La situation géographique du Mali qui fait de lui un pays sans littoral, a de fait accru les menaces d’une externalisation du Djihadisme, au regard des dernières attaques perpétrées sur la quasi-totalité du territoire malien.
S’il est vrai que dès le début de la recrudescence des incursions terroristes les faits marquants ont été le ciblage des actions à fort impact économiques. C’est ainsi que la chaine logistique d’approvisionnement du Mali avait été un moment interrompu, notamment en ce qui concerne le ravitaillement en carburant du pays entre autres.
Les longues chaines devant les stations d’essence en étaient le baromètre le plus significatif de cette situation qui, il est vrai, n’arrangeait en rien la situation du pays, surtout que dans le même temps l’insécurité a fait que les camionneurs avaient décidé alors, de suspendre leurs déplacements du moins sur l’axe Dakar-Bamako, extrêmement fréquenté à cause du Port de Dakar.
Faut-il le rappeler, le Mali est le 1er client africain du Sénégal qui réalise 20,54 % des exportations, soit environ 802 milliards de FCFA en 2024. C’est dire que la persistance de la situation de blocus risque de peser sur les grands agrégats du pays, mais aussi de ceux avec qui il partage la zone UEMOA, et la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
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C’est vraiment la raison pour laquelle, le pouvoir du Général Assimi Goïta ne pouvait pas retarder la levée du blocus sur Bamako, avec tout ce que cela a pu en coûter.
La nouvelle tournure que prennent les événements, la menace d’un « embrasement » se profil de plus en plus comme la nouvelle donne à laquelle la junte malienne doit faire face.
En effet, les attaques perpétrées sur la ligne haute tension du réseau de Manantali qui fournit Bamako en électricité et les dégâts importants provoqués alertent sur l’éventualité d’une perturbation dans la fourniture en énergie du pays. En effet, le partage de la production d’électricité de cette infrastructure, que partagent le Sénégal, le Mali et la Mauritanie, consacre 52 % de la production au Mali, soit une puissance garantie d'environ 104 MW sur les 200 MW totaux ; ce qui est énorme !
Dès lors, il est évident que les pays membres de l’organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), ne peuvent plus adopter la position de neutralité qu’on leur connait aujourd’hui. C’est tout un cadre de coopération, tout un écosystème qui se trouve ainsi menacé avec des conséquences que l’on ne peut soupçonner, notamment du point de vue des politiques régionales en matière d’énergie propre et de mix énergétique.
A y regarder de plus prêt on a comme l’impression qu’il y a derrière cette nouvelle escalade, une stratégie d’asphyxie économique du pays et au-delà, celle du bassin du fleuve Sénégal. Cette nouvelle étape interroge, même si du côté des autorités maliennes on semble pour l’instant verser dans une communication de déni, en préférant jeter la pierre aux média étrangers « malveillants », après que les médias locaux aient été mis sous l’éteignoir.
L’enjeu est autrement plus important face à une réalité qui à l’évidence s’impose au quotidien avec des coupures accentuées d’électricité, une insécurité grandissante. Avec la destruction des installations du réseau d’électrification, on est passé à une nouvelle échelle d’internationalisation de la crise, qui appelle en urgence une stratégie concertée non pas seulement de riposte, mais de sauvegarde de la sécurité du tissu économique, social, et industriel des trois pays qui ont en partage les extrants du barrage de Manantali, situé en territoire malien. Est-ce une raison pour justifier la réaction timorée du Sénégal et de la Mauritanie. C’est en tout cas très risqué.