Afrique: 9e Conférence du Napda-Rapdp Abidjan 2026 - Déclaration

Après deux jours de travaux, le président du comité scientifique, Vladimir Aman a lu la déclaration de clôture

Excellences,

Mesdames et Messieurs les Présidents et membres des Autorités de protection des données,

Distingués participants,

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Mesdames et Messieurs,

Au terme des travaux de la Conférence régionale africaine sur la protection des données à caractère personnel, il m'échoit l'honneur de présenter, au nom du comité scientifique et de l'ensemble des participants, la synthèse solennelle de nos échanges, de nos analyses et des orientations majeures qui se dégagent de cette rencontre.

Durant ces journées de réflexion, de dialogue et de confrontation constructive, notre conférence a permis de mesurer, avec gravité et lucidité, l'ampleur des transformations en cours. Elle a surtout permis d'établir une vérité désormais incontestable : la protection des données à caractère personnel n'est plus un sujet périphérique de conformité administrative ; elle est devenue une question centrale de souveraineté, de sécurité juridique, de confiance numérique et de compétitivité économique pour nos États et pour notre continent.

Nos travaux ont montré que l'Afrique n'aborde pas cette question dans le vide. Notre continent dispose d'un socle normatif, politique et institutionnel qui mérite d'être pleinement valorisé, consolidé et mis en oeuvre. La Convention de l'Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel, le Cadre de politique des données de l'Union africaine, les lignes directrices africaines en matière de protection des données personnelles, ainsi que les efforts de coopération portés par les autorités africaines de protection des données, constituent des repères solides pour l'action présente et future.

Nos échanges ont également établi, avec clarté, que le temps de la seule proclamation des principes doit désormais céder la place au temps de l'effectivité. Le principal défi n'est plus seulement de consacrer des droits dans les textes. Il est de leur donner force, réalité et permanence dans les institutions, dans les politiques publiques, dans les organisations, dans les systèmes numériques et dans la vie quotidienne de nos concitoyens.

La conférence a mis en évidence plusieurs constats majeurs.

Le premier est que la protection des données à caractère personnel doit être assumée au plus haut niveau de l'État. Elle ne relève pas de la seule compétence des spécialistes du droit ou du numérique. Elle engage l'organisation de l'administration, la modernisation de l'État, la crédibilité des services publics numériques, la confiance des citoyens, la sécurité des secteurs sensibles et l'attractivité même de nos économies.

Le deuxième constat est que les écarts demeurent significatifs entre les ambitions affichées et les capacités réelles de mise en oeuvre. Dans de nombreux contextes, les cadres juridiques progressent, mais les moyens institutionnels restent insuffisants ; les obligations sont mieux connues, mais les pratiques organisationnelles demeurent incomplètes ; les autorités existent, mais elles ne disposent pas toujours des ressources, de l'indépendance, de l'expertise ou des instruments nécessaires pour exercer pleinement leur mission.

Le troisième constat est que la montée en puissance des technologies à forte intensité de données -- qu'il s'agisse de l'intelligence artificielle, de la finance numérique, de la santé digitale, de la biométrie, de l'identité numérique, des plateformes ou des services transfrontaliers -- impose de nouveaux équilibres entre innovation, sécurité, responsabilité et droits fondamentaux.

Le quatrième constat est que la fragmentation des approches nationales affaiblit à la fois la protection des personnes, la lisibilité juridique pour les acteurs économiques et la capacité du continent à affirmer une position forte dans les débats mondiaux sur la gouvernance des données.

Le cinquième constat, enfin, est que la protection des données ne peut plus être pensée comme une matière isolée. Elle doit être envisagée dans une approche intégrée, associant gouvernance publique, régulation, cybersécurité, gestion des risques, coopération institutionnelle, responsabilité organisationnelle, culture de conformité et protection effective des droits.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

À l'issue des travaux, plusieurs orientations apparaissent avec force.

Il convient, d'abord, de renforcer les cadres institutionnels et les capacités opérationnelles des autorités de protection des données. Nous appelons les États à garantir l'indépendance, les moyens et l'autorité effective des institutions chargées de contrôler la légalité des traitements de données personnelles.

Il convient, ensuite, d'engager résolument les organisations publiques et privées dans une logique de conformité démontrable, fondée sur la responsabilité, la documentation, l'évaluation des risques et la préparation aux incidents. Nous appelons les administrations publiques, les entreprises, les opérateurs numériques et les sous-traitants à passer d'une conformité de façade à une conformité de preuve, structurée, documentée et gouvernée.

Il convient, en outre, de développer des approches sectorielles plus précises pour les domaines où les risques sont les plus élevés, afin de concilier innovation et protection dans un cadre plus lisible, plus rigoureux et plus prévisible. Nous appelons les gouvernements africains à faire de la protection des données à caractère personnel une priorité transversale de leurs stratégies nationales de transformation numérique, de cybersécurité, d'intelligence artificielle et de modernisation administrative.

Il convient enfin de faire de la protection des données un enjeu de culture institutionnelle et citoyenne, afin que les droits consacrés deviennent des droits connus, compris, exercés et effectivement protégés. Nous appelons les autorités de protection des données à renforcer la coopération interafricaine, à développer des lignes directrices sectorielles et à faire émerger une doctrine africaine partagée de l'effectivité.

Nous appelons les partenaires techniques et financiers à soutenir durablement le renforcement des capacités, dans le respect des priorités africaines et sans création de dépendances incompatibles avec la souveraineté du continent.

Nous appelons enfin la société civile, le monde académique, les médias et les citoyens à prendre toute leur part dans la construction d'une culture africaine de la protection des données, fondée sur la vigilance, la responsabilité et la défense des droits.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Notre conférence n'achève pas un débat. Elle ouvre une nouvelle étape.

Elle ouvre le temps de la consolidation.

Elle ouvre le temps de l'harmonisation.

Elle ouvre le temps de l'effectivité.

Elle ouvre le temps d'une parole africaine plus forte, plus claire et plus influente dans la gouvernance mondiale du numérique.

La prochaine conférence régionale devra s'inscrire dans cette continuité. Elle devra mesurer les progrès accomplis, approfondir les sujets émergents, examiner les résultats obtenus, documenter les pratiques, identifier les blocages persistants et transformer les engagements présents en actions vérifiables.

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi, pour conclure, d'exprimer, au nom du comité scientifique et de l'ARTCI, notre profonde reconnaissance à l'ensemble des autorités, institutions, experts, partenaires, organisateurs, modérateurs, participants et équipes techniques qui ont rendu possible cette rencontre.

Nous repartons de cette conférence avec une conviction renforcée : la protection des données à caractère personnel ne doit plus être perçue en Afrique comme une exigence secondaire, ni comme une norme importée, mais comme l'un des fondements de l'État numérique responsable, de la confiance citoyenne, de la sécurité juridique et de la souveraineté continentale.

Telle est la leçon majeure de nos travaux.

Telle est la responsabilité qui nous incombe désormais.

Telle est l'ambition à laquelle nous sommes collectivement appelés.

Je vous remercie.

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