Des organisations sénégalaises de défense des droits humains et de la société civile ont lancé, samedi 16 mai à Dakar, un appel pressant à la communauté internationale pour dénoncer la dégradation de la situation politique et sécuritaire au Tchad. Réunis autour d'un collectif comprenant notamment Afrikajom Center, Amnesty International Sénégal, le Forum Social Sénégalais, la RADDHO, Presse Afrique et d'autres organisations partenaires, les intervenants ont alerté sur « une dictature qui rampe de plus en plus » dans ce pays d'Afrique centrale.
Face à la presse, Mamadou Mignane Diouf qui s'exprimait au nom de ses pairs, a dressé un tableau sombre de la transition politique tchadienne conduite par Mahamat Idriss Déby. Selon lui, le Tchad est aujourd'hui marqué par « une forte centralisation du pouvoir », une répression systématique des opposants politiques ainsi qu'une multiplication des atteintes aux libertés fondamentales.
« Des opposants sont éliminés, d'autres contraints à l'exil », a-t-il déclaré, évoquant plusieurs militants et défenseurs des droits humains réfugiés en France, en Belgique, en Allemagne, aux États-Unis ou encore au Canada. Ces exilés se sont regroupés au sein du collectif « Urgence Tchad », qui sollicite désormais le soutien des organisations africaines afin d'alerter l'opinion internationale.
Le même collectif a ainsi relayé un « Appel international à l'arrêt des financements des programmes et projets au Tchad », adressé aux partenaires techniques et financiers bilatéraux et multilatéraux. Les initiateurs estiment que le soutien extérieur contribue indirectement au maintien d'un régime accusé de graves violations des droits humains.
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Ces membres de la société civile sénégalaise ont particulièrement insisté sur le cas de l'opposant Succès Masra, ancien Premier ministre de transition, aujourd'hui emprisonné dans des conditions jugées préoccupantes. Selon Mamadou Mignane Diouf, sa santé serait « très précaire » en détention. Il a également rappelé l'assassinat de figures de l'opposition comme Yaya Dillo, dénonçant une stratégie d'élimination systématique des voix dissidentes.
La liberté de la presse a aussi été au coeur des préoccupations exprimées lors de cette rencontre. Plusieurs journalistes et blogueurs tchadiens auraient été assassinés ou contraints à l'exil pour avoir couvert la situation politique du pays. Le collectif a notamment cité le journaliste et blogueur Makaïla Nguebla, ancien membre des réseaux altermondialistes africains, qui aurait échappé à plusieurs tentatives d'assassinat après son exil en France.
Pour les organisations sénégalaises, le silence autour de la crise tchadienne constitue un danger pour la stabilité régionale et pour l'avenir démocratique du continent. Elles appellent les médias africains, les organisations internationales et les États africains à « donner de la voix » afin de prévenir une aggravation de la crise au Tchad.