Afrique: Décarbonation - Le secteur du bâtiment à la traîne, le continent au coeur de la solution

Le secteur du bâtiment représente toujours 37% des émissions mondiales de CO2 alors que la course à la construction se poursuit. Quelque 273 milliards de m² sont sortis de terre l'an dernier, soit 4 fois la surface de Berlin. Mais la transition climatique, elle, accuse du retard dans ce secteur, pourtant primordial pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris. 

Le Programme des Nations unies pour l'environnement mesure chaque année la décarbonation du secteur du bâtiment et de la construction dans le monde. Pour atteindre le zéro émission en 2050, il faudrait aujourd'hui être à 52 points de décarbonation sur une échelle qui en compte 100. Or, on n'en est qu'à 2,8 points. C'est loin, très loin de l'objectif !

Certes, il y a quelques bonnes nouvelles, comme le fait que la demande en énergie n'augmente pas aussi vite que la construction de nouvelles surfaces, ou encore que 2 300 milliards de dollars américains ont été investis l'an dernier dans l'efficacité énergétique des bâtiments, mais « Nous constatons que les efforts stagnent et que l'écart entre notre situation actuelle et celle où nous devrions idéalement nous trouver ne cesse de se creuser », explique Oliver Rapf, l'auteur principal du rapport.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Et si, dans de plus en plus de bâtiments, l'électricité provient d'énergies renouvelables, « dans de nombreuses régions du monde, les combustibles fossiles dominent encore le chauffage, la climatisation et la cuisine », regrette Martin Krause, du Programme des Nations unies pour l'environnement, qui conclut : accélérer notamment la rénovation thermique permettrait de baisser les émissions réduire les prix de l'énergie et de protéger habitants et usagers des phénomènes météorologiques extrêmes à venir.

L'Afrique particulièrement concernée

Dans leur rapport, les experts des Nations unies considèrent le continent africain comme une zone « de priorité absolue », car c'est là que sera concentrée la majeure partie des constructions mondiales d'ici 2050, et le continent est particulièrement exposé au changement climatique. Une croissance qui pose plusieurs défis. Selon les auteurs du rapport, il faut réussir à développer directement des bâtiments sobres en énergie, adaptés à un monde qui se réchauffe, tout en s'assurant qu'ils restent accessibles à tous.

Pour y parvenir, cela doit passer par la loi et les normes. Les gouvernements sont ainsi invités à « urgemment améliorer les codes du bâtiment » pour généraliser la construction bas carbone.

Le rapport prend ainsi l'exemple du Kenya qui a réformé en 2024 son code de la construction pour y imposer des stratégies de refroidissement sobres, comme la généralisation des ombrages, de la ventilation naturelle ou des toits qui réflechissent la lumière et la chaleur. Le Ghana, le Sénégal, sont également cités : les deux pays ont élaboré des feuilles de route nationales pour décarboner ce secteur en mettant par exemple l'accent sur l'utlisation de matériaux locaux et adaptés à un climat plus chaud.

Et aussi force de propositions pour le climat

Pour Hanane Hafraoui, responsable de l'Alliance mondiale pour le bâtiment et la construction (Global alliance for buildings and construction) au PNUE, le programme des Nations unies pour l'environnement souligne, au micro de Jeanne Richard du service Environnement de RFI, les solutions que le continent peut apporter.

Des solutions locales et peu chères : « L'Afrique n'a pas créé la crise climatique du bâtiment, mais elle est au coeur de la solution. Et donc on peut utiliser des matériaux africains, des savoirs africains d'architecture biodynamique, des mesures qui s'adaptent à la chaleur externe. Par exemple, réfléchir à l'orientation des bâtiments, réfléchir à des solutions de ventilation naturelle avec le positionnement des fenêtres.

Réfléchir à l'ombrage, avoir des toitures fraîches, des matériaux épais adaptés au climat local. Donc tout cela, il y a bien entendu, surtout dans le Sahel, des matériaux qu'on utilise depuis des siècles et ces solutions là sont bas coût, bas carbone, et elles aident à supporter les températures qui ne font qu'augmenter. C'est quelque chose qui est très important, vraiment le bâtiment, c'est là où on passe 90% de notre vie. Donc ce n'est pas que un problème bureaucratique et de code d'édification, c'est un problème de bien être de chacun. Clairement, on a perdu ça quand on a commencé à bâtir des immeubles avec des façades en verre dans certaines capitales africaines. »

▶ Le salon ReUse, salon européen est consacré au réemploi, à la réutilisation ou encore à la réparation, y compris dans le secteur du bâtiment, ouvre ses portes ce mardi 19 mai.

En France, le réemploi des matériaux dans le BTP reste marginal, avec moins de 1 % des déchets concernés aujourd'hui. Il faut donc repenser toute la filière du BTP avec une nouvelle philosophie sur le long terme...

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.