Parlez-nous de votre expérience d'«Erasmus+» en Italie, en Espagne et au Portugal.
Malgré la pandémie de Covid-19, j'ai entrepris en septembre 2020, grâce au programme Erasmus Mundus, un master conjoint de deux ans en Water and Coastal Management en collaboration avec trois univer sités : l'université de Bologne en Italie, l'université de Cadiz en Espagne et l'université de l'Algarve au Portugal. Le programme visait à former des gestionnaires et des scientifiques spécialisés dans la gestion des risques liés aux zones côtières et à l'eau, me fournissant ainsi une base solide en instruments environnementaux.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos interactions avec les enseignants et les étudiants européens et non européens ? Qu'est-ce que cela vous a apporté tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel ?
Au cours de mon master Erasmus Mundus, j'ai eu l'opportunité d'interagir quotidiennement avec des étudiants européens et non européens, ainsi qu'avec des enseignants de renommée internationale. Ces échanges multiculturels m'ont permis d'élargir mes perspectives, tant sur le plan professionnel que personnel.
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Aux côtés de 18 étudiants venant de 16 pays différents des cinq continents, nous avons partagé nos cultures respectives à travers la musique traditionnelle, les langues et la gastronomie. Bien que je ne sois pas une très grande cheffe, j'ai essayé de leur faire découvrir un plat traditionnel appelé salad ourit. Ce fut une expérience incroyable et enrichissante de partager et de découvrir la culture des autres.
J'ai suivi des cours avec des professeurs renommés du monde entier, et la relation entre étudiants et enseignants était très conviviale, ce qui facilitait les échanges et le partage d'idées avec les professeurs. En tant que scientifique au sein du gouvernement, cette expérience a renforcé ma confiance dans la promotion de la gestion des ressources marines, amélioré mes compétences en leadership, et consolidé mon adaptabilité, mes capacités de résolution de problèmes ainsi que mon engagement envers la gestion durable de l'environnement au niveau local.
Cette expérience m'a permis d'acquérir des connaissances académiques approfondies et des compétences pratiques dans différents contextes européens et internationaux. Participer au programme Erasmus Mundus a profondément façonné mon développement personnel et professionnel. J'ai collaboré avec des pairs de 16 pays, ce qui a grandement renforcé mes compétences en matière de communication et de travail en équipe. Ces interactions ont renforcé mon ouverture d'esprit et ma capacité à travailler efficacement dans des environnements multiculturels.
Vous avez étudié la «Water and Coastal Management» dans ces trois pays. Existe-t-il des similarités entre Maurice et Rodrigues et ces trois pays européens dans le domaine de la gestion des zones côtières et de l'eau ?
Il existe effectivement des similarités entre Maurice, Rodrigues et ces trois pays européens en matière de gestion des zones côtières et de l'eau, mais également des différences notables. Tout comme l'Italie, l'Espagne et le Portugal, Maurice et Rodrigues sont confrontées à des enjeux majeurs liés au changement climatique, tels que la montée du niveau de la mer, la régression du littoral, l'intrusion d'eau salée et l'affaissement de terrain dans certaines régions. Nous partageons également le défi de la gestion durable des ressources en eau, qui nécessite une planification rigoureuse et une utilisation efficace pour faire face à la rareté et à la demande croissante.
Cependant, la pression de la construction et du développement sur le littoral est généralement beaucoup plus importante en Europe qu'à Rodrigues, où la population est moins dense et où un plus grand respect de la nature et de sa protection est observé au sein de la population locale. En tant qu'îles ayant une population plus restreinte que les pays européens, la gestion de nos problématiques peut être plus simple, à condition que nous puissions bénéficier de leur savoir-faire et de leurs technologies avancées. En résumé, bien que nous partagions certains enjeux, l'approche et l'ampleur des solutions peuvent différer en fonction du contexte local.
Qu'est-ce que cela vous a apporté de pouvoir étudier ces thématiques importantes pour Maurice et Rodrigues dans ces pays ?
Avez-vous gardé contact avec les maîtres de conférences et étudiants rencontrés là-bas ? Étudier ces thématiques dans ces trois pays m'a permis d'accéder à des technologies modernes et à de nouvelles recherches en gestion côtière et marine, qui m'étaient auparavant inconnues, comme la modélisation numérique pour la gestion de l'érosion côtière.
J'ai également découvert de nouveaux concepts, notamment les solutions fondées sur la nature (nature-based solutions) et l'utilisation d'instruments de laboratoire avancés. Cette expérience m'a beaucoup appr is, tant sur le plan scientifique que managérial, ce qui me permet aujourd'hui de mieux défendre et promouvoir la gestion durable des ressources marines à Rodrigues.
Par exemple, le concept de solutions fondées sur la nature est de plus en plus utilisé chez nous, et l'expérience acquise en Europe me permet de l'appliquer dans la gestion de nos ressources marines et côtières. J'ai également beaucoup appris sur la gestion des ressources en eau, notamment sur les différentes stratégies employées en Europe, qui peuvent être adaptées et mises en oeuvre sur nos îles.
Par ailleurs, j'ai gardé contact avec les étudiants et les maîtres de conférences rencontrés lor s de mon parcours. Notre groupe d'étudiants WACOMA (Water and Coastal Management) est toujours actif : nous continuons à partager nos engagements et nos avancées dans le domaine de la gestion de l'eau et des zones côtières. Nous avions d'ailleurs l'habitude de nous appeler les «Wacomates», et cet esprit de camaraderie se poursuit encore aujourd'hui.
Pouvez-vous partager avec nous quelques anecdotes et souvenirs de vos séjours dans ces trois pays ?
Lors de mon séjour en Italie, le pays de la pizza, j'ai découvert une toute nouvelle façon de la déguster. Avant, j'étais habitué à manger de la pizza avec du ketchup ou de la pizza hawaïenne. En Italie, j'ai appris à apprécier la pizza sans ketchup, même les versions végétariennes avec uniquement de l'aubergine, et j'ai trouvé cela délicieux ! Cette expérience a complètement changé ma perception de ce plat emblématique.
En Espagne, j'ai été marqué par la richesse et la vivacité de la culture. L'accueil est très chaleureux et la vie quotidienne est rythmée par des traditions authentiques. Apprendre l'espagnol a été un vrai plaisir, notamment la prononciation des syllabes : je me souviens de mes difficultés à prononcer la lettre «J» lors de mes premiers jours, et c'est aujourd'hui devenu naturel, même s'il m'arrive encore de mélanger l'italien et l'espagnol !
Ce voyage a donc été une aventure extrêmement enrichissante, tant sur le plan culinaire, culturel que linguistique, et m'a permis de m'ouvrir à de nouvelles traditions et de magnifiques paysages. Toutes ces découver tes, rencontres et expériences ont profondément contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd'hui. Ce fut véritablement une expérience de vie inoubliable.