Ile Maurice: Miser sur la recherche pour bâtir une économie du savoir

Une nouvelle ère de gouvernance transparente et efficace de la recherche à Maurice s'ouvre avec le National Research and Innovation Institute (NRII) Bill, qui a été voté avec amendements le mardi 12 mai à l'Assemblée nationale. Dans sa présentation, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la science et de la recherche, Kaviraj Sukon, a souligné la nécessité d'une culture de l'innovation pour combler les lacunes structurelles de la recherche mauricienne. «Le recours passé à des initiatives isolées et des approches fragmentées a freiné les progrès.

L'initiative NRII constitue une stratégie globale pour relever les défis nationaux grâce à la recherche et au développement stratégiques.»

Ce projet de loi, a ajouté le ministre, représente un tournant stratégique vers une gouvernance fondée sur des données probantes, car la véritable force de Maurice réside dans la créativité et les contributions intellectuelles de son peuple. «Le NRII symbolise une étape importante dans le parcours de la nation, avec l'engagement à promouvoir un esprit d'innovation pour dynamiser l'économie, le développement durable et la résilience face aux défis mondiaux.» Il a conclu par un appel vibrant à «tous les chercheurs, scientifiques, ingénieurs, doctorants, tous ceux partis parce qu'ils ne voyaient pas d'avenir ici pour leur travail.

Le NRII affirme que votre travail compte. Vos découvertes ont leur place. Votre carrière peut se construire ici».

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Le leader de l'opposition, Joe Lesjongard, a affirmé soutenir la recherche et l'innovation, mais a rejeté une législation qui «centralise le pouvoir, affaiblit l'indépendance et pourrait transformer la science en instrument politique». Les pouvoirs élargis du ministre pourraient introduire une partialité dans la définition de «l'intérêt national», au détriment de la recherche indépendante. Le projet de loi risque de gaspiller des ressources et dupliquer les efforts. Selon lui, il faudrait éviter un institut produisant des résultats politiquement orientés plutôt qu'une science crédible.

Le ministre de l'Éducation, Mahend Gungapersad, a défendu la centralisation comme un moyen de renforcer la cohérence et la collaboration entre universités, organismes publics et secteur privé. Selon lui, un programme de recherche unifié est essentiel pour un petit État insulaire confronté à des défis spécifiques. Le NRII doit faciliter la circulation des idées et positionner Maurice dans l'économie mondiale. Il a présenté l'institut comme «un investissement stratégique vers une économie du savoir durable et prospère».

Le député du no 6, Ram Etwareea, a plaidé pour une économie fondée sur la recherche, l'innovation et la biodiversité. Les secteurs traditionnels comme la canne, le textile ou la finance atteignent leurs limites, et «l'innovation sera la nouvelle richesse des nations». Il a rappelé que 39 % des plantes mauriciennes sont endémiques et 315 espèces possèdent un potentiel médicinal.

Citant l'Organisation mondiale de la santé, il a souligné que 25 % des médicaments modernes proviennent des plantes. Il a toutefois mis en garde contre la biopiraterie et l'absence de protection efficace des brevets mauriciens.

Le député de Rodrigues, Francisco François, a défendu le projet de loi, qu'il considère comme une étape importante pour bâtir une économie fondée sur la connaissance et l'innovation. Il a toutefois insisté sur la nécessité de garantir plus de transparence, d'indépendance scientifique et un meilleur suivi des performances grâce à des indicateurs annuels.

Il a aussi plaidé pour des mesures fiscales favorisant la recherche et la commercialisation des brevets. Il a proposé la création d'une branche du NRII à Rodrigues, et un fonds spécial pour financer des projets liés à la résilience climatique, l'économie bleue et le tourisme durable. Rodrigues pourrait devenir «un modèle national d'innovation verte et inclusive».

Le député de l'opposition, Chetan Baboolall a mis en garde contre les risques de reproduire les mêmes faiblesses institutionnelles que l'ancien Mauritius Research and Innovation Council. Selon lui, le NRII Bill «manque de mécanismes solides de responsabilité et d'audits indépendants». Il s'est également inquiété de la centralisation des pouvoirs entre les mains du ministre, car cela pourrait favoriser des nominations politiques au détriment de l'indépendance scientifique. Il a aussi critiqué la protection juridique accordée aux dirigeants en cas de «bonne foi».

Par ailleurs, il a appelé à des réformes institutionnelles profondes, à la création d'un comité indépendant de nomination, et à une plus grande implication de la société civile et du secteur privé «pour garantir une innovation vraiment efficace et transparente».

