Ile Maurice: Suhail Lidialam - «La police n'agit pas en spectateur»

Le responsable du Police Press Office, l'assistant surintendant Suhail Lidialam, reconnaît qu'un changement s'opère dans la société. Les comportements évoluent, les tensions se cristallisent plus vite et, pour certains, la violence physique devient un réflexe immédiat. «Les gens sont devenus très agressifs», admet-il. Il ajoute toutefois que la police n'est pas en retrait face à cette évolution. Les opérations sur le terrain se multiplient, la surveillance est constante et les forces de l'ordre s'adaptent en continu à cette nouvelle réalité.

Suhail Lidialam nuance toutefois l'usage du terme law and order. Parler de détérioration, dit-il, revient à employer des mots lourds de sens. Cette notion renvoie à bien plus qu'une succession d'incidents violents : elle implique une rupture systémique, une société où les institutions n'auraient plus prise sur le quotidien des citoyens. Un constat qui, insiste-t-il, ne correspond pas à la réalité locale.

Les faits de violence enregistrés, aussi préoccupants soient-ils, répondent selon lui à des logiques spécifiques. Une grande partie survient dans la sphère privée, entre conjoints, au sein des familles ou entre proches. Ce sont des drames qui éclatent dans des environnements où règne la confiance, ce qui complique l'intervention policière. «Comment prévenir l'imprévisible ? Comment intervenir dans un espace qui ne présente aucun signe extérieur de danger ? Sans information préalable, la police ne peut agir qu'après les faits.»

À ce défi s'ajoute celui des réseaux sociaux et du flux rapide de l'information. Le phénomène du «journaliste citoyen» a modifié l'équation. «Aujourd'hui, lorsqu'un incident se produit, les images circulent avant même l'arrivée de la police. Des vidéos partielles, prises dans l'urgence, façonnent immédiatement l'opinion. Le public réagit souvent sur la base d'un fragment de réalité.»

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La police, précise-t-il, ne peut fonctionner dans cette logique de l'instantané. Son travail repose sur le temps nécessaire à la collecte des témoignages, à la reconstitution des faits et à l'analyse des circonstances, dans le respect du cadre légal. Ce décalage entre la vitesse de l'image et le temps de l'enquête crée un fossé de perception qui alimente parfois une lecture plus alarmiste que la réalité.

Le message de la police est donc double : la société évolue et les défis sont réels, mais Maurice n'est pas une société en déliquescence. Reste, selon lui, à convaincre le public de s'abstenir de jugement le temps que les faits soient établis, dans un contexte où la consommation de l'information est de plus en plus immédiate.

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