L'arrestation, mardi soir, d'Ally Moortooza Boolaky, influenceur connu comme «Ally Royals», par les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC) a provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux comme dans les milieux politiques. L'influenceur, connu pour ses lives très suivis sur Instagram et TikTok, a passé une première nuit en cellule policière après avoir été interrogé dans le cadre d'une enquête portant sur des soupçons de corruption et de transactions financières douteuses.
Son homme de loi a indiqué qu'il «coopère pleinement avec les enquêteurs», tout en précisant que la défense attend désormais de voir comment l'enquête évoluera dans les prochains jours. Du côté de la FCC, plusieurs éléments semblent démontrer que l'affaire pourrait être bien plus vaste qu'une simple transaction isolée.
La Deelawon connexion
Le nom d'Ally Moortooza Boolaky est apparu lors de l'analyse des portables saisis chez Josian Deelawon, personnage déjà au coeur d'un dossier extrêmement sensible depuis la découverte de Rs 114 millions dans une résidence de Pointe-aux-Canonniers en février 2025.
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À l'époque, Josian Deelawon avait affirmé aux enquêteurs que cette importante somme d'argent lui avait été confiée par des intermédiaires agissant pour le compte de l'ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth. Cette affaire, surnommée dans certains milieux «l'affaire de la valise», continue depuis d'alimenter de nombreuses interrogations au sein de l'opinion publique.
Dans le cadre de cette enquête financière, les spécialistes de la Forensic Unit de la FCC ont entrepris un examen approfondi des téléphones portables, échanges électroniques et données numériques de Josian Deelawon. Selon des informations proches du dossier, c'est au cours de cette analyse que le nom d'Ally Moortooza Boolaky serait «sorti du lot». Les enquêteurs auraient découvert plusieurs conversations et échanges évoquant une somme de Rs 75 000 destinée à faciliter certaines démarches administratives liées à l'installation d'un transformateur du Central Electricity Board (CEB).
Une affaire qui remonte à 2023. Les enquêteurs soupçonnent qu'il aurait été question d'interventions destinées à accélérer ou influencer certaines procédures. La FCC affirme également que cette transaction financière aurait bel et bien eu lieu.
Mais l'enquête ne s'arrête pas là. Une autre transaction financière impliquant l'influenceur fait actuellement l'objet de vérifications. Cette fois, les soupçons porteraient sur une possible intervention liée à une promotion au sein d'une compagnie appartenant à l'État.
Selon plusieurs sources, les enquêteurs estiment que ces éléments pourraient révéler un système beaucoup plus complexe de connexions, de recommandations et de facilitation autour de certains organismes publics. «Ce n'est que la partie visible de l'iceberg», selon la FCC. D'autres développements sont attendus dans les jours à venir alors que les enquêteurs poursuivent l'exploitation des données numériques et des relevés financiers saisis.
L'influenceur «Roasted»
Avant cette affaire, Ally Moortooza Boolaky s'était imposé comme l'un des influenceurs mauriciens les plus connus de sa génération. Originaire de Médine-Camp-de-Masque, il avait bâti sa popularité avec des lives Instagram, des vidéos humoristiques et des contenus liés au divertissement.
Avec près de 100 000 abonnés sur Instagram et plus de 114 000 followers sur TikTok, il est devenu une figure incontournable des réseaux sociaux locaux. Après le confinement, son concept de «Roast Battle» lui avait permis de gagner davantage en visibilité. Des artistes, personnalités publiques, candidats de téléréalité et même certains politiciens avaient participé à ses interventions en direct. Il collaborait également avec plusieurs marques locales et internationales comme ambassadeur publicitaire.
Au fil du temps, cependant, plusieurs polémiques sont venues ternir son image. Durant la campagne électorale de 2024, il avait notamment affiché son soutien au MSM, suscitant de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
Son nom avait également circulé dans l'affaire des «Moustass Leaks» après la diffusion d'une vidéo dans laquelle il expliquait comment créer des deepfakes vocaux à l'aide de l'intelligence artificielle.
Dans cette vidéo largement relayée sur WhatsApp et TikTok, des voix attribuées à Pravind Jugnauth, à son épouse Kobita Jugnauth et à l'ancien Commissaire de police Anil Kumar Dip, étaient utilisées dans une démonstration technologique destinée à illustrer les dangers des manipulations numériques.
Cependant, cette démonstration avait rapidement créé la controverse. Plusieurs internautes avaient remis en question l'authenticité de ses explications et évoqué sa supposée proximité avec certaines figures du pouvoir.
Des outils spécialisés dans la détection de deepfakes avaient également semé le doute sur certaines séquences diffusées dans la vidéo. Cette affaire avait contribué à renforcer les interrogations autour des liens de l'influenceur avec certaines personnalités influentes.
Aujourd'hui, avec son arrestation et les découvertes effectuées sur les téléphones de Josian Deelawon, l'enquête semble prendre une tournure beaucoup plus sensible. Des photos circulant sur les réseaux sociaux montrent d'ailleurs Josian Deelawon et Ally Moortooza Boolaky lors de soirées privées, notamment dans un hôtel de luxe de la côte Ouest.
Pour l'heure, la FCC continue de remonter les différentes pistes afin de déterminer si d'autres personnes pourraient être impliquées dans ce dossier qui mêle influence, argent, politique et soupçons de corruption. On estime désormais que cette affaire est loin d'avoir livré tous ses secrets.