Sénégal: Moutons de tabaski - Une équation à deux inconnus

Le mouton est un casse-tête pour bien des ménages à quelques jours de la fête de l'Aïd el-Kabîr. Si pour certains un mouton suffit d'autres voient double.

Les activités vont bon train en cette matinée au marché Sandaga. Les clients affluent en masse pour les besoins de la fête. Babouches, tissus en Bazin sont exposés à la devanture des boutiques afin d'attirer les clients. C'est aussi la semaine des soldes pour les chaussures et rien n'est laissé au hasard pour séduire la clientèle.

A quelques jours de la tabaski, certains vendeurs comptent miser le tout pour le tout afin d'écouler leur marchandise et s'offrir de quoi acheter un mouton. C'est le cas d'Abdoulaye Sy, vendeur de sous-vêtements féminins. Assis devant son étal, il compte bien attirer les clientes. Des boxeurs, soutien-gorge et cuissards de toutes les tailles sont exposés.

«Vous désirez quelque chose jolie demoiselle ? » demande-t-il à une dame d'environs la trentaine venue contempler la marchandise. Celle-ci passe sans acheter. «Encore une cliente de perdue», se désole-t-il.

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Cette année, Abdoulaye est plus inquiet que de coutume avec la Tabaski qui arrive à grands pas.

«Mes clientes se font rares et ce n'est pas bon pour les affaires d'autant plus que la tabaski est pour bientôt», se désole-t-il.

Agé de 63 ans, Abdoulaye tient encore sur ses deux jambes malgré la fatigue et la sueur d'une journée passée à guetter les clientes. Abdoulaye est polygame, pour la fête, il ne se prend pas la tête : «je me focalise plus sur comment gérer l'habillement des enfants. Pour le mouton, j'ai prévu d'en acheter un pour mes deux femmes».

Et de renchérir : «Cette année je n'ai pas gardé de l'argent et je ne peux me permettre de dépenser plus de 80.000fcfa pour un mouton». Le sexagénaire ne compte pas dépenser une somme astronomique pour l'achat du bélier.

L'étal de Mamadou Diouf se trouve à quelques mètres. Des jeans, pantalons et des chemises pour hommes soigneusement emballées sont exposées sur la table. Devant son commerce, Mamadou est à l'affût des clients.

Ce quadragénaire se dit inquiet pour la fête mais reste optimiste : «ces derniers temps, les affaires ne marchent plus mais je ne désespère pas ». La tabaski approche à grand pas et ce ressortissant de la région de Diourbel a déjà réglé la question du mouton : «j'ai mis de l'argent de côté et compte acheter un seul mouton pour mes deux femmes » déclare-t-il.

Si certains polygames envisagent d'acheter un mouton, d'autres par contre prévoient de contenter tout le monde.

Deux femmes, deux moutons

Sous un soleil de plomb, Daouda Dione, avec des jeans et chemises en main sillonne les ruelles du marché à la recherche de potentiels clients. Il a déjà trouvé une combine pour la question du mouton : «Je suis en même temps éleveur ».

Pour la tabaski, il compte satisfaire ses deux épouses : « J'ai déjà prévu deux moutons pour chacune ».

A quelques encablures de Daouda se tient la boutique de Mor Diop. Des jeans, chemises, pantalons sont exposés sur des étagères. Pour attirer la clientèle particulièrement la gent féminine, Mor mise sur l'humour et les compliments. Assis devant son échoppe en compagnie de son ami Mame Thierno, il aborde les clientes et use de belles paroles pour ferrer les acheteuses.

Cette année, ce trentenaire ne compte pas déroger à la règle. « J'ai prévu d'acheter deux moutons .Un pour ma femme qui est à Saint-Louis et un autre pour celle qui est à Dakar» déclare-t-il taquin.

Comme son ami Mor, Mame Thierno aussi est fripier .Il envisage d'acheter non pas deux mais trois moutons pour la famille: «J'épargne chaque année de l'argent en fonction des besoins de la fête. J'achète trois moutons .Deux pour mes épouses et un pour mes parents».

Pour l'heure, ces jeunes espèrent trouver les moyens nécessaires pour passer la fête à Diourbel en famille. «Ces temps-ci, il y a la pression de la fête et d'acheter un mouton», explique Mor Diop.

Comme une épée de Damoclès, l'achat du mouton plane sur la tête de bien des polygames .Mais pour ces hommes le plus important est de rester fidèle aux préceptes de l'islam.

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