Les déclarations du Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, au Parlement le mardi 5 mai, sur la situation des casinos gérés par la State Investment Corporation (SIC) continuent de faire réagir. Cette fois, c'est la Casino Employees Union (CEU) qui est montée au créneau pour contester plusieurs points avancés par le PM. Lors d'une conférence de presse tenue hier au Lake Point, àCurepipe, les représentants syndicaux ont dénoncé des informations qu'ils jugent «erronées» et «préjudiciables» aux employés du secteur.
Le président de la CEU, Jayen Moorghen, a d'abord voulu clarifier la question des paiements effectués en 2024 aux employés des casinos. Selon lui, il est faux de parler d'un productivity bonus scheme au Casino de Maurice. Il explique que les montants versés avant les élections générales relevaient en réalité de l'accord collectif signé avec le Casino de Maurice et correspondaient à des ajustements salariaux rétroactifs et des arriérés de salaires.
«Le précédent accord collectif avait expiré depuis deux ans. Ces paiements étaient des ajustements légaux prévus dans le cadre des négociations collectives conformément à l'Employment Relations Act», a-t-il soutenu.
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De son côté, le négociateur syndical Sharvin Sunassee a demandé que le rapport d'audit évoqué par le PM soit rendu public, notamment après les chiffres avancés concernant une dette de Rs 1,9 milliard. Le syndicaliste a également pointé du doigt plusieurs problèmes opérationnels qui, selon lui, expliquent en partie les difficultés des casinos publics. Il évoque notamment l'état des équipements utilisés dans les établissements.
«Les machines sont devenues obsolètes. Les clients préfèrent naturellement se tourner vers les casinos privés où les équipements sont plus récents.» Il a aussi souligné certaines conditions de travail jugées problématiques, notamment le fait que les employés attendraient toujours de nouveaux uniformes.
Pour Ashvin Gudday, également négociateur de la CEU, les critiques visant les employés ne reflètent pas la réalité économique du secteur. Il rappelle que, sur les cinq dernières années, la compagnie a contribué à hauteur de Rs 1,3 milliard en taxes. Il souligne également les importantes charges financières auxquelles les casinos doivent faire face. «La licence pour les sections de jeux coûte Rs 5 millions par casino chaque année, sans compter Rs 125 000 par machine à sous.
Les taxes sont aussi très élevées : 17,5 % par table de jeu et 37,5 % pour les machines à sous.» Selon lui, les informations communiquées publiquement donnent une mauvaise image des travailleurs et affectent leur moral. «Cela touche la santé mentale et émotionnelle des employés. On ne peut pas tout mettre sur le dos des travailleurs», a-t-il affirmé.
Ingérences politiques
Les représentants syndicaux se sont également interrogés sur certaines décisions prises au sein des casinos alors même que les établissements sont présentés comme déficitaires. Ashvin Gudday a notamment évoqué la poursuite de promotions au sein de la compagnie malgré les difficultés financières annoncées. «On nous dit que les casinos sont dans le rouge, mais les promotions continuent», a-t-il lancé. La CEU estime aussi que les problèmes de gestion et les ingérences politiques ont contribué à fragiliser davantage les casinos publics face à la concurrence privée.
«Les casinos privés arrivent à faire des profits. Il faut analyser les raisons de cette différence», ont fait ressortir les syndicalistes, qui dénoncent des pratiques présentes sous différents gouvernements.
Un autre point de mécontentement concerne la décision du gouvernement de faire appel à la firme PricewaterhouseCoopers en février 2026 afin de proposer des solutions face aux pertes structurelles des casinos. Sharvin Sunassee estime qu'une communication aurait dû être faite auprès des représentants des employés. La CEU s'interroge également sur l'«expression of interest» annoncée par le PM, qui devrait être lancée au cours du mois de mai.
Interrogés sur une éventuelle privatisation des casinos, les représentants syndicaux ont précisé qu'ils ne réclamaient pas la vente des établissements publics. Ils estiment toutefois qu'une restructuration sérieuse est nécessaire pour redresser la situation. Plusieurs propositions auraient déjà été soumises aux autorités concernées sans qu'aucune discussion n'ait suivi. «Nous avons des solutions et nous les avons déjà mises sur papier. Ce que nous demandons, c'est d'être écoutés. Notre priorité reste la sauvegarde des emplois», a déclaré Sharvin Sunassee.
Jayen Moorghen a rappelé que les casinos publics ont été rentables par le passé. La situation actuelle résulterait davantage de problèmes de gouvernance et de décisions de gestion. «Les casinos ont déjà généré des profits. Mais ces dernières années, la politique est venue compliquer les choses», a-t-il soutenu. Au terme de cette conférence de presse, la CEU a lancé un appel au dialogue et souhaite désormais obtenir une rencontre avec le PM pour discuter de l'avenir des casinos publics et de la protection des employés du secteur.