En RDC, les premiers cas documentés d'Ebola Bundibugyo en Ituri remontent au 15 avril 2026. L'épidémie n'a été officiellement confirmée que le 14 mai. Selon diverses sources, ce mois d'attente résulte de quatre défaillances documentées : un test de diagnostic inadapté, une chaîne logistique cassée, des croyances mystiques qui ont gelé l'alerte communautaire, et un système institutionnel de surveillance qui n'a pas fonctionné.
▶ Le test qui ne voit pas le virus - En RDC, le GeneXpert est le test de diagnostic rapide le plus utilisé sur le terrain. Il détecte la souche Zaïre, la plus fréquente en RDC depuis des années. Bundibugyo est une variante différente. Quand les premiers échantillons arrivent à Bunia pour être testés, tous donnent un résultat négatif au GeneXpert qui ne détecte pas Bundibugyo.
Ces mêmes échantillons, testés à l'INRB à Kinshasa avec d'autres méthodes, se révèlent positifs. Huit sur treize. Mais ce délai de confirmation, ce doute créé par un test négatif qui masque un virus positif, ralentit l'alerte. Pendant qu'on attend la confirmation, le virus circule.
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Florent Uzzeni de MSF le confirme depuis Mongbwalu : le nombre de tests disponibles est si faible qu'il est trop tôt pour affirmer même les chiffres de l'épidémie avec certitude. Le GeneXpert ne voit pas Bundibugyo. Et il y a peu d'autres outils sur le terrain pour le voir.
▶ Une chaîne logistique qui s'effondre - Les deux premiers échantillons séquencés, collectés en Ituri les 3 et 7 mai, n'arrivent à l'INRB que le 14 mai. Sept à onze jours. C'est du temps perdu. Pendant ce trajet, plusieurs choses ne se passent pas bien. La chaîne du froid n'est pas respectée. Les échantillons arrivent à Kinshasa en petite quantité. Un premier test effectué à Bunia avait donné un résultat négatif, ce qui renforce le doute.
Les équipes ont dû utiliser trois plateformes différentes de test à l'INRB pour obtenir des résultats positifs. Ils ont travaillé jusqu'à quatre heures du matin. Mais si ces échantillons étaient arrivés plus tôt, en meilleur état, en plus grande quantité, le diagnostic aurait pu être posé plus vite.
De son côté, Oxfam pointe un problème structurel : les coupes dans l'aide humanitaire ont affaibli les systèmes de surveillance eux-mêmes. La RDC est devenue, selon Oxfam, « aveugle à Ebola ». Cette cécité a retardé la détection de plusieurs semaines.
▶ Les croyances mystiques qui gèlent l'alerte - Quand les premiers cas apparaissent à Mongbwalu, personne n'alerte les autorités sanitaires. Le ministre congolais de la Santé Roger Kamba le reconnaît publiquement. « L'alerte a traîné dans la communauté parce qu'il y a une pensée que c'était une maladie mystique, et cela a occasionné l'expansion de la maladie », dit-il.
C'est une reconnaissance officielle d'un problème qui aurait dû être anticipé, explique un autre spécialiste. Les croyances mystiques autour des épidémies ne sont pas un secret en RDC. Mais la riposte n'a pas réussi à les contrer assez vite.
▶ La surveillance qui n'a pas fonctionné - À Kikwit en 1995, lors d'une précédente épidémie d'Ebola, c'est un évêque, Monseigneur Mununu, qui avait donné l'alerte. Pas les structures officielles. C'est le signe que le système officiel de surveillance avait failli à l'époque.
Jean-Jacques Muyembe énumère les acteurs qui auraient dû alerter cette fois aussi. Les relais communautaires chargés de faire le lien entre les équipes sanitaires et les habitants. L'ANR, l'Agence nationale de renseignement. Les députés. Les infirmiers titulaires. Les Églises. Tous les maillons censés constituer un système de surveillance.
Il demande, presque rhétorique : « Les députés servent à quoi ? Quatre-vingts décès et les députés ne sont pas informés ? » Jean-Jacques Muyembe conclut : « La surveillance, c'est l'affaire de tous. »
▶ Le cas qui n'était pas un cas index - L'infirmier de Rwampara, mort le 24 avril, a longtemps été considéré comme le cas index, le point de départ de l'épidémie. Mais Muyembe le précise : avec 513 cas suspects et 131 décès suspects en moins de quatre semaines, la période d'incubation de 21 jours ne permet pas mathématiquement de partir d'un seul cas index au 24 avril. Quelqu'un d'autre a probablement contracté le virus en forêt avant l'infirmier. Cet infirmier n'était pas l'origine. Il était le révélateur. Le point où le virus invisible est devenu visible.
Mais pour devenir visible, le virus a dû circuler pendant un mois. À travers des communautés qui pensaient à une punition divine. À travers un système de test qui ne pouvait pas le voir. À travers une logistique qui ne pouvait pas le transporter rapidement. À travers un système de surveillance qui n'a pas fonctionné.
▶ Le bilan - Aujourd'hui, six zones de santé sont touchées. Mongbwalu et Rwampara en Ituri, épicentres de l'épidémie. Bunia et Nyankunde dans la même province. Butembo-Katwa et Goma au Nord-Kivu. Le bilan : 513 cas suspects, 131 décès suspects. Quatre agents de santé morts à Mongbwalu sur treize cas confirmés en laboratoire. Un médecin missionnaire américain contaminé à Nyankunde, traité en Allemagne.
Ce mois perdu n'est pas une statistique abstraite. C'est ce qui s'est passé pendant que le virus s'implantait et atteignait les structures de santé.
Le président Félix Tshisekedi a tenu une réunion de crise dans la nuit du 18 mai. Le rapport préliminaire du ministre Kamba a montré l'ampleur du problème. Tshisekedi a instruit le gouvernement à prendre les mesures urgentes nécessaires. Il a demandé à Muyembe d'activer le protocole médical qui a permis à la RDC de juguler les précédentes épidémies.