À l'occasion de la Journée mondiale contre l'hypertension, célébrée aujourd'hui, les professionnels de santé tirent une nouvelle fois la sonnette d'alarme sur cette maladie chronique qui progresse silencieusement à Maurice.
Selon le Dr Jay Dusowoth, consultant in charge en médecine interne à l'hôpital SSRN, environ un Mauricien sur trois souffre aujourd'hui d'hypertension artérielle, souvent sans même le savoir.
Les chiffres du Non-Communicable Diseases (NCD) Survey 2021 confirment cette tendance inquiétante. La prévalence de l'hypertension chez les adultes âgés de 18 à 84 ans est passée de 28,4 % en 2015 à 35,1 % en 2021. Les femmes âgées entre 65 et 74 ans figurent parmi les catégories les plus touchées. Toutefois, le médecin estime que la situation pourrait être encore plus préoccupante puisque de nombreux cas ne sont jamais diagnostiqués.
«Beaucoup de patients vivent avec une tension élevée pendant des années sans présenter de symptômes», explique le Dr Dusowoth. Selon lui, seulement 60 % des personnes hypertendues suivent actuellement un traitement, et parmi celles-ci, près de la moitié ne parviennent pas à contrôler correctement leur tension artérielle.
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L'un des principaux obstacles dans la lutte contre cette maladie reste l'absence de registre national centralisé. Les diagnostics sont effectués aussi bien dans les établissements publics que privés, sans système global permettant de suivre précisément l'évolution des nouveaux cas. Cette situation complique l'évaluation réelle de l'ampleur de la maladie à Maurice.
Dans ce contexte, les campagnes de dépistage et de sensibilisation prennent une importance capitale. Des initiatives internationales comme le May Measurement Month, soutenu par l'International Society of Hypertension, visent justement à encourager la population à faire contrôler régulièrement sa tension artérielle.
Surnommée le «silent killer», l'hypertension évolue généralement sans signes visibles pendant plusieurs années. Selon l'Organisation mondiale de la santé, elle est diagnostiquée lorsque la pression artérielle atteint ou dépasse 140/90 mmHg sur plusieurs mesures réalisées à différents moments.
Contrairement à d'autres maladies chroniques, l'hypertension ne provoque souvent aucun symptôme dans ses premiers stades. Lorsque la tension devient très élevée, certains signes peuvent néanmoins apparaître : maux de tête sévères, douleurs thoraciques, essoufflement, troubles de la vision, faiblesse d'un côté du corps ou difficultés à parler. D'autres symptômes plus discrets comme les vertiges, les saignements de nez ou une fatigue inhabituelle peuvent également survenir.
Le Dr Dusowoth rappelle que l'hypertension est une maladie multifactorielle. Certains facteurs de risque ne peuvent être modifiés, notamment l'âge, les antécédents familiaux ou les prédispositions génétiques. Cependant, le mode de vie joue un rôle majeur dans son apparition.
Une alimentation trop riche en sel, le manque d'activité physique, le surpoids, la consommation excessive d'alcool, le tabagisme, le stress chronique ainsi que le manque de sommeil favorisent considérablement le développement de la maladie. Certaines pathologies comme le diabète, les maladies rénales chroniques et le cholestérol élevé augmentent également les risques. Le médecin souligne d'ailleurs qu'environ 61 % des patients diabétiques souffrent aussi d'hypertension.
L'absence de symptômes constitue l'un des dangers les plus importants de cette maladie. Dans de nombreux cas, les patients découvrent leur état de santé uniquement après l'apparition de complications graves comme un accident vasculaire cérébral ou une crise cardiaque.
Sans traitement adéquat, l'hypertension peut endommager progressivement plusieurs organes vitaux. Elle augmente considérablement les risques d'AVC, d'infarctus, d'insuffisance cardiaque, de maladies rénales nécessitant une dialyse, de perte de vision, d'anévrisme ainsi que de troubles cognitifs pouvant évoluer vers la démence.
Pour les professionnels de santé, la prévention reste essentielle. Une alimentation équilibrée pauvre en sel, une activité physique régulière, la réduction du stress, l'arrêt du tabac et une consommation modérée d'alcool permettent de limiter les risques. Le régime Dietary Approaches to Stop Hypertension (DASH) est souvent recommandé pour aider à réduire naturellement la tension artérielle. Certaines approches complémentaires comme les infusions d'hibiscus, le jus de betterave ou les exercices de respiration peuvent apporter un léger bénéfice, sans toutefois remplacer un traitement médical.
Contrairement aux idées reçues, l'hypertension ne touche pas uniquement les adultes. Les enfants et adolescents peuvent également être concernés, particulièrement en cas de surpoids, de maladies rénales ou d'antécédents familiaux. Chez les plus jeunes, les symptômes peuvent inclure des maux de tête fréquents, des troubles du sommeil, une fatigue inhabituelle ou des saignements de nez répétés. Les médecins recommandent ainsi un contrôle de la tension artérielle dès l'âge de trois ans.
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«Mo pa ti krwar mo ena sa maladi-la»
À 67 ans, Surrooh Farah (photo) se souvient encore du choc provoqué par son diagnostic. «Mo pa ti krwar mo ena sa maladi-la. Mo ti krwar mo bien», confie-t-il. C'est dans une caravane de santé venue sur son lieu de travail qu'il découvre que sa tension artérielle est extrêmement élevée.
À l'époque, il travaillait comme maçon et menait une vie physiquement active. Rien ne semblait indiquer un problème de santé. «Dan travay ti ena karavann de sante. Kan mo finnfer test, zot finn trouv mo tansion ti tre for. Lerla zot finn dir mwa al lopital imediatman. Mo pa ti santi nanye. Mo ti krwar mo bien», raconte-t-il. Il explique qu'il ne ressentait que quelques maux de tête occasionnels qu'il ne jugeait pas inquiétants.
À l'hôpital SSRN, Vinod, 49 ans, partage une expérience similaire. Lui aussi a découvert son hypertension lors d'un contrôle médical effectué sur son lieu de travail. «Mo pa ti kone mo ena tansion. Dan travay mem mo finn dekouver li apre enn test. Fer trwa zan depi mo ena sa problem-la», explique-t-il.Il précise que son père souffrait lui aussi d'hypertension.
Après avoir commencé un traitement, il décide cependant d'arrêter ses médicaments sans suivi médical. Une décision qu'il regrette aujourd'hui. «J'ai eu beaucoup de maux de tête et des engourdissements», dit-il.
Son état de santé s'est progressivement détérioré jusqu'à nécessiter une hospitalisation. Son cas prend ensuite une tournure plus grave lorsqu'il subit une complication sévère. «Mo finn fer enn segnman dan latet», ajoute-t-il.Heureusement qu'avec un traitement il s'est senti mieux. Son conseil aux autres: ne pas tarder à faire un test et suivre le traitement qu'il faut. Un conseil qui permettrait d'éviter des complications plus tard.