Afrique: Décès d'Etienne Davignon et de Félicien Kabuga - Quel sort face à la justice immanente ?

Etienne Davignon, 93 ans. Félicien Kabuga, 91 ans. Deux hommes, un même destin. En effet, le premier est un ancien diplomate belge alors que le second était présenté comme l'un des plus riches du Rwanda.

Si elles sont issues d'horizons divers, les deux personnalités présentent un dénominateur commun. Poursuivies par la Justice, elles ont tiré leur révérence sans avoir eu l'occasion de donner leur part de vérité. Etienne Davignon est soupçonné d'être impliqué dans l'assassinat du héros de l'indépendance de la République démocratique du Congo (RDC), en l'occurrence Patrice Lumumba, pour ne pas le nommer. Alors diplomate en RDC, Etienne Davignon, à ce qu'on dit, est celui-là qui a facilité le transfèrement de Lumumba vers le Katanga où il a été tué.

Même dans l'au-delà, ils seront tous rattrapés par leurs propres turpitudes

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Pas plus tard qu'en mars dernier, le tribunal de Bruxelles avait ordonné son renvoi en correctionnel, ouvrant ainsi la voie à la tenue d'un procès. Contre lui, étaient retenus des chefs d'accusations suivants : crimes contre l'humanité, détention et transfert illicites d'un prisonnier et privation du droit à un procès équitable. Etienne Davignon qui avait toujours nié toute responsabilité dans l'assassinat de Lumumba, avait interjeté appel.

Mais la Faucheuse vient de mettre un terme à cette procédure pénale qui aurait pourtant pu permettre de lever un coin de voile sur l'une des pages les plus sombres des relations entre la RDC devenue indépendante en 1960 et son ancienne puissance coloniale qu'est la Belgique. En tant que dernier survivant des dix personnes citées dans l'acte d'accusation pour l'assassinat de Patrice Lumumba, Etienne Davignon, à la barre, aurait pu permettre à l'opinion internationale de connaître le rôle exact qu'a joué l'Etat belge dans cette affaire. Certes, la famille de la victime et ses conseils n'en démordent pas et envisagent une nouvelle procédure contre la Belgique.

Mais en l'absence des mis en cause, il sera difficile d'en démêler l'écheveau surtout quand on sait qu'il s'agit, dans le cas d'espèce, d'un crime d'Etat entouré de beaucoup de mystères. Tout au plus, la RDC se contentera-t-elle des « regrets » de Bruxelles qui, il faut le dire, n'a pas intérêt à ce que jaillisse toute la lumière sur cette affaire Lumumba. C'est à peine si la disparition d'Etienne Davignon n'a pas été accueillie avec soulagement par la Belgique tant elle devrait avoir des choses à se reprocher.

Cela dit, s'il est vrai qu'Etienne Davignon et ses comparses ont échappé à la justice des Hommes, ils ne pourront pas, en revanche, se soustraire à la justice immanente s'ils ont vraiment du sang sur les mains. Car, même dans l'au-delà, ils seront tous rattrapés par leurs propres turpitudes. Il en est de même pour le Rwandais Félicien Kabuga accusé d'être l'un des bras financiers du génocide rwandais de 1994 qui a coûté la vie à près de 800 000 personnes. Arrêté en France après plus de vingt ans de cavale, Kabuga avait été transféré à La Haye où devrait se tenir son procès.

Nous avons le même destin ; d'où la nécessité de nous aimer vivants

Atteint d'une démence sévère diagnostiquée par des médecins, il a finalement été relâché et remis en liberté. Comme Etienne Davignon, ce dernier a aussi rendu l'âme sans avoir pu répondre des faits qui lui sont reprochés. Même si les parents des victimes font grise mine, Kabuga, lui, s'en tire à bons comptes puisqu'il quitte ce monde sans avoir rendu compte des crimes qui lui sont reprochés.

Quel sort lui réservera la justice immanente ? On ne saurait répondre à cette question. Une disparition qui vient rappeler que nous sommes tous mortels et avons donc le même destin ; d'où la nécessité de nous aimer vivants et de faire le bien. A ce propos, cet aphorisme de Confucius est fort évocateur : « A ta naissance, tout le monde rit. Conduis ta vie de façon à ce qu'à ta mort, tout le monde pleure et que tu sois le seul à sourire ».

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