La maire de Beau-Bassin-Rose-Hill Gabriella Batour a quitté son poste hier. Son départ fait suite à sa révocation du Mouvement militant mauricien (MMM).
La controverse porte sur l'interprétation de la «Local Government Act» : la loi prévoit-elle qu'un conseiller perde automatiquement son siège dès qu'il n'appartient plus au parti sous lequel il avait été élu ? Cette disposition soulève des interrogations sur l'autonomie des élus locaux. Pour certains, elle protège la cohérence politique demandée par les électeurs ; pour d'autres, elle transforme les conseillers en simples exécutants du parti. Jean Claude de l'Estrac, ancien journaliste, homme politique, écrivain, trois fois maire de Beau-Bassin-Rose-Hill et ancien ministre, condamne fermement cette mesure.
∎ Comment évaluez-vous la situation à la mairie de Beau-Bassin -Rose-Hill, avec le départ de Gabriella Batour, un an après sa prise de fonction ?
C'est une nouvelle illustration du dysfonctionnement des conseils municipaux devenus, au fil des années, des antennes du gouvernement central et des partis politiques. Strictement, un maire tient pourtant de sa légitimité du soutien du conseil municipal.
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Ce qui aurait dû se passer, c'est la convocation d'une réunion spéciale du conseil où la maire aurait posé la question de confiance. Si une majorité de conseillers lui accordent leur soutien, elle reste en poste.
Je me souviens d'une situation plus au moins similaire à Beau-Bassin-Rose-Hill même. C'était en 1978 après une élection partielle municipale qui fragilise la majorité du groupe MMM au conseil avec le départ de quatre dissidents - on disait alors des «dissidents», pas des Judas. Le maire d'alors, Vijay Venkatasamy présente une motion qui pose justement la question de confiance. L'équipe dirigeante MMM est mise en minorité par une coalition des conseillers de l'alliance Parti travailliste-PMSD et des dissidents. Mise en minorité, tous les conseillers MMM démissionnent. Conseiller moi-même, je me souviens avoir dit que jamais défaite ne fut plus honorable. Beau-Bassin- Rose-Hill était alors considéré comme un modèle d'administration régionale. Ce temps est révolu.
∎ Que pensez-vous de cette disposition de la «Local Government Act» qui force le conseiller à partir quand il n'appartient plus à un parti ?
C'est un abus politique et une infantilisation des conseillers municipaux. Si c'est un principe démocratique, pourquoi il ne s'appliquerait pas pareillement aux parlementaires ? Par bien des aspects, la Local Government Act est désormais un acte anti gouvernement local. La promesse d'une plus grande autonomie politique, gestionnaire et financière aux administrations locales n'est pas tenue. La situation de dépendance des maires et des conseillers à l'égard du pouvoir central est pire que jamais et il est triste de constater que des dirigeants politiques MMM s'en font les complices.
∎ Plus largement, cela fait un an depuis l'élection des maires. Comment jugez-vous leur action? Est-ce qu'il y a du changement dans la manière de gérer les villes ?
Les maires et les conseillers n'ont plus les moyens de gérer efficacement les villes. C'est pourquoi elles sont en train de tomber en décrépitude. Ce n'est pas la faute des conseillers. Le gouvernement central, tous, n'ont pas cessé de rogner les attributions et les moyens, notamment financiers, des municipalités. Elles sont devenues des coquilles vides. Elles dépendent entièrement du bon vouloir du gouvernement central.
Il fut un temps où le budget d'une municipalité comme celle de Beau-Bassin-RoseHill, par exemple, était financé, à plus de 50 % par des revenus levés dans la ville sans compter que certains services, comme le marché, étaient autofinancés.
∎ Le ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit,a fait état d'un sondage selon lequel 42 % de la population est insatisfaite des autorités locales. Quelles sont, selon vous, les causes de cette insatisfaction?
