«Nous accusons la Banque centrale d'être responsable de ce désastre financier en raison de son inaction et de son incapacité à superviser et à réglementer la Silver Bank, aujourd'hui disparue. Nous estimons que c'est précisément à cause de ces lacunes que nous nous retrouvons dans la situation actuelle, à savoir la liquidation de la Silver Bank.»
C'est en ces termes que Gérard Portalis, porte-parole des déposants de l'ex-Silver Bank, s'est exprimé ce jeudi 14 mai lors d'une conférence de presse tenue dans les locaux de GFA Insurance à Port-Louis. Il était accompagné notamment du directeur de la compagnie, Abdel Ruhomally, dont l'entreprise avait également des fonds placés dans la banque aujourd'hui liquidée, ainsi que de plusieurs autres épargnants.
Gérard Portalis est revenu sur les réponses fournies par le Premier ministre Navin Ramgoolam au Parlement au sujet de ce dossier. Le chef du gouvernement a, selon lui, évoqué un schéma de mauvaise gestion et de fraude délibérée, tout en soulignant les failles de la Banque de Maurice (BoM), l'autorité chargée de la supervision des banques commerciales. Toutefois, Portalis estime que les interventions du Premier ministre et de la Deputy Prime Minister se limitent aux fonds publics, sans prendre en compte la situation des déposants individuels, qui ont perdu leurs économies personnelles dans cette affaire.
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Philippe Li, 70 ans, épargnant de l'ex-Silver Bank, a exprimé son incompréhension face aux déclarations des autorités, estimant que les responsables du scandale n'ont pas été clairement identifiés ni poursuivis.
Par ailleurs, le plafonnement de l'indemnisation à Rs 300 000 pour les déposants de l'ex-Silver Bank suscite de nombreuses interrogations. Abdel Ruhomally a remis en question l'efficacité du fonds de garantie des dépôts et dénoncé un manque de transparence. Selon lui, ce plafond ne concerne que les particuliers, laissant les entreprises comme GFA dans l'incertitude quant aux mesures envisagées par les autorités pour les protéger.
«On vous dit de quitter l'Europe, de prendre vos millions, de les convertir en roupies et d'investir à Maurice. Et si cela ne fonctionne pas, il ne reste que cette petite somme. C'est décourageant. Il manque une synergie entre les politiques. Il existe pourtant des instruments d'assurance sophistiqués à la BoM que le gouvernement pourrait utiliser pour garantir les dépôts. Mais le plafond de Rs 300 000 ne s'applique qu'aux particuliers. Qu'en est-il des entreprises, comme GFA ? Que compte faire le gouvernement ?», a-t-il déclaré.
Philippe Li, un épargnant âgé de 70 ans, a également réagi aux déclarations du Premier ministre. Il a déclaré : «Le PM a dit qu'un crime avait été commis, mais il n'a pas précisé qui sont les criminels ni quand des actions seront engagées contre eux. De plus, aucun mot n'a été prononcé en faveur des déposants individuels. Il n'a parlé que des grandes entités ayant perdu de l'argent à la Silver Bank.»
Pour rappel, ce scandale est lié à l'homme d'affaires Prateek Gupta, soupçonné d'avoir orchestré une fraude de 577 millions de dollars sur le marché du nickel au détriment du groupe Trafigura. Son épouse, Ginni Gupta, aurait détenu 75 % des actions, et des entités qui lui sont liées auraient obtenu Rs 7,9 milliards de prêts douteux de la banque.
La Banque de Maurice a placé la banque sous administration judiciaire le 30 mars 2026, après une précédente mise sous tutelle. Selon certaines informations, sur les 3 milliards de roupies investies dans la banque au titre des fonds liés au COVID, environ 500 millions pourraient ne pas être recouvrés. La Financial Crimes Commission enquête actuellement sur cette affaire.