Sont-ils tous prêts ? Après une première séquence dans notre édition datée du 11 mai, voici la suite (et non pas la fin) du dossier de la rédaction des Dépêches de Brazzaville sur les hommes et les femmes qui sont appelés à concrétiser, aux côtés du président de la République, chef de l'État, les engagements contenus dans son projet de société « Accélération de la marche vers le développement ». Qui sont-ils et qu'ont-ils en tête des priorités au moment de leur prise de fonctions ?
Noël Léonard Essongo : mission transversale
Comment identifier les cadres et agents de l'État tentés par des pratiques déviantes et quels mécanismes appropriés pour sévir ? La réponse à ces questions est aussi simple que brutale : on les trouvera dans toutes les administrations publiques comme dans les organismes parapublics, et les procédures pour dénicher les récalcitrants puis frapper existent. En héritant du ministère du Contrôle d'État, de la Qualité du service public et de la Lutte contre les antivaleurs, l'ancien chef d'état-major particulier du président de la République sait absolument que son département a vocation à fourrer son nez partout. Ce monstre froid qu'est l'État déploie tellement de tentacules que Noël Léonard Essongo a sur quoi s'appuyer pour mener à bien sa mission. Il n'est que de songer aux délibérations des différentes structures dédiées à l'amélioration de la gouvernance publique pour espérer des résultats concrets et lui souhaiter bonne chance : « Nous avons l'obligation des résultats », déclarait-il le jour de la passation de service.
Paul Valentin Ngobo : le terrain
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Le volet « pêche » a été amputé du ministère tenu par Paul Valentin Ngobo dans la précédente équipe gouvernementale. Il lui reste désormais l'Agriculture et l'Elevage, domaines dans lesquels, ces dernières années, son action à la tête de ce département a beaucoup fait parler. Sur le terrain et le plus souvent habillé en jean, il apprécie le dialogue avec les travailleurs de la terre, cette précieuse richesse en mesure d'aider le Congo à inverser la courbe des coûteuses importations de l'essentiel des mets qui remplissent l'assiette du Congolais. Le sac de foufou, le « mongouelé- ngouriyaka », le filet de tomates ou d'oignons ont-ils baissé de prix ? Valentin Ngobo devra, en outre, gagner le challenge de la transformation des produits agricoles sur place, de telle sorte qu'à travers les initiatives des zones agricoles protégées en cours d'expérimentation, l'agriculture et l'élevage attirent plus de bras valides et que le brave paysan ainsi que le jeune agriculteur cessent de voir la production dépérir sous leurs yeux faute de dispositifs d'écoulement.
Christian Yoka : moins de bruit
On entend rarement parler Christian Yoka, et aussi rarement autrui parler de lui. Est-ce peut-être la tradition ? La maison dont il a la charge n'aime pas le vacarme. En poste dans la précédente équipe, il a de nouveau bénéficié de la confiance du président de la République pour diriger le ministère des Finances, du Budget et du Portefeuille public. Au nombre des défis qu'il devra relever, en partenariat avec d'autres collègues, figure en priorité la digitalisation des régies financières, le but étant de « maximiser » les recettes de l'État et lui permettre de faire face à ses engagements régaliens. Il y en a beaucoup.
Bruno Jean-Richard Itoua : gros morceau
S'il est un ministère très exposé sur la place publique dans le contexte actuel du Congo, celui qui revient à Bruno Jean-Richard Itoua l'est à plus d'un titre. Donner l'eau et l'électricité à la population de façon pérenne est une bataille engagée par les pouvoirs publics depuis des années. L'on pourra même dire que le titulaire du poste, qui n'est pas à son premier passage à cette fonction, retrouvera un certain nombre de problèmes qu'il avait laissés il y a de cela un bon moment. Préjugé favorable : il connaît ses dossiers. Le morceau est gros et les regards tournés dans sa direction sont désireux de le voir réussir à sortir l'eau des pompes et la lumière des ampoules accrochées aux murs de nos maisons comme aux coins de nos rues.
Thierry Lézin Moungalla : vitesse grand V
Tout va vite dans la zone de compétence de Thierry Lézin Moungalla. Aujourd'hui plus qu'hier, le secteur de l'information et de la communication ainsi que les médias, leur champ d'application, est le plus exigeant en termes de performance et d'adaptabilité. Au coeur du chapelet d'implorations la formation, l'équipement, le contact permanent ainsi que l'amélioration des conditions de travail des professionnels sont aussi déterminants que la confiance placée dans les acteurs publics et privés dont le travail consiste à collecter, traiter et diffuser la matière sans laquelle les sociétés se referment sur elles-mêmes. Allons ! Parlons-nous constamment à travers la « Quinzaine » et d'autres formats de haut niveau pour ouvrir large le débat sur les attentes des Congolais.