La faute incombe d'abord à la conception que le ministre et son gouvernement ont de l'administration régionale. La pratique fait d'un ministre des Collectivités locales un super-maire. Il est vrai que le ministre Woochit n'est pas personnellement responsable, il est le dernier héritier d'une longue lignée de fossoyeurs de la démocratie régionale. Il ne peut se présenter en juge alors qu'il est, subjectivement et objectivement, la cause du lent dépérissement du gouvernement local. D'ailleurs s'il devait exister réellement un gouvernement local, à quoi sert un ministre central ?
∎ Le ministre Woochit a également critiqué les dépenses excessives des conseils municipaux et de district, notamment en qui concerne les voyages à l'étranger. Que pensez-vous de ce rappel à l'ordre ?
Du fait que les municipalités dépendent entièrement de l'argent de l'État pour financer leurs activités, il n'est pas anormal que l'État demande des comptes, même si c'est, là encore, une perte d'autonomie des administrations locales.
∎ Une réforme de la «Local Government Act 2011» est prévue, un comité ministériel travaille dessus. Par quoi faudrait-il commencer à votre avis?
Je ne crois pas une seconde à la volonté du pouvoir central de promouvoir la décentralisation. Je sens, au contraire, et pas seulement au niveau de l'administration régionale, une tentation centralisatrice.
∎ Le 1eᣴ mai, l'esplanade de la mairie de Port-Louis a servi de décor à ce que l'on a appelé «concert fiasco». À l'échelle d'une ville, quel rôle une mairie doit-elle jouer comme fournisseur de services de loisirs pour les citadins ?
L'échec est probablement dû à la conjonction de deux facteurs: les Mauriciens, vraiment, n'ont pas le coeur à la fête ces temps-ci ; et puis manifestement, à une mauvaise organisation et une mauvaise communication. Mais il n'y a pas de quoi en faire un drame national.
Nouvelles allégations de malversations sur les recrutements
Ranjiv Woochit est revenu sur les recrutements par la Local Government Service Commission (LGSC) mardi dernier à l'Assemblée nationale à la suite d'une question de la députée Annabelle Savabaddy.
Il a déclaré que la LGSC est un organisme statutaire indépendant chargé du recrutement et des nominations, et qu'elle fonctionne indépendamment du contrôle du ministre. Après la cessation d'emploi de 1 463 agents temporaires le 15 juin 2025, certains d'entre eux ont contesté cette décision devant la Cour suprême et obtenu une mesure provisoire. À la suite de l'arrêt rendu par la Cour suprême le 23 janvier dernier, les licenciements ont été entérinés le 29 janvier. La LGSC, nouvellement constituée, a ensuite mené de nouvelles campagnes de recrutement afin d'assurer la continuité des services essentiels au sein des collectivités locales, dans le respect des cadres juridiques et des procédures établies. Cependant, des allégations de malversations ont refait surface après la procédure. Bien que le Premier ministre ait reconnu les problèmes et la démission du nouveau président de la LGSC, aucune enquête formelle n'a été ouverte concernant ces recrutements. Il a également précisé qu'en l'absence d'enquête en cours, son ministère n'est pas tenu de prendre d'autres mesures. Il a néanmoins indiqué que les processus actuels intègrent une transparence et une responsabilité accrues, ainsi qu'un strict respect des normes juridiques. Un système de recrutement en ligne, dont la mise en place est prévue début 2027, vise à renforcer ces atouts.
Ranjiv Woochit appelle les collectivités à réduire leurs dépenses en période économique difficile
Le ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit, a exprimé son mécontentement face aux dépenses jugées excessives au sein des collectivités locales. Lors d'une réunion tenue jeudi 14 mai au siège de son ministère à Port-Louis avec les 12 Chief Executives des collectivités locales, il a particulièrement critiqué certains voyages à l'étranger entrepris par des maires, Chief Executives et présidents de conseils de district. Dans un contexte économique difficile, le ministre a appelé à une plus grande responsabilité et à plus de rigueur dans la gestion des fonds publics. Il a souligné que certains voyages, dont certains coûtent environ Rs 250 000, pourraient être annulés ou réévalués, car le moment ne se prête pas à de tels déplacements. Le ministre a insisté sur l'importance de comprendre que les dépenses doivent être réduites et mieux contrôlées.