La polémique sur le texte modifiant le Code électoral en ses articles L29 et L30 continue de faire couler de l'encre dans l'échiquier politique, malgré sa promulgation par le chef de l'État. Face à la presse hier, mardi 19 mai, le député non-inscrit Tafsir Thioye a réaffirmé sa position ferme en dénonçant les irrégularités qui ont émaillé la loi depuis son examen, son adoption jusqu'à sa promulgation en accusant les députés de la majorité parlementaire d'avoir couvert une « falsification » du texte.
Pour le député Tafsir Thioye, les manipulations seraient intervenues après le vote du texte en plénière. D'après ses déclarations, les députés avaient examiné une proposition de loi composée de trois articles avant qu'un autre document ne soit finalement présenté pour transmission au Conseil constitutionnel.
« Ce n'est pas le texte que nous avons voté », martèle-t-il, racontant avoir découvert des incohérences dans la version signée par le président de l'Assemblée nationale. Le parlementaire évoque une scène troublante au sein de l'administration parlementaire : un premier document lui aurait été remis avant d'être récupéré précipitamment quelques minutes plus tard sous prétexte qu'il ne s'agissait pas du « bon texte ». Depuis, assure-t-il, aucune copie officielle ne lui aurait été transmise. Une situation qu'il qualifie de « violation des droits des députés » et qui, selon lui, confirme l'existence d'« anguille sous roche ».
Plus grave encore, Tafsir Thioye souligne des anomalies de numérotation inédites dans l'histoire parlementaire du Sénégal. Il affirme que trois références différentes 9/2026, 10/2026 et 11/2026 ont circulé pour un même texte législatif. Pour lui, cette confusion constitue la preuve manifeste d'une falsification du processus législatif. Il dénonce également une seconde délibération menée sur la base d'un document incomplet, sans page de garde, présenté sous forme de « feuille volante ».
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Par ailleurs, le député a accusé directement le président de la République d'avoir ignoré ses alertes malgré son rôle de garant du fonctionnement régulier des institutions. Selon lui, le chef de l'État aurait dû saisir le Conseil constitutionnel afin d'arbitrer le différend avant toute promulgation. « Il a malheureusement promulgué un faux texte », accuse-t-il avec gravité, allant jusqu'à affirmer que le pouvoir a « protégé des faussaires ».
Au-delà de la procédure, Tafsir Thioye estime que le contenu même de la réforme révèle une profonde méconnaissance du Code électoral. Il soutient que les rédacteurs se sont appuyés sur une version obsolète datant de 2021, ignorant les modifications issues du dialogue politique de 2023. Une erreur qui aurait conduit, selon lui, à des contradictions juridiques et à une loi difficilement applicable.
De l'avis du représentant du peuple, « cette affaire constitue une tache noire dans l'histoire institutionnelle du Sénégal et risque d'écorner l'image démocratique du pays, particulièrement sensible lorsqu'il s'agit du Code électoral, socle du processus démocratique. »
Cependant, face à cette situation, il appelle désormais à des réformes urgentes afin que tout texte transmis au président de la République soit systématiquement communiqué aux groupes parlementaires et aux députés non-inscrits afin d'éviter, dit-il, « toute manipulation future ».