À Kigali, le mot d'ordre de l'Africa CEO Forum 2026 est sans ambiguïté : «Scale or Fail». Derrière cette formule choc se cache une même inquiétude qui traversait déjà, quelques jours plus tôt, le sommet Africa Forward de Nairobi : comment permettre aux économies africaines d'atteindre une taille critique dans un monde marqué par les guerres commerciales, le recul du multilatéralisme et la fragmentation géopolitique ?
Le lien entre les deux rendez-vous est direct. À Nairobi, chefs d'État africains, représentants français, institutions financières internationales et investisseurs avaient dressé un constat sévère : l'Afrique reste vulnérable car trop dépendante des exportations de matières premières, confrontée à un coût du capital élevé et à une industrialisation encore insuffisante. Le sommet appelait ainsi à une transformation économique fondée sur les chaînes de valeur régionales, l'industrialisation verte, l'intégration continentale et la mobilisation massive de capitaux privés.
C'est précisément cette ambition que Kigali entend désormais traduire dans le langage du secteur privé africain. Organisé par Jeune Afrique Media Group et la International Finance Corporation, l'Africa CEO Forum réunira plus de 2 500 dirigeants, investisseurs et décideurs publics issus de quelque 75 pays autour d'une interrogation centrale : comment faire émerger des champions africains capables de rivaliser à l'échelle mondiale.
De la doctrine à l'action
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Dans la déclaration finale de l'Africa Forward, les participants avaient insisté sur la nécessité de «passer d'un modèle extractif à un modèle fondé sur la valeur ajoutée, la production et l'innovation». Kigali apparaît comme la prolongation opérationnelle de cette vision. Là où Nairobi fixait une doctrine géoéconomique, Kigali veut construire les outils de son exécution.
Les discussions devraient ainsi porter sur la consolidation des entreprises africaines, le financement des infrastructures, le développement des marchés de capitaux locaux, les garanties de risque et l'intégration régionale via la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). À Nairobi déjà, les dirigeants africains avaient plaidé pour «des chaînes de valeur africaines capables de créer des emplois, favoriser le transfert technologique et renforcer la résilience industrielle du continent».
Le sommet rwandais intervient aussi dans un climat international tendu. Africa Forward dénonçait les «surcapacités structurelles» et les «mesures commerciales unilatérales» des grandes puissances, accusées de fragiliser les industries naissantes africaines. Kigali veut donc envoyer un signal : face aux nouvelles rivalités mondiales, l'Afrique ne veut plus seulement être un marché ou un fournisseur de matières premières, mais un espace de production, d'innovation et de souveraineté économique. Au fond, Nairobi avait défini la vision politique. Kigali tente désormais d'en écrire le modèle économique.