Somalie: A Burhakaba, le retour du spectre de la famine

14 Mai 2026

Sécheresse, aide humanitaire en recul, flambée des prix : la crise alimentaire s'aggrave en Somalie. Le district de Burhakaba a atteint le niveau maximal de malnutrition aiguë selon l'IPC et pourrait sombrer dans la famine si l'aide n'est pas renforcée d'urgence.

L'analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) note que la situation nutritionnelle dans la zone rurale de Burhakaba est extrêmement critique (phase 5), avec une prévalence de la malnutrition aiguë modérée estimée à plus de 37 % et de la malnutrition aiguë sévère à 10,2 %.

« Lorsqu'une zone se trouve en phase 5 de l'IPC, on estime qu'au moins un enfant sur trois souffre de malnutrition aiguë, et que beaucoup d'autres enfants risquent de mourir de maladies évitables en raison de complications », détaille le document.

Six millions de personnes menacées

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Les agences des Nations Unies expliquent cette détérioration de l'insécurité alimentaire par d'importants déficits alimentaires associés à un taux élevé de morbidité infantile. Plus de 36 % des enfants y ont été signalés comme malades au cours des deux semaines précédant l'enquête.

Ces derniers développements interviennent dans un contexte « extrêmement limité » de l'accès aux services de santé et de nutrition à Burhakaba. Le document fait état d'une moyenne de trois sites cette année contre les 16 sites recensés en 2023-2024. Ce qui a privé de nombreux enfants d'un accès aux traitements contre les maladies et la malnutrition, entraînant une faible fréquentation des services de santé et une détérioration généralement rapide de l'état nutritionnel.

Plus largement, six millions de personnes - soit 31 % de la population analysée - sont confrontées à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë (phase 3 de l'IPC ou plus) entre avril et juin 2026, dont 1,9 million en situation d'urgence (phase 4 de l'IPC). Cela représente une hausse de plus d'un demi-million de personnes par rapport aux prévisions initiales et reflète une détérioration rapide de la situation.

Graves contraintes de financement

Selon les agences des Nations Unies, cette détérioration est due à la faiblesse des précipitations pendant la saison des pluies de Gu, à la dépréciation du shilling somalien dans le sud, aux déplacements de population liés au conflit et à l'augmentation des risques d'inondations. S'ajoute surtout la forte flambée des prix alimentaires liée au conflit de 2026 au Moyen-Orient.

Cette aggravation de la situation devrait avoir de lourdes conséquences, notamment sur l'état nutritionnel des enfants.

« Près de 1,88 million d'enfants devraient avoir besoin d'un traitement contre la malnutrition aiguë en 2026, soit 42.000 de plus qu'initialement prévu », précise le rapport ajoutant que cette insécurité alimentaire est aussi « exacerbée par de graves contraintes de financement ».

Face à cette situation, les agences humanitaires alertent également sur l'insuffisance de l'aide apportée aux populations les plus touchées. « L'aide humanitaire reste une bouée de sauvetage, mais elle est loin d'être suffisante, ne touchant que 12 % des personnes se trouvant en phase 3 ou au-delà ».

Pour les agences onusiennes, une intensification rapide et soutenue de l'aide multisectorielle - notamment dans les zones sensibles telles que Burhakaba - est nécessaire de toute urgence pour éviter une nouvelle détérioration de la situation et des pertes en vies humaines.

Cette crise continue par ailleurs d'alimenter les déplacements de population à travers le pays. L'ONU estime à 3,4 millions le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays. Selon les projections de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 304.000 personnes devraient être nouvellement déplacées au cours de la période d'avril à juin 2026, principalement en raison de la sécheresse, des inondations et des conflits.

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