Burundi: Le Cardinal Tagle - Une homélie sur la communion et une prière à l'occasion du 75e anniversaire du séminaire Saint-Pierre-Claver

Bujumbura — Le Cardinal Luis Antonio Tagle, Pro-Préfet du Dicastère pour l'Évangélisation, section chargée de la première évangélisation et des nouvelles Églises particulières, s'est rendu au Burundi samedi 16 mai 2026. Le pourpre philippin a été accueilli avec ferveur à l'aéroport de Bujumbura par une foule de fidèles, de prêtres et de religieux venus lui témoigner leur reconnaissance. L'Archidiocèse de Bujumbura indique sur son site officiel avoir particulièrement mobilisé les paroisses proches de l'aéroport -- Buterere, Gatumba et Muramvya -- ainsi que celles situées près de la Nonciature Apostolique, afin de réserver un accueil chaleureux à l'envoyé du Saint-Père.

Cette visite exceptionnelle avait pour objectif principal de célébrer les 75 ans du Grand Séminaire Saint-Pierre-Claver de Burasira, qui forme depuis 1950 les candidats au sacerdoce ordonné.

Dans une homélie profonde et pastorale, le Cardinal Tagle a médité sur le mystère du Cénacle et ses implications pour la formation sacerdotale, en développant trois piliers spirituels : la communion ecclésiale, la diversité communautaire et la prière.

Le message de paix du Pape Léon XIV

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Dès le début de son homélie, prononcée en français, le Cardinal Tagle s'est fait le porte-parole du message de l'Évêque de Rome : « Le Seigneur ressuscité continue de venir à notre rencontre pour nous adresser cette salutation : « Que la paix soit avec vous. » Sa Sainteté le Pape Léon XIV a fait sien ce salut dès les premiers instants de son Pontificat et m'a chargé de vous le transmettre, accompagné de l'assurance de son affection paternelle. »

Il a ensuite justifié cette célébration jubilaire en citant le livre de Tobie : « S'il est bon de garder secret ce qui concerne les rois, il faut révéler les merveilles de Dieu et les célébrer comme elles le méritent. » Il a rendu hommage aux pionniers de l'évangélisation du Burundi et salué les projets de formation en cours, en particulier le grand séminaire propédeutique de Cibitoke et le grand séminaire Mgr Michael Aidan Courtney, en construction à Minago, dans le diocèse de Ruyigi.

Le choix de Minago pour ce projet n'est pas le fruit du hasard : c'est précisément à cet endroit que Mgr Michael Aidan Courtney, alors Nonce Apostolique au Burundi, avait été assassiné le 29 décembre 2003. Un monument commémoratif a été inauguré et béni à Minago par le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d'État du Vatican, le 14 août 2025, lors de sa visite au Burundi.

S'adressant directement aux séminaristes présents, le Cardinal Tagle a rapporté les paroles prononcées par le Pape Léon XIV lors du jubilé des séminaristes dans la basilique Saint-Pierre, le 24 juin 2025 : « Chers séminaristes, la sagesse de la Sainte Église, assistée par le Saint-Esprit, cherche sans cesse, au fil du temps, les moyens les plus adaptés à la formation des ministres ordonnés, selon les besoins de chaque lieu. Dans cet engagement, quelle est votre tâche ? C'est de ne jamais vous contenter de moins, de ne pas vous satisfaire de peu, de ne pas être seulement des récepteurs passifs, mais de vous passionner pour la vie sacerdotale, en vivant le présent et en regardant vers l'avenir avec un coeur prophétique. »

Cette exhortation a donné le ton d'une méditation centrée sur le Cénacle, présenté comme modèle du séminaire, lieu d'attente active du Saint-Esprit depuis 75 ans à Burasira.

Cum Petro et sub Petro : la communion ecclésiale

Le premier pilier développé par le Cardinal Tagle concerne la vie de communion. En méditant sur les Actes des Apôtres, il a rappelé comment les Onze sont restés unis après l'Ascension : « Les Apôtres, après avoir vu Jésus s'en aller vers le ciel, se retrouvent comme seuls face à leur destin.

Le Maître qui les avait réunis n'est plus visible physiquement, mais ils sont restés unis entre eux, avant d'être dispersés aux quatre coins du monde pour l'annonce de l'Évangile. »

Le Cardinal a insisté sur la primauté de Pierre, citant la promesse du Christ : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Il a ensuite développé les implications ecclésiologiques : « Chaque séminaire est un cénacle où l'on apprend à vivre l'expérience de la communion ecclésiale, présidée par le successeur de l'apôtre Pierre. La communion précède, féconde et nourrit la mission. »

Reprenant la formule latine « Cum Petro et sub Petro » (avec Pierre et sous Pierre), le Cardinal a souligné que cette communion suppose « la reconnaissance de la dépendance à l'égard d'une force fondamentale où les disciples puisent leur force et leur inspiration ». Il a également rappelé, en citant l'encyclique Lumen fidei du Pape François, que « le magistère du Pape et des Évêques en communion avec lui n'est pas une chose extérieure ou une limite à la liberté, mais il garantit le contact avec la source originelle de la foi ».

