Le premier panel du Grand Débat économique de la CCIAD a mis en évidence un paradoxe : malgré un cadre juridique solide sur le contenu local, les entreprises sénégalaises peinent encore à intégrer pleinement les chaînes de valeur pétrolières, gazières et minières. Faible structuration, informalité et déficit de compétences continuent de limiter leur accès aux marchés stratégiques.
Depuis la loi du 1ᵉʳ février 2019 sur le contenu local dans les hydrocarbures, renforcée en 2022 par son extension au secteur minier, les opérateurs sont soumis à plusieurs obligations : création de sociétés de droit sénégalais, publication des appels d'offres sur une plateforme nationale, quotas d'emplois locaux et partenariats avec des entreprises nationales. Le dispositif est piloté par le Secrétariat technique du contenu local, créé en 2020.
« Le contenu local n'est pas quelque chose que l'on fait volontairement. C'est un ensemble d'obligations auxquelles tous les acteurs du secteur sont assujettis », a rappelé Gora Lô, représentant du ministre de l'Énergie, du Pétrole et des Mines.
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Mais derrière ce cadre réglementaire, plusieurs dérives persistent. Selon le représentant du ministère de l'Énergie et du Pétrole, certaines sociétés étrangères contournent l'esprit de la loi en créant des entreprises affichant un actionnariat sénégalais de façade, sans réel pouvoir de décision pour les partenaires locaux. Il a ainsi appelé à une plus grande vigilance dans les montages juridiques afin de garantir une participation effective des Sénégalais dans la gouvernance des projets.
Le secrétaire exécutif de l'UNACOIS, Ousmane Sy Ndiaye, a pour sa part souligné la fragilité du tissu entrepreneurial national. Sur près de 400 entreprises recensées dans le secteur minier, la majorité reste composée de structures familiales insuffisamment préparées à répondre aux exigences des grands marchés internationaux.
Même constat pour Abdoulaye Ly, qui estime que l'informalité constitue un frein majeur à l'accès au financement et aux partenariats internationaux. Selon lui, la formalisation juridique et comptable demeure une condition indispensable pour permettre aux entreprises sénégalaises de gagner en crédibilité.
Les intervenants ont également insisté sur l'urgence de renforcer la formation technique et la spécialisation des compétences locales. L'expert en énergie Boubacar Mbodj a plaidé pour la création d'instituts de formation spécialisés dans les zones directement concernées par les projets extractifs, notamment à Saint-Louis.
Autre enjeu soulevé : la redistribution territoriale des revenus issus des ressources naturelles. Les collectivités locales accueillant les projets extractifs captent encore une faible part de la valeur générée. Les participants ont ainsi appelé à une meilleure application des mécanismes de rétrocession prévus par le Code minier.
En conclusion, Abdoulaye Ly a proposé la création d'un répertoire national des entreprises sénégalaises qualifiées, afin de faciliter les partenariats avec les investisseurs étrangers et de rendre plus effectif le dispositif de contenu local.