Au Mali, l'armée et ses partenaires russes de l'Africa Corps multiplient les opérations dites de « sécurisation » du territoire. Les forces nationales ont enregistré ces derniers jours des succès majeurs, en convoyant notamment des aliments dans la ville de Diafarabé, région de Mopti, sous blocus jihadiste depuis un an, ou en faisant entrer des camions-citernes à Bamako. Mais des exactions importantes ont également été rapportées : une trentaine de personnes ont été exécutées à Sarkala, région de Ségou, jeudi dernier 14 mai, une dizaine d'autres ont été tuées samedi dans le bombardement d'un mariage à Téné, région de San, et huit civils ont été abattus dimanche à Guirowel, région de Mopti.
L'armée malienne a d'abord mené des frappes aériennes vendredi 15 mai, « à neuf kilomètres à l'ouest » de Diafarabé, contre « un important refuge de groupes armés terroristes » avant de mener des « opérations de reconnaissance ». Le communiqué officiel ne précise pas davantage mais, selon un reportage diffusé sur la télévision d'État ORTM, les forces maliennes ont pu, dans la foulée, convoyer 27 camions chargés de riz, de sucre, de lait ou encore d'huile à Diafarabé, où les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, entravent les entrées et les sorties des habitants depuis un an.
Ces denrées alimentaires, présentées comme un « don » du président de Transition, le général Assimi Goita, ont été accueillies sous les acclamations des habitants.
Blocus forcés et frappes aériennes
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Un succès pour l'armée, et ce n'est pas le seul : samedi, selon un communiqué gouvernemental, plus de 700 camions-citernes sont entrés à Bamako, sous escorte militaire, en dépit du blocus décrété par le Jnim sur la capitale, il y a maintenant trois semaines.
L'armée malienne indique enfin, dans plusieurs communiqués, avoir mené une série de frappes aériennes entre vendredi et dimanche, ayant permis de « neutraliser » des « terroristes » dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal - près d'Aguelhoc notamment, où l'armée malienne et l'Africa Corps russe renforcent leurs positions pour tenter de contrer l'offensive des indépendantistes du FLA (Front de libération de l'Azawad) et des jihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans), qui avaient pris le contrôle de Kidal et de Tessalit fin avril.
Exécutions sommaires
Mais parmi les opérations de l'armée, certaines sont entachées de graves exactions. Jeudi 14 mai, une trentaine de personnes ont été exécutées sommairement à Sarkala, près de Markala, dans la région de Ségou. L'association communautaire peule Jeunesse Pulaaku Internationale a recensé 31 victimes, plusieurs sources locales affirment qu'il y en a eu 35, toutes de la communauté peule : de nombreux adolescents, quelques vieillards ainsi qu'une femme et son bébé de deux ans.
Selon plusieurs témoignages concordants, les soldats maliens accompagnés de chasseurs traditionnels dozos sont arrivés à Sarkala à bord d'une quarantaine de motos et de véhicules pick-up, ouvrant immédiatement le feu de façon indistincte et incendiant les maisons. Les sources jointes par RFI rapportent également le pillage de toutes les têtes de bétail, représentant plusieurs centaines de vaches et de moutons.
Mariage
Samedi soir, aux alentours de 23 heures, c'est une cérémonie traditionnelle de mariage collectif à Téné, près de San, qui a été visée par une frappe de drone. Au moins sept personnes ont déjà été enterrées, dont deux couples qui venaient de s'unir. Plusieurs sources locales rapportent un total d'« une dizaine de morts » et des blessés graves, pris en charge à l'hôpital de San.
Enfin, ce dimanche matin, 17 mai, une patrouille de l'armée malienne est entrée à Guirowel, commune de Kounari, près de Mopti. Selon les sources locales jointes par RFI, leur arrivée a suscité un mouvement de panique chez certains habitants, qui ont tenté de s'enfuir. Les militaires ont alors ouvert le feu. Bilan : huit personnes sans armes tuées. L'armée n'a pas communiqué sur ces opérations et, sollicitée par RFI, n'a pas donné suite.