Cameroun: Justine Boukam - « Nous nous battons pour de meilleures conditions de vie au Cameroun »

interview

Alors que le Cameroun traverse une zone de turbulences politiques majeures, Justine Boukam prend les rênes de la présidente du comité d'organisation des « Assises de la refondation de la diaspora résistante ». Dans cet entretien exclusif, elle livre une analyse chirurgicale de la situation nationale et définit les nouveaux leviers de la lutte. Un plaidoyer pour une amélioration concrète des conditions de vie de ses compatriotes, porté par une détermination infatigable.

Le 16 mai dernier, à quatre jours exactement de la célébration de la Fête de l'unité, vous organisez l'événement baptisé Pourquoi avoir choisi ce moment hautement symbolique de la vie de la nation camerounaise pour vous réunir au sein de la diaspora ? Qu'espérez-vous prouver en bousculant ce calendrier officiel ?

Vous savez bien que le mois de mai a toujours été un mois crucial pour la diaspora camerounaise. Je vous rappelle déjà le 18 mai 2019 les Camerounais par milliers ont envahi les rues de Paris pour s'insurger contre les exactions de tous genres du régime de Biya, et au vol à ciel ouvert des élections présidentielles a l'issue desquelles des milliers de camerounais ont été injustement condamnés. Donc, les Assises de la refondation de la diaspora se tiennent un 16 mai, quatre jours, bien évidemment, avant le 20 mai, pour pour dénoncer entre autres la non participation de tous les camerounais à la fête de l'unité nationale.

On ne saurait parler d'union en divisant les fils d'une nation sous le fallacieux prétexte de la représentativité.des partis politiques à l'Assemblée nationale. Nous trouvons que ce sont des logiciels désuets. C'est une honte pour un président de fait (en effet il a perdu les élections depuis 1992) qui a chaque fois claironne qu'il a apporté la démocratie. Ce ne sont que des mots quand on sait que nous vivons sous une dictature sauvage et barbare. Nous nous sommes retrouvés pour mettre des mots sur ces tendances anti-républicaines et redéfinir nos moyens ainsi que nos stratégies de lutte. Une chose est certaine : rien ne sera plus comme avant.

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Il est clair et observable que les querelles d'ego, les guerres de clans et la cacophonie médiatique rythment la vie de la diaspora et montrent que la résistance vacille. La diaspora anti-Biya offre aujourd'hui le spectacle d'un bloc totalement fissuré. Est-ce que vous assumez le fait d'envoyer à l'opinion publique l'image d'une résistance en ruine ?

Je pense que vous êtes là et que vous avez vu tout le monde dans cette salle, n'est-ce pas ? Vous avez vu des combattants partir des USA, Royaume Unis et d'ailleurs pour assister à ces assises, cela témoigne de la détermination et des convictions qui les animent. Donc, si cette lutte était si amoindrie, ils n'auraient pas effectué tout ce déplacement. Je tiens simplement à dire qu'effectivement, depuis quelque temps, nous avons constaté dans cette diaspora quelques individus -- parce qu'ils ne sont qu'une petite poignée -- qui ont préféré se faire nommer comme les militants d'un parti politique.

Nous avons constaté des démissions quelques jours après les nominations, cela témoigne de l'incertitude, un manque d'adhésion au projet proposé. Nous disons, en tant que diaspora résistante, qu'on ne saurait acheter notre lutte. Nous ne sommes pas là pour être nommés. Nous sommes là pour nous battre afin qu'il y ait une meilleure vie pour les Camerounais. Nous avons donc tenu ces Assises pour affirmer et réaffirmer cette volonté de dire non à tous ceux qui voudraient s'emparer de notre lutte.

Dans un tel contexte de fragmentation, avec quelle légitimité prétendez-vous encore parler au nom de la diaspora ? Comment comptez-vous vous faire entendre alors que vous avancez en rangs dispersés ?

Cette rencontre nous a permis de savoir qui sont les vrais combattants pour la libération du Cameroun de la tyrannie qui dure depuis plus de 44 ans déjà. Le groupuscule qui est parti ne nous empêche pas de nous réaliser. Je crois que certains regrettent même déjà leurs actes. Notre rôle est aussi pédagogique, dans le sens où nous faisons comprendre pourquoi il faut résister si nous voulons offrir un avenir meilleur aux générations futures. Nous tenons à notre lutte, car nous sommes persuadés que c'est la voie royale qui permettra de sortir le Cameroun de cette situation regrettable, laquelle plombe notre réputation au niveau international.

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