La supervision bancaire et les importantes pertes enregistrées dans plusieurs institutions financières ont été au centre d'une vive intervention du Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, en réponse à une question du député Adrien Duval sur le poste de Director of Supervision à la Banque de Maurice (BoM). Le chef du gouvernement a rappelé que l'une des missions principales de la BoM est d'assurer la stabilité et la solidité du système financier. À cet effet, le département de supervision de la Banque centrale est chargé du contrôle prudentiel ainsi que de la lutte contre le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme et la prolifération financière.
Les directeurs de supervision ont notamment pour responsabilités de superviser 18 banques, six institutions financières non bancaires, cinq money changers et sept courtiers en devises étrangères. Ils doivent également veiller à la conformité des institutions financières aux normes internationales, recommander des mesures correctives et proposer des sanctions en cas de manquements.
Le PM a aussi retracé les différentes nominations à la tête du département entre 2014 et 2024. Deux responsables indiens détachés de la Reserve Bank of India, Amar Kumar Bera et Ajay Kumar Choudhary, ont successivement occupé ce poste avant plusieurs périodes de vacance. Par la suite, Ramsamy Chinniah, Sudha Hurrymun et Urvashi Chuttarsing-Soobarah ont assuré la supervision du département à différents niveaux.
Mais c'est surtout l'état du secteur bancaire qui a dominé les débats. Navin Ramgoolam a affirmé que plusieurs scandales financiers ont été découverts au cours des derniers mois dans des institutions opérant sous «l'ancien régime kleptocratique» Il a cité le cas de Silver Bank Ltd, dont Rs 8,1 milliards de prêts, sur un portefeuille total de Rs 8,3 milliards, étaient considérés comme non performants en mars 2024.
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Le PM a également évoqué SBM Bank (Mauritius) Ltd, qui aurait radié un montant cumulé de Rs 14,34 milliards de prêts entre 2014 et 2024. Concernant la Development Bank of Mauritius Ltd, Rs 400 millions de prêts étaient classés non performants au 30 juin 2025, dont Rs 304 millions liés à cinq entreprises en liquidation ou sous administration judiciaire.
Le cas de MauBank Holdings Ltd a aussi été mentionné. Selon le PM, la banque affiche des capitaux propres négatifs de Rs 2,95 milliards en raison de pertes accumulées depuis sa création en 2015.
«Quand nous examinons ces quatre banques, environ Rs 25 milliards ont disparu de leurs bilans sous forme de fonds siphonnés, de prêts douteux ou de prêts radiés», a déclaré Navin Ramgoolam. Selon lui, ces situations démontrent de graves lacunes dans le rôle de supervision exercé par la Banque de Maurice durant les dix années du précédent gouvernement.
Le PM a soutenu que cette supervision insuffisante a permis des pratiques risquées et frauduleuses, retardé les actions correctives et entraîné l'accumulation d'actifs toxiques dans plusieurs institutions financières. Il a également dénoncé le dysfonctionnement des conseils d'administration de certaines banques commerciales, qui auraient approuvé des prêts toxiques.
Face à cette situation, le gouvernement prévoit une réforme de la Bank of Mauritius Act et de la Banking Act afin de renforcer l'indépendance, la transparence et la rigueur du système de supervision bancaire. La Banque de Maurice a déjà entamé une révision de ses pratiques internes et prévoit de faire appel à un professionnel de la Reserve Bank of India pour renforcer les capacités du département de supervision et enquêter sur les défaillances passées.