Invité par les autorités algériennes, Gérald Darmanin arrive ce lundi 18 mai accompagné de plusieurs hauts magistrats français, avec un objectif : relancer une coopération judiciaire quasiment à l'arrêt. La situation du journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu depuis plus d'un an en Algérie, sera évoquée. Mais au coeur des discussions, des dossiers sensibles : narcotrafic et argent sale.
Gérald Darmanin veut des noms et des informations sur plusieurs narcotrafiquants soupçonnés de s'être mis à l'abri en Algérie, ou d'y avoir dissimulé des fonds. Dans le viseur notamment : une dizaine de figures importantes de la DZ Mafia, cette organisation criminelle ultra-violente qui ensanglante Marseille et défraye la chronique en France avec ses règlements de compte et ses balles perdues.
Paris espère obtenir d'Alger ce qu'elle a réussi à mettre en place avec les Émirats arabes unis ou le Maroc : des saisies, des confiscations, et à terme des extraditions. Des partenariats réalisés sous la houlette de Vanessa Perrée, procureure chargée de la lutte contre la criminalité organisée qui accompagne la délégation à Alger. Également du déplacement : Pascal Prache, le patron du Parquet national financier. Deux magistrats de très haut niveau, signe d'une volonté sérieuse de coopérer sur du concret.
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Depuis près de deux ans, à cause des tensions diplomatiques, les échanges d'informations sont quasiment au point mort. Dans l'entourage du garde des Sceaux, on met clairement en cause la stratégie de bras de fer menée par Bruno Retailleau, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur. Gérald Darmanin doit incarner une autre méthode pour amorcer, dossier par dossier, un possible tournant dans les relations franco-algériennes.
En échange, Alger devrait faire valoir ses propres demandes, notamment sur les dossiers de biens mal acquis. Dans tous les cas, cette troisième visite d'un ministre français en Algérie depuis le début de l'année semble indiquer que la relation entre Paris et Alger se remet en mouvement en mouvement, après près de deux ans de crise diplomatique.
DZ désigne l'Algérie. Le nom même qu'ont choisi les fondateurs du cartel, DZ Mafia, fait donc référence à ce pays, avec lequel plusieurs d'entre eux ont des liens anciens. Pourtant, c'est bien dans les quartiers nord de Marseille que ce réseau criminel ultraviolent a pris racine.
Le gang est impliqué dans plusieurs affaires de drogue et de meurtres, comme celui en 2020 de Brahim Kessaci, frère du militant anti-drogue Amine Kessaci, qui a perdu son autre frère Mehdi en novembre dernier dans un assassinat pas encore élucidé.
Selon la procureure chargée de la lutte contre la grande criminalité, certains dirigeants de la DZ Mafia, ainsi que leurs complices, se seraient réfugiés en Algérie où ils continueraient leurs activités mafieuses.
La justice française a donc formulé auprès des autorités algériennes une dizaine de demandes d'extraditions internationales. Mais en l'absence de laisser-passer consulaire, ces demandes sont restées lettre morte.
Gérald Darmanin espère sortir de cette impasse en améliorant la coopération judiciaire avec les autorités algériennes. À l'image de ce qui se pratique avec le Maroc. L'an dernier, le Maroc a extradé un autre caïd du narcotrafic. Félix Bingui du clan Yoda, qui est jugé à partir de ce lundi 18 mai à Marseille.