Le junior minister Kugan Parapen a appelé à la création d'un véritable écosystème national de recherche et d'innovation, estimant que le développement de Maurice repose sur sa capacité à transformer les idées en solutions concrètes. Il a comparé Maurice à des pays comme les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, qui investissent plus de 3 % de leur PIB en recherche et développement, contre 0,25 % pour Maurice. Soutenant le projet de loi, il a plaidé pour un financement porté à au moins 1 % du PIB, et a affirmé que l'innovation «doit aussi être sociale et politique pour transformer la gouvernance nationale».

Le junior minister Rajen Narsinghen a qualifié le texte de crucial pour l'avenir économique et social de Maurice, dans un contexte marqué par l'intelligence artificielle, la biotechnologie et les défis climatiques. Le pays doit impérativement s'adapter à une économie de la connaissance en raison du manque de ressources naturelles, du vieillissement de la population active et de la concurrence mondiale. Il affirme que Maurice doit «s'adapter ou disparaître» et plaide pour une recherche appliquée orientée vers des résultats concrets, regrettant que de nombreux travaux universitaires restent sans impact, faute de valorisation.

Le ministre des Technologies de l'information et de la communication, Avinash Ramtohul, a présenté le NRII Bill comme une réforme structurante visant à transformer en profondeur l'économie et la trajectoire technologique de Maurice. Le pays doit désormais surmonter un manque de coordination, une logique en silos et une faible conversion des recherches en impact concret.

Le futur institut centralisera les efforts de recherche, optimisera les fonds publics et renforcera la prise de décision basée sur les données. Il a aussi défendu une gouvernance où le recrutement relèvera du conseil d'administration et non du ministre.

La ministre des Services financiers et de la planification économique, Jyoti Jeetun, a affirmé que Maurice doit désormais bâtir son avenir sur la recherche, l'innovation et le capital humain. Elle a rappelé que, malgré l'absence de ressources naturelles, le pays a réussi son développement grâce à l'éducation et la résilience de sa population. Elle a toutefois estimé que le modèle économique traditionnel atteint ses limites, citant la baisse de la production sucrière de 700 000 tonnes à 225 000 tonnes aujourd'hui.

Elle a également souligné que les investissements mauriciens en recherche représentent seulement 0,23 % du PIB, contre près de 1,85 % à Singapour.

Le ministre des Infrastructures nationales,Ajay Gunness a affirmé que Maurice doit investir davantage dans la recherche et l'innovation pour faire face aux défis économiques, climatiques et technologiques. Il a souligné que le pays traverse «un carrefour critique», marqué par la vulnérabilité économique, l'insécurité alimentaire et les risques liés au changement climatique. Il a rappelé que Maurice importe près de 70 % de sa nourriture et reste exposée aux chocs extérieurs, notamment aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Ajay Gunness a indiqué que Maurice investit actuellement moins de 0,5 % de son PIB dans la recherche, bien loin des standards internationaux. Le ministre a aussi mis l'accent sur la transformation du secteur de la construction, plaidant pour des infrastructures «plus intelligentes, plus vertes et plus résilientes».

Le ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, a qualifié le texte «révolutionnaire» capable de transformer Maurice en une économie résiliente et fondée sur la connaissance. Il a souligné l'importance de la recherche, de l'innovation et du développement face aux défis économiques, climatiques et technologiques. Selon lui, Maurice doit investir davantage dans les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle et la recherche appliquée afin de renforcer sa compétitivité.

Le ministre a aussi plaidé pour une meilleure collaboration entre les institutions publiques, les universités et le secteur privé. Il a insisté sur la nécessité de développer de nouveaux secteurs économiques, notamment dans l'économie bleue, l'agriculture de précision et les énergies renouvelables.

En conclusion, Kaviraj Sukon a défendu le NRII Bill en affirmant que le texte vise avant tout à créer «une cohérence» entre les différents acteurs de la recherche à Maurice, et non une centralisation. Il a insisté sur la nécessité de mieux coordonner les recherches afin de répondre aux défis nationaux comme les maladies transmissibles, les inondations ou encore la gestion des déchets. Selon lui, les recherches universitaires doivent désormais déboucher sur des solutions concrètes pour le pays.

Le ministre a également annoncé la création prochaine d'un centre de recherche sur le diabète, avec la collaboration du Pr Philippe Froguel de l'Imperial College. Il a enfin plaidé pour une recherche multidisciplinaire afin de développer de nouveaux piliers économiques pour Maurice.

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