Au Sénégal, un mois et demi après la promulgation d'une loi qui durcit les peines pour homosexualité, et alors que plus d'une centaine de personnes ont été arrêtés pour « actes contre nature » présumés et certains accusés de transmission volontaire du VIH, des avocats s'inquiètent de cas de violation du droit des prévenus avec des fouilles de téléphone portables non consenties, des procès-verbaux d'interrogatoire qui atterrissent dans la presse et l'absence d'avocat pour un certain nombre de personnes arrêtées.
Le hall du tribunal de grande instance de Dakar bruisse de monde...
Aucune affaire d'« acte contre nature » n'est jugée ce jour-là, mais maître Kandiak François Senghor veut revenir sur les conditions dans lesquelles l'un de ses clients, arrêté pour homosexualité présumée début février, a été auditionné au commissariat de Keur Massar.
« Le commandant avait confisqué et fouillé son portable sans son consentement. Et... dans son bureau, il l'a contraint à renoncer à son droit à un avocat, ce n'est pas normal ! C'est également lui qui a fait fuiter les éléments de l'enquête dans la presse, c'est choquant ! »
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Maître Senghor l'assure, cette violation du droit d'être assisté par un avocat est une première depuis 2016 et l'entrée en vigueur du règlement UMOA qui régit la profession d'avocat au Sénégal, mais elle est loin d'être la seule, nous explique Maître Abdou Dieng. « Pour les dossiers qui me concernent d'acte contre nature, on est au moins à 100 personnes arrêtées, et sur ces 100 personnes aucune n'a été assistée par un avocat au moment de l'interrogatoire, ce n'est pas légal ! »
Le 10 février dernier les deux avocats ont donc porté plainte contre le commandant de brigade du commissariat de Keur Massar pour des violations de procédure lors de l'interrogatoire de leurs deux clients : celle d'être assisté par un avocat, mais aussi des fouilles de téléphone sans consentement, ou encore la violation du secret médical avec des statuts médicaux publiés dans la presse.
Pour maître Abdou Dieng il est urgent d'agir : « Distiller des informations sur l'état sérologique d'une personne, c'est quand même dangereux car c'est un secret or c'est partout sur les plateaux de tv et dans la presse ! C'est très grave en vérité ! »
Saisie depuis le 16 février, la plainte est toujours en cours d'instruction devant le parquet général de la cour d'appel de Dakar.
De son côté, l'ONG Amnesty international s'inquiète, elle aussi, de ces arrestations en série d'homosexuels présumés qui reposent, pour la plupart, sur des fouilles de téléphones portables.