Ile Maurice: Animaux errants - Une crise qui prend du poil de la bête

Aux Pays-Bas, les chiens errants sont aujourd'hui presque inexistants. Ce résultat est le fruit de plusieurs décennies de politiques publiques combinant législation stricte, campagnes massives de stérilisation, enregistrement obligatoire des animaux, taxation des propriétaires et lourdes sanctions contre l'abandon.

À Maurice, la situation est bien différente. La présence grandissante de chiens et de chats errants continue d'alimenter les inquiétudes des citoyens, des organisations non gouvernementales (ONG) et des défenseurs de la cause animale. Sur le terrain, plusieurs organisations poursuivent les campagnes de stérilisation malgré des moyens limités, tout en réclamant un engagement plus fort des autorités, notamment de la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW).

Ces derniers jours, un comité d'activistes a même adressé une lettre au Premier ministre afin d'alerter sur la situation et de réclamer davantage de transparence au sein de la MSAW. Les signataires dénoncent notamment l'absence d'états financiers audités depuis 2016. Selon eux, il demeure difficile pour la communauté engagée dans la protection animale de savoir comment les fonds publics sont utilisés et si les ressources sont déployées efficacement alors que la situation sur le terrain se détériore d'année en année. Les activistes évoquent également un manque d'application des lois concernant la maltraitance animale et les élevages illégaux.

Le collectif réclame ainsi un audit externe indépendant, surtout après les récentes démissions de trois membres du conseil d'administration de la MSAW. «En tant qu'organisme public, la MSAW devrait faire preuve de transparence concernant ses finances et ses activités», soutiennent-ils.

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Un manque de vétérinaires spécialisés

Pour Rubina Jhuboo, activiste engagée dans la défense animale, le problème dépasse largement la seule question des chiens errants. «Il faut aussi parler des chats errants. Depuis plus de dix ans, nous faisons face à une surpopulation animale. Les gouvernements successifs se sont surtout concentrés sur les chiens parce que cela devient un problème sociétal visible, mais il y a également une forte surpopulation féline», explique-t-elle. Selon elle, la situation exige désormais une réponse nationale structurée. Pour Rubina Jhuboo, la seule solution viable passe par une vaste campagne de stérilisation à l'échelle du pays. «Il faut stériliser environ 70 % de la population canine et féline. Mais avant cela, il faut aussi un recensement précis afin de planifier les ressources nécessaires, notamment en termes de vétérinaires et de moyens logistiques», affirme-t-elle.

L'activiste souligne également le manque de ressources vétérinaires capables de mener des opérations de stérilisation à grande échelle. «À Maurice, il n'y a environ que 75 vétérinaires enregistrés et peu sont spécialisés dans la stérilisation de masse. Ce n'est pas un problème de compétence locale, mais plutôt un manque de capacité pour gérer une campagne nationale», explique-t-elle.

C'est précisément pour cette raison que plusieurs ONG militent aujourd'hui pour une aide internationale. Selon Rubina Jhuboo, des organisations étrangères spécialisées dans les campagnes massives de stérilisation auraient déjà proposé leur soutien à Maurice. «Nous avons adressé plusieurs demandes au gouvernement à travers des lettres, mais nous n'avons obtenu aucun retour. Nous comprenons qu'il existe des contraintes budgétaires, mais nous avons le sentiment que le problème n'est pas pris avec le sérieux qu'il mérite», déplore-t-elle. Elle estime également que le pays devrait investir davantage dans la formation vétérinaire ainsi que dans la création d'infrastructures adaptées, notamment un hôpital pour animaux.

«Capturer et euthanasier n'a pas réglé le problème»

Pendant des années, la stratégie principalement utilisée a consisté à capturer les chiens errants avant de les euthanasier. Une approche qui, selon les défenseurs de la cause animale, n'a jamais permis de résoudre durablement le problème. Rubina Jhuboo estime qu'il faut désormais changer complètement de méthode. «À travers la stérilisation de masse, il faut viser les animaux reproducteurs. C'est ainsi que l'on verra progressivement une diminution de la population errante», explique-t-elle.

Interrogée sur les mesures immédiates pouvant être mises en place, l'activiste rejette notamment l'idée souvent avancée de créer davantage de sanctuaires. «Les sanctuaires ne sont pas la solution. Ce qu'il faut dans l'immédiat, c'est travailler avec des experts étrangers et appliquer une stratégie de catch and release. Les chiens stérilisés empêchent d'autres animaux d'occuper le territoire et ils ne se reproduisent plus», souligne-t-elle. Cette approche, selon elle, permettrait progressivement de réduire la population animale errante sur le long terme.

Sur le terrain, les ONG disent continuer à jouer leur rôle malgré des moyens très limités. «Nous ne recevons pas d'aide financière de l'État et nous dépendons essentiellement des donations. Mais nous connaissons le terrain et nous pouvons coordonner les campagnes de stérilisation dans différentes régions», affirme Rubina Jhuboo. Elle insiste toutefois sur le fait qu'aucune organisation ne pourra régler seule le problème sans une mobilisation nationale impliquant les autorités, les vétérinaires, les ONG et les partenaires internationaux.

Du côté de la MSAW, une source reconnaît l'importance du soutien étranger pour atteindre les objectifs de stérilisation massive. Selon cette source, des ONG internationales auraient renouvelé leur offre d'aide il y a environ un mois. «C'est probablement l'une des dernières opportunités. Elles seules ont actuellement la capacité d'atteindre le seuil des 70 % de stérilisation nécessaire pour réduire efficacement la population errante», soutient-elle.

Face à une situation jugée de plus en plus préoccupante, les activistes espèrent désormais que les autorités accélèrent les discussions afin de mettre en place une véritable stratégie nationale avant que le problème ne devienne totalement incontrôlable.

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