À peine la nouvelle formation Fron Militan Progresis voit-elle le jour que l'on assiste déjà aux premières hostilités entre anciens camarades ! Alors que lors du lancement de sa plateforme, Bérenger a signifié son intention de barrer la route au MSM et au PTr, épargnant - ou méprisant ? - le MMM, c'est Joanna Bérenger qui, à l'Assemblée nationale, a déclenché les premières salves en interrogeant son ex-collègue (Uteem) sur une éventuelle implication d'un de ses proches dans le recrutement des travailleurs étrangers...
Si le ministre du Travail a répondu à la question, tout en invitant la députée à se rendre à la police au cas où elle disposerait d'informations supplémentaires, les les affrontements se sont poursuivis ailleurs, sur les réseaux sociaux et dans les médias. Uteem s'est invité dans le débat sur le leadership de l'opposition, affirmant que ce poste devrait revenir à Paul Bérenger («Me zot prefere pran enn MSM comme leader de l'opposition»), tout en allant plus loin dans les colonnes de l'express.
Ne faisant aucun cadeau à son ancien leader, Uteem insinue l'existence d'un probable arrangement politique : «Paul Bérenger ti ase bon pou fer Deputy Prime Minister, ase bon pou lider MMM me pas ase bon pou fer lider lopposition ? Maintenant, peut-être qu'il ne veut pas faire de l'ombre à sa fille dans le deal papa-tifi ou que l'alliance avec le MSM a déjà été scellée...» Une sortie qui ne laisse aucun doute sur l'angle d'attaque à venir du MMM à l'égard des Bérenger. Interrogé à son tour sur le commentaire du président du MMM, Bérenger lâche (dans l'express) qu'il n'accorde aucune importance à Uteem !
Ainsi va la politique à Maurice, où peu importe le nombre d'années passées à la même table, à partager les mêmes supposés principes et une prétendue amitié, la guerre éclate au moment des séparations rarement à l'amiable, toujours explosives. Les camarades d'hier deviennent soudainement des cibles à abattre, tandis que les adversaires - ou ceux qui, pour une raison ou une autre, étaient devenus persona non grata du parti - empruntent le chemin inverse.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
C'est comme ça que le départ des uns favorise le retour des autres, à l'exemple du député Quirin qui, semble-t-il, pourrait éventuellement retourner au MMM si certaines conditions sont réunies. Ces fameuses conditions inclueraient la promesse d'un maroquin ministériel dans le cadre d'un prochain remaniement, comme le laissent entendre les bruits de couloir. Mais si Quirin croyait en sa chance de devenir ministre des Sports et de rafler la place de son camarade Nagalingum, les dirigeants du MMM ont mis fin à cet espoir. Dans une déclaration à l'express, à l'issue du Comité central ce samedi 16 mai, Gunness affirme qu'«il n'est pas question que Franco Quirin revienne au MMM pour obtenir un ministère», tandis que Bhagwan fait comprendre que «le CC a été clair et nous apportons notre solidarité à Deven Nagalingum».
En tout cas, si l'élu de la circonscription no 20 retourne au bercail mauve, avec ou sans maroquin ministeriel, ce nouveau scénario aura un impact immédiat sur le leadership de l'opposition. Avec ses trois membres, le Fron Militan Progresis ne pourrait continuer à prétendre ne pas s'intéresser au poste de leader de l'opposition. Une éventualité à laquelle la nouvelle plateforme aurait déjà réfléchi puisque, dans ce cas de figure, ce serait le député Baboolall qui occuperait ce fauteuil.
Ce choix serait-il motivé par le profil sociologique du député du no 10, éternel calcul d'un Bérenger soucieux de l'équilibre ethnique ? Car s'il est une figure qui incarne actuellement le Fron Militan Progresis, c'est celle de Joanna Bérenger, omniprésente sur les ondes des radios, dans les médias et sur les réseaux sociaux pour défendre la position de son nouveau mouvement, réclamer des comptes au gouvernement ainsi qu'à son ancien parti, tout en se posant en porte-parole d'une partie de l'opinion publique.
Pour quelles raisons ce rôle ne lui serait-il pas confié alors qu'elle a plus d'expérience que le néophyte Baboolall ? Serait-ce pour éviter les critiques autour de ce qui est qualifié de deal papa-tifi ou par peur de susciter des accusations de népotisme qu'il a été décidé que Joanna Bérenger n'occuperait pas ce rôle ?
À l'heure où notre pays connaît une évolution positive avec la nomination d'une femme au poste de Deputy Prime minister, une éventuelle accession d'une femme au leadership de l'opposition aurait favorisé un débat sur la représentativité féminine aux plus hauts niveaux de la politique locale.
Mais il est vrai qu'à Maurice, la question du genre compte moins que les calculs communautaires....