

Le succès espagnol : Un choix politique, pas statistique

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La réussite du gouvernement de Pedro Sánchez ne repose pas sur un artifice méthodologique, mais sur un triptyque cohérent : protection des salariés, revalorisation des salaires pour stimuler la consommation, et stabilité contractuelle pour doper la productivité. En Espagne, la baisse du chômage est structurelle : les emplois créés sont déclarés et intégrés à l'économie formelle. Ce modèle démontre que l'investissement social n'est pas une charge, mais le socle d'une économie résiliente.

Le franchissement du seuil des 22,1 millions d'affiliés à la sécurité sociale ne témoigne pas seulement d'une vitalité économique ; il garantit surtout la progression de l'emploi déclaré et la consolidation de la protection sociale au sein de l'économie formelle. Parallèlement, la baisse du nombre de chômeurs à 2.357.044 personnes confirme une dynamique réelle du marché du travail, excluant toute interprétation liée à de simples ajustements statistiques.

Maroc : L'illusion des 10,8 % face à la profondeur de la crise

Au Maroc, le gouvernement brandit un taux de chômage de 10,8% comme une victoire. Pourtant, ce chiffre occulte des réalités alarmantes : le chômage culmine à 13,5% en milieu urbain et frôle les 30% chez les jeunes. Plus inquiétant encore, le taux de «non-utilisation de la main-d'oeuvre» atteint 45,3% chez les jeunes de 15-24 ans.

Le problème réside dans l'usage politique du chiffre : mettre en avant le taux global sans expliquer le sous-emploi ou la précarité croissante revient à adoucir artificiellement l'image d'une crise sociale profonde. Le pays n'a pas besoin de "beaux chiffres", mais de dignité par le travail, et de transparence dans l'appréhension des problèmes auxquels les citoyens sont confrontés.

C'est d'ailleurs là où réside le problème. La fiabilité du travail statistique n'est pas mise en cause ; c'est son usage politique qui interpelle. En isolant le chiffre de 10,8% au détriment d'une analyse approfondie de la faible participation au marché du travail et de la précarité, le gouvernement Akhannouch manque à son devoir de pédagogie. Une telle présentation masque la réalité sociale derrière un trompe-l'oeil statistique.

Une croissance sans emploi : Le symptôme d'un échec libéral

Pourquoi la croissance marocaine ne produit-elle pas d'emplois dignes? Contrairement à l'Espagne qui régule pour protéger, l'Etat marocain multiplie les incitations fiscales et les aides à l'investissement sans exiger de contreparties sociales fermes.

La règle devrait pourtant être intangible : aucun soutien public sans création d'emplois stables, aucune exonération sans déclaration sociale, et aucun avantage sans impact local réel. Le soutien massif à certains secteurs n'a pas produit la convergence sociale attendue, laissant les régions marginalisées et les jeunes diplômés sur le bord du chemin.

2026 : Le rendez-vous de la vérité démocratique

Le chômage ne restera pas éternellement un dossier technique. Il trouvera sa place dans les débats politiques à l'approche des élections législatives de l'année 2026. Pour les jeunes en quête d'avenir, les femmes exclues du marché de l'emploi, les diplômés condamnés à l'attente ou les familles broyées par le coût de la vie, le bilan du gouvernement ne se mesure pas en statistiques, mais à l'épreuve du quotidien.

Malgré le temps, les leviers de pouvoir et les ressources dont elle a disposé, la majorité gouvernementale n'a pas su forger une véritable stratégie nationale pour l'emploi. Sous le vernis de de l'Etat social, elle a mené une politique libérale laissant le marché pour seul arbitre, abandonnant les classes moyenne et populaire aux dures conséquences de ses choix. Ce sont des questions auxquelles les partis composant le gouvernement Akhannouch devront répondre.

L'alternative social-démocrate de l'USFP

Face à ce constat, l'Union socialiste des forces populaires (USFP) propose un nouveau contrat politique : relier l'investissement à la création d'emplois déclarés et la formation aux besoins réels de l'économie. Notre alternative repose sur le soutien aux entreprises productives, l'économie sociale et solidaire, et l'essor des industries vertes et numériques.

La comparaison avec l'Espagne est utile. Elle nous enseigne que le progrès social est le meilleur allié de la performance économique. Elle nous rappelle que l'Etat social n'est pas une charge pour l'économie; il peut au contraire être l'une des conditions de sa force. Dès lors, la question qui s'impose est : jusqu'à quand le gouvernement Akhannouch continuera-t-il à changer la manière d'interpréter le chômage au lieu de changer la réalité des chômeurs ?

En 2026, les citoyennes et citoyens jugeront le gouvernement sur l'amélioration de leur quotidien, et non sur sa capacité à réinventer la lecture des statistiques.

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