Invité de marque des assises de la refondation de la diaspora résistante, tenues à Paris le 16 mai dernier, l'homme politique engagé, reconnu pour son intégrité et sa clairvoyance, explique le contenu du mot « refondation », là où d'aucuns pensent qu'il s'agit d'un aveu d'échec implicite de la résistance ou que la stratégie mise sur pied jusqu'aujourd'hui a échoué et qu'il faut impérativement construire un nouveau logiciel.
Pendant les assises de Paris, nous avons un peu trop entendu parler du concept de refondation, qui est perçu comme une toile qui a été mal tissée et qu'il va falloir reprendre le fil. Qu'est-ce qu'il faut refonder ?
Il faut refonder les paradigmes, les orientations, les convictions de chacun. Il faut que chacun fasse un examen de conscience et qu'il se demande : qu'est-ce que je veux, et est-ce que je suis prêt à en payer le prix ? Le prix ne signifie pas obligatoirement passer de l'autre côté. Le prix signifie supporter les avis contraires, les animosités, les incompréhensions, savoir dire non à certaines tentations. Cette faiblesse dans la conviction politique a souvent apporté beaucoup de dégâts, beaucoup de fractures, a souvent balkanisé la résistance.
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Et donc, la refondation signifie développer une nouvelle manière de penser et se bloquer sur cette manière de penser-là, au regard de la simple question : si nos héros nationaux étaient à ma place actuellement, qu'est-ce qu'ils feraient ? On a vu Félix Moumié, Ernest Ouandié, Paul-Denis Samnick aller jusqu'au bout pour ce en quoi ils croyaient. Il s'agit simplement de faire la même chose, même si ce n'est pas à la même échelle.
Au Cameroun, l'opposition interne est exsangue, voire en lambeaux. Les citoyens sont plongés dans le doute et l'indécision. En quoi vos discussions parisiennes peuvent-elles redonner une direction claire à des Camerounais qui ne croient plus en rien ?
C'est comme un mariage, en fait. Ce n'est pas le mariage qui fait de vous un couple, c'est ce qui se passe après le mariage. La rencontre est l'acte, en fait, tout comme la cérémonie de noces. Mais après, il y a les attitudes de ceux qui ont été présents à ces assises de la refondation. Il faut que les attitudes qu'ils ont reflètent les résolutions qui ont été prises aujourd'hui. Si les Camerounais, aussi bien de la diaspora que du Cameroun, se rendent compte qu'il y a une nouvelle manière de penser, une solidité analytique, une solidité argumentative, une solidité dans la résistance, une constance dans la conviction, ils vont certainement être séduits par cette manière de faire.
Ils vont voir qu'il y a du très palpable et ils vont certainement être plus convaincus quand on leur apportera l'argument. Ce qui soutient l'argument, c'est quand la personne qui nous l'amène a un comportement, une attitude, une sérénité politique conformes à l'argument en question, parce que l'argument seul ne suffit pas. De la même manière que la cérémonie du mariage, à elle seule, ne suffit pas pour consolider le couple. Le couple commence réellement à l'instant où la cérémonie du mariage se termine.