Jean-Marc Thystère Tchicaya : « Mabélé »
À la spoliation du domaine public par des inciviques, l'État doit opposer la rigueur de la loi. Et laisser le citoyen jouir de son bien si tant est qu'il reste dans le cadre de ses droits. Jean-Marc Thystrère Tchicaya ne s'est peut-être pas totalement éloigné des Zones économiques spéciales (ZES), ministère couplé à la diversification économique à la tête duquel il était porté dans l'équipe mise en place le 10 janvier 2025. Le lien tient au fait que l'implantation des ZES touche à la distribution des terres. En la matière, les débats sur « Likambo ya mabélé » sont aussi passionnés que l'attachement de chacun à sa propriété. Pour l'intérêt général, l'État et les chefs de terre doivent se concerter. C'est à l'État qu'il revient de rendre son domaine inaliénable en posant des garde-fous contre toute tentative individuelle menée contre ses intérêts. Mieux vaut prévenir...
Jean-Rosaire Ibara : interpellations répétées
En deux occasions solennelles, Jean-Rosaire Ibara, reconduit au ministère de la Santé et de la Population le 24 avril dernier, s'est adressé aux professionnels de son département pour rappeler le serment d'Hippocrate au nom duquel ils exercent dans ce domaine sensible. C'était à Sibiti, dans la Lékoumou, et à Ouesso, dans la Sangha, les 21 et 24 novembre 2025 au moment de l'inauguration par le président de la République, Denis Sassou N'Guesso, des hôpitaux généraux départementaux. Aux anciens, il rappelait les vies à sauver et renchérissait : « Vous avez en main l'avenir de nombreux jeunes qui s'inspireront de vous comme exemple pour s'engager dans le métier ou, au contraire, déçus de votre inconduite s'en éloigneront. Ne l'oubliez jamais ! ». Inconduite des praticiens ? Le ministre en faisait allusion à juste titre, et il lui revient d'y veiller en multipliant les visites de terrain. La santé des Congolais en dépend.
Ludovic Ngatsé : épine dorsale
Mieux l'économie se porte, florissantes sont les affaires et plus la société s'apaise et se développe. C'est en quelque sorte la mission qui revient à Ludovic Ngatsé. Dans la nouvelle équipe gouvernementale, sa fonction a été « recalibrée » : Économie, Plan, Statistique et Prospective, ce ministère peut être considéré comme la tête pensante de l'effort requis pour asseoir le tissu économico-industriel du pays. Ce n'est pas pour rien qu'il lui revient, avec le concours des autres départements, la confection du Plan national de développement à venir. En faisant le point sur l'exercice passé pour détecter les failles inhérentes à une telle aventure de développement, la démarche pourra, malgré les écueils, être couronnée de succès.
Arlette Soudan-Nonault : plaider sans se lasser
Tant que la forêt prendra des coups de pioche dévastateurs, plaider pour sa régénérescence demeurera. Le président de la République ayant fait de la protection de nos ressources naturelles un des axes majeurs de son action, la mission confiée à Arlette Soudan Nonault répond à l'ambition du Congo d'être un pôle de propositions pour la cause. L'expérience acquise par Brazzaville dans ce domaine parle. Mais qui pour faire en sorte que ce combat pour le bien de l'humanité soit l'affaire de tous et pas seulement le fardeau de quelques-uns ? La question vaut son pesant d'or et l'espoir réside dans la trame des rendez-vous internationaux, au cours desquels la voix des défenseurs de l'environnement prend le dessus sur les réticences des climato-sceptiques. Aux plus riches et aux volontaires d'accompagner les initiatives de poids dont Brazzaville demeure avec humilité un important laboratoire.
Rosalie Matondo : valoriser davantage
Au commencement était le bois. On peut le dire de la place qu'occupent la forêt et la filière bois dans l'économie congolaise. Avant d'être supplantées par le pétrole, elles constituaient la principale source de revenu du Congo. L'Économie forestière, à la tête de laquelle exerce Rosalie Matondo, est une précieuse valeur ajoutée dans l'architecture socio-économique du pays. Les métiers qu'elle génère sont nombreux et en fonction des profils spécifiques des acteurs du secteur, le bois ne cessera jamais de nous accompagner dans la vie de tous les jours. Valoriser le bois consiste, entre autres, à le transformer, à le commercialiser, à en préserver les réserves naturelles et artificielles tout en s'appuyant sur des partenariats rentables. La titulaire du poste en sait quelque chose.