Une Église de la diversité

Le deuxième pilier évoqué concerne le caractère mixte de la communauté du Cénacle. Le Cardinal Tagle a médité sur la présence de Marie aux côtés des Apôtres : « L'Église n'est pas constituée uniquement d'Apôtres, mais elle comprend aussi des femmes, parmi lesquelles Marie, la mère de Jésus. » Il a décrit Marie comme « une disciple modèle, celle qui a toujours cherché à adhérer à la volonté de Dieu en tout », en restant fidèle à sa réponse à l'ange : « Me voici, je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole. »

Citant Saint Paul, il a ensuite rappelé : « Les dons de la grâce sont variés, mais c'est le même Esprit qui en est la source. Les services sont variés, mais c'est le même Seigneur qui les anime. » Cette ecclésiologie de la complémentarité conduit à une réflexion importante : « La formation des candidats au sacerdoce n'implique pas seulement certains secteurs de l'Église, comme les Évêques et certains prêtres. Chacun des membres de l'Église et chaque catégorie de disciples est concerné par ce qui se passe dans le cénacle de nos séminaires. »

Le Cardinal a exhorté les communautés burundaises à soutenir financièrement leurs séminaires, en rappelant la parole du Christ : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

La prière, arme du ministère

Le troisième et dernier pilier abordé dans l'homélie du Cardinal Tagle est celui de la prière en tant qu'« activité principale de la communauté du Cénacle ». Le Cardinal Tagle a médité sur l'Évangile selon saint Jean, où Jésus prie : « Père, l'heure est venue, glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. » Il a commenté : « La gloire de Jésus n'est donc pas celle du monde, mais celle de la révélation totale et pleine de l'amour de Dieu pour lui et ses frères en humanité. C'est la gloire du scandale de la Croix. »

Soulignant que « la prière a été l'arme du ministère de Jésus jusqu'au bout, jusqu'au sommet du Golgotha », il a rappelé que même après la Résurrection, « Jésus est plus que jamais notre intercesseur par excellence auprès du Père ».

Saint Pierre Claver, modèle d'abandon à Dieu

En conclusion, le Cardinal Tagle a rendu hommage au saint patron du séminaire, saint Pierre Claver, jésuite espagnol né le 26 juin 1580 à Verdú, en Catalogne, et mort le 8 septembre 1654 à Carthagène des Indes, dans l'actuelle Colombie, qui « s'est défini, le 3 avril 1622, comme esclave des Africains pour toujours ».

Après avoir terminé ses études de théologie à Bogotá, « il est envoyé à Carthagène, où il est ordonné prêtre en 1616. Il y passe le reste de sa vie au service des esclaves, qui débarquent dans ce port en provenance d'Afrique. Carthagène est l'un des deux ports espagnols désignés pour accueillir les esclaves. Leur nombre est estimé à 10 000 par an à l'époque de Pierre Claver, et ils sont généralement en très mauvais état après ce long voyage. Pierre Claver les attend sur le quai avec des vivres qu'il a mendiés. Accompagné d'anciens esclaves qui lui servent d'interprètes, le jésuite espagnol monte à bord des navires et salue ceux qui se trouvent sur le pont, avant de descendre dans la cale pour soigner les malades.

« Il nettoie les blessures, applique des onguents, pose des bandages et leur parle de Dieu », peut-on lire sur le site des jésuites. Pendant 44 ans, Pierre Claver a accueilli les esclaves à leur descente du navire, les a nourris, soignés, habillés, consolés et catéchisés. Il ne manquait pas de visiter les léproseries et de soigner les pestiférés ; c'est d'ailleurs de la peste qu'il est mort lorsque celle-ci s'est abattue sur Carthagène. Le Cardinal a souligné que ce saint « a lui-même subi le rejet et l'incompréhension, non seulement de la part de la société coloniale, mais aussi au sein de son propre ordre religieux », et « nous a laissé un bel exemple de la manière dont on peut vivre les épreuves de la vie ».

Un parcours de la passion à la gloire

Avant de conclure par une exhortation universelle : « Saint Pierre nous enseigne, dans la deuxième lecture de cette liturgie, que nous devons apprendre à partager les souffrances du Christ pour pouvoir connaître la joie et l'allégresse lorsque sa gloire se révèle. On ne peut atteindre le merveilleux jardin de la résurrection sans passer obligatoirement par celui, étroit et éprouvant, de Gethsémani, qui débouche sur celui, douloureux, du Calvaire. Frères et soeurs, la composition même de la communauté mixte du Cénacle nous enseigne que, hommes et femmes, apôtres ou simples disciples, parents de sang de Jésus, nous sommes tous engagés dans ce cheminement de la passion à la gloire, de la croix à la résurrection, dans un esprit de prière et d'abandon à Dieu. Mais, en particulier, les pasteurs sont tenus d'être des modèles de foi, de charité et de prière au milieu de leurs frères. » Un appel spirituel et ecclésiologique puissant.

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