Ile Maurice: Un atelier pour un dialogue sans faux-semblants entre générations

Il y avait quelque chose d'inhabituel dans l'air du campus de Charles Telfair le lundi 13 avril. Des étudiants en fin de vingtaine partageaient des tables rondes avec des quinquagénaires en costume. Ils ne se connaissent pas, mais ils sont là pour la même raison : parler franchement de ce qui les sépare.

L'événement s'appelle Bridging the divide : An intergenerational dialogue for a shared future in Mauritius. Organisé par le Charles Telfair Centre, le think tank adossé à Charles Telfair Education, il réunit des représentants de quatre générations : Gen Z, Millénariaux, Gen X et Baby Boomers. Le but n'est pas de trancher un débat, mais d'en ouvrir un.

La plénière d'ouverture donne le ton. Devant une salle attentive, la Dr Myriam Blin, économiste spécialisée en genre et Head du Charles Telfair Centre, articule le constat qui a motivé toute la démarche : un décalage, ressenti et documenté, entre ce que les jeunes attendent du monde du travail et de la société, et ce que les générations précédentes sont prêtes à offrir. «Ce n'est pas forcément un problème, dit-elle. L'important, c'est de comprendre la différence de chacun et de construire des ponts.»

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Le Centre a mené des focus groups en amont. Deux grandes contraintes en sont ressorties, que Blin nomme sans détour. D'abord, le poids des traditions et des attentes sociales, qui limitent les choix des jeunes dans leur carrière, mais aussi dans leurs relations et leur façon de vivre. Ensuite, la question du réseau : à Maurice, la confiance se construit sur le relationnel, et ceux qui n'en font pas partie se retrouvent écartés d'opportunités qu'ils ne verront jamais. «Les jeunes en sont très conscients», note-t-elle. Ce double constat irrigue l'ensemble de la journée, découpée en trois parcours thématiques.

Le premier, baptisé Track 1, s'attaque au monde du travail. Les participants y débattent de la tension entre présentéisme et culture du résultat, de l'intégration des nouvelles technologies dans la définition de la performance, et de la question de la motivation : comment réconcilier la recherche de sens et d'autonomie portée par les jeunes générations avec les impératifs de stabilité et de résultats qu'attendent les employeurs ? Une question résume bien le fossé des perceptions au cœur de ce parcours : comment prouver son investissement à un manager qui confond présence physique et performance ?

Le deuxième parcours explore des terrains plus intimes. Autonomie dans les choix de vie, identité, discriminations de genre et d'ethnicité, sentiment d'injustice face au poids du réseau dans les recrutements : les échanges y touchent à ce que la société mauricienne impose, souvent en silence, à ceux qui ne correspondent pas aux attentes dominantes. Les discussions se déroulent en petits groupes de huit à dix personnes, animés par des modérateurs formés en psychologie, dans un cadre strictement confidentiel.

Le dispositif emprunte à la méthode du Structured Intergroup Dialogue : les participants sont d'abord invités à écrire ce dont ils sont fiers dans leur génération, puis ce que les autres générations comprennent mal à leur sujet. Une façon d'humaniser la discussion avant qu'elle ne devienne confrontation. Le troisième volet est le plus prospectif. À partir des travaux des deux premiers parcours, les groupes sont invités à formuler des recommandations concrètes autour de trois thèmes : le contrat de travail moderne, l'autonomie et les choix de vie individuels, et la construction d'une île plus inclusive.

Chaque proposition doit préciser qui l'implémente, quelle action est attendue, et comment en mesurer le succès. À la fin de la journée, chaque groupe présentera ses conclusions en séance plénière. Un rapport sera ensuite produit par la Dr Fiona Grant, experte présente tout au long de la journée, et une campagne de communication suivra pour diffuser les apprentissages au-delà de la salle.

Ce qui rend l'exercice singulier, c'est moins son ambition que sa modestie assumée. Quarante minutes de dialogue ne suffisent pas à résoudre des décennies de malentendus et les organisateurs le disent clairement. L'objectif est d'ouvrir une conversation, pas de la conclure